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Vaincre le trouble de stress post-traumatique une montagne à la fois

Yves Huard devant le Kilimandjaro

Le Gaspésien Yves Huard souhaite partager les bienfaits de l'activité physique avec d'autres personnes souffrant du trouble de stress post-traumatique.

Photo : Avec l'autorisation d'Yves Huard

Isabelle Larose

Monts Aconcagua, Kilimandjaro, Elbrouz et camp de base de l’Everest : le Gaspésien Yves Huard gravit les plus hautes montagnes du monde pour déjouer le trouble de stress post-traumatique. Le retraité des Forces armées canadiennes souhaite maintenant initier d’autres personnes atteintes de maladies mentales à l’activité physique, « la meilleure pilule » selon lui.

À 17 ans, Yves Huard a quitté son Saint-Godefroi natal pour s’enrôler dans les Forces armées canadiennes. Dès 1987, il grossit les rangs du Royal 22e Régiment, un bataillon d’infanterie.

Au cours de ses 23 ans de carrière, il complète trois missions à l’étranger : en Croatie en 1993, en Haïti en 1996 et en Bosnie en 2000.

Un homme en habit militaire pose sérieusement

Yves Huard lors de sa graduation des Forces armées canadiennes, quelques mois après avoir quitté la Gaspésie.

Photo : Avec l'autorisation d'Yves Huard

Ces séjours vont le marquer à jamais.

C’est vraiment horrible les choses que j’ai vues là-bas, raconte Yves Huard, pour les enfants et pour les familles.

La misère humaine, c’est atroce! C’est aussi pire que la guerre à mon avis.

Yves Huard, militaire retraité

Il s’écoule dix ans entre la fin de sa dernière mission internationale et sa retraite. Dix ans où son état psychologique se dégrade, mais le militaire vit dans le déni.

Avant ma retraite, explique M. Huard, je ne me l’avouais pas. C’est difficile d’avouer qu’on a un problème de santé mentale. C’est un sujet encore très tabou de nos jours à mon avis. Dans ces années-là, ce n’était pas de quoi on jasait sur le perron. J’étais gêné d’en parler.

Tu n’es pas fin envers des enfants, envers ta famille, énumère Yves Huard. Tu es très irritable. Souvent, tu ne sais pas pourquoi. Tu n’as plus le goût de vivre. Tu ne t’aimes pas.

Des fois, tu déconnectes de ton quotidien juste à cause d’une odeur, et là, ça jamme.

Yves Huard, militaire retraité

Le diagnostic

En 2011, un an après la retraite, Yves Huard se remet en forme. Il croit fermement que son mal-être va disparaître au même rythme que ses kilos en trop. Après cinq mois, la balance affiche 30 kg de moins, mais le bonheur n’est toujours pas au rendez-vous.

Après avoir finalement discuté de son état avec des proches, il appelle, en sueurs, au ministère des Anciens combattants pour obtenir de l'aide.

Je suis finalement allé cogner aux bonnes portes, avoue l'ex-militaire. J’ai été dirigé vers des soins appropriés.

À la fin de l’année 2012, le diagnostic tombe : Yves Huard souffre d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Les grandes ascensions

En même temps qu'il a un suivi psychologique et prend de la médication, Yves Huard continue de faire du sport. Il multiplie les participations à des demi-marathons et des marathons.

Le fait de prendre soin de moi et de me dépasser physiquement m'a fait un grand bien du côté psychologique, affirme le retraité aujourd'hui âgé de 50 ans. Ça m'a permis de verbaliser mon malheur et de retrouver une certaine qualité de vie.

En 2015, il gravit le Kilimandjaro, un sommet de 5895 mètres en Tanzanie, aux côtés de neuf autres militaires souffrant du TSPT avec qui il partage son expérience.

Yves Huard pose devant le Kilimandjaro avec son sac à dos.

Lors de l'ascension du Kilimandjaro, Yves Huard faisait partie d'un groupe de 21 personnes, dont 9 ex-militaires.

Photo : Avec l'autorisation d'Yves Huard

L’activité physique, je dirais qu’elle m’a sauvé la vie. Pour moi, il n’y a pas meilleure pilule que l’activité physique.

Yves Huard, militaire retraité

C’est vraiment là-dedans que je me retrouve, explique l'homme qui réside à Québec. Je réussis à ne plus penser. En montagne, je ne pense plus, c’est ça qui est agréable.

En 2017, il se rend en Argentine pour faire l’ascension de l’Aconcagua.

Yves Huard est photographié au sommet d'une montagne

Yves Huard au sommet du mont Aconcagua en Argentine en janvier 2017.

Photo : Avec l'autorisation d'Yves Huard

C’est là que j’ai réalisé que j’étais encore capable d’avoir des émotions, raconte Yves Huard. J’ai braillé avant d’arriver au sommet. J’ai appelé mon épouse au sommet, je braillais.

Je ne me rappelais pas la dernière fois que j’avais pleuré.

Yves Huard, militaire retraité

Son cheminement intérieur s’est poursuivi récemment, alors qu’il s’est rendu en Russie pour affronter le mont Elbrouz, le plus haut sommet d’Europe.

J’ai compris que j’étais fier de moi. J’ai compris que je pouvais faire des grandes choses malgré la maladie mentale.

Yves Huard, militaire retraité
Un homme habillé chaudement sur une montagne enneigée.

En juin dernier, Yves Huard a gravi le mont Elbrouz en Russie qui culmine à plus de 5600 mètres.

Photo : Avec l'autorisation d'Yves Huard

Donner au suivant

Près de 10 ans après avoir quitté l'armée, le Gaspésien est maintenant prêt à donner au suivant.

Je me sentais égoïste de garder pour moi les bienfaits que peut apporter la montagne, affirme-t-il.

Entouré d’une équipe, il a mis sur pied le projet « Tous pour un défi » à travers lequel il souhaite regrouper 12 premiers répondants (policiers, ambulanciers, pompiers, militaires...) souffrant de TSPT.

Yves Huard devant un paysage de Carleton-sur-Mer

Yves Huard croit fermement que d'autres gens souffrant de TSPT peuvent, comme lui, retrouver goût à la vie à travers l'activité physique.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Le but? Leur faire vivre une aventure de groupe qui s’échelonnera sur un an et qui culminera avec l’ascension du mont Kilimandjaro en 2020. À travers des rencontres, des ateliers et des séances d’entraînement, les participants seraient épaulés par des intervenants psychosociaux.

Selon Yves Huard, le projet pourrait permettre aux participants de sortir de l’isolement, d’améliorer leur qualité de vie et leur estime de soi.

Il y a plusieurs étapes dans un traitement pour la maladie mentale, explique M. Huard. La médication fait la job, tes suivis avec ton thérapeute font la job, mais ça ne t’empêche pas de rester assis dans ton sous-sol.

Je veux montrer aux gens qu’on est capable de faire autre chose après tout ça. On est capable de plus.

Yves Huard, militaire retraité

Le recrutement des participants de « Tous pour un défi » sera lancé à l’automne à travers la province.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Santé physique et mentale