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La pollution de l’air accélère le vieillissement des poumons

Un cycliste circule avec un masque dans une rue de Londres.

La pollution de l'air accroît le risque de développer la maladie pulmonaire obstructive chronique.

Photo : iStock

Alain Labelle

Non seulement la pollution de l’air augmente le vieillissement des poumons, mais elle accroît aussi le risque de développer la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), ont démontré des scientifiques européens et canadiens, qui ont quantifié les risques.

Les travaux de Dany Doiron, de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, et de ses collègues britanniques et suisses s’ajoutent aux autres preuves selon lesquelles le fait de respirer de l’air pollué accroît le risque de développer la MPOC.

Il est connu depuis nombre d’années que les poumons se détériorent dans le processus de vieillissement du corps. La présente étude indique que la pollution atmosphérique peut jouer un rôle dans ce processus.

Bien qu’il soit connu que la pollution atmosphérique accroît le risque de mortalité attribuable à des maladies respiratoires, la preuve de ses effets sur la fonction respiratoire et sur le risque de développer une MPOC est moins bien établie.

Dany Doiron, Centre universitaire de santé McGill et auteur principal de l’étude
Illustration d'un poumon sain et d'un poumon malsain.

La pollution de l’air accélère le vieillissement des poumons

Photo : getty images/istockphoto / Nerthuz

Repères

  • La MPOC est une affection chronique qui frappe environ 900 000 Canadiens.
  • Elle endommage lentement les voies aériennes des poumons en entraînant une inflammation et un rétrécissement des voies respiratoires.
  • Les symptômes ressentis sont : une respiration difficile, la toux, de l’essoufflement, des infections pulmonaires répétitives (grippe, la bronchite ou la pneumonie), et la fatigue.
  • La MPOC ne se guérit pas, mais elle peut être traitée.
  • Le tabagisme est directement associé à la MPOC.

Un problème mondial

Le rapport annuel Global Burden of Disease publié par l’Institute for Health Metrics and Evaluation, un institut américain de statistique sur la santé publique, estime qu’à l’échelle mondiale, la MPOC est la troisième cause de décès. Cet institut prévoit une augmentation du nombre de morts liés à cette maladie dans le monde au cours de la prochaine décennie.

En juin 2017, l'Agence internationale de l'énergie publiait un rapport dans lequel il était estimé que la pollution atmosphérique était responsable de 6,5 millions de décès chaque année à travers le monde.

Les chercheurs ont analysé les données d’une étude à long terme réalisée auprès recueillies auprès de plus de 300 000 Britanniques, entre 40 et 69 ans.

Notre étude comptait dix fois plus de participants que les études antérieures effectuées sur des populations européennes, ce qui nous a permis d’évaluer avec plus de précision les corrélations à faire, y compris le fait de se pencher sur des sous-populations potentiellement vulnérables.

Dany Doiron

Les types d’agents polluants analysés comprenaient des particules de différentes tailles (PM10 et PM2,5) et du dioxyde d’azote (NO2), substances produites par la combustion de combustibles fossiles qui proviennent des gaz d’échappement des voitures et des autres types de véhicules, des centrales de production d’énergie et des émissions industrielles.

Au début des travaux et durant leur déroulement, les participants ont rempli des questionnaires détaillés sur leur santé, et l’état de leur fonction pulmonaire a été mesuré. Des médecins ont également procédé à des spirométries – un test utilisé dans le diagnostic et le suivi de certaines affections pulmonaires, dont la MPOC.

De plus, l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le revenu du ménage, le niveau de scolarité, le statut de fumeur et l’exposition à la fumée secondaire ont été pris en compte dans les analyses.

Les résultats

Les données ont montré que :

  • La détérioration de la fonction pulmonaire associée à chaque augmentation moyenne annuelle de cinq microgrammes par mètre cube de particules PM2,5 dans l’air, à laquelle les participants étaient exposés à la maison, était similaire aux effets liés à deux ans de vieillissement.
  • Chez les participants vivant dans des secteurs où les concentrations de particules étaient supérieures aux niveaux mentionnés dans les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé, la prévalence de la MPOC était quatre fois plus élevée que chez les personnes exposées au tabagisme passif à la maison.
  • La prévalence de la maladie était deux fois moins élevée que chez les personnes qui avaient déjà fumé.

Selon Dany Doiron, les conclusions de l’étude sont très claires.

Nos résultats confirment par conséquent la nécessité de prendre davantage de mesures visant à contrôler la pollution atmosphérique dans les villes à l’échelle de la planète.

Dany Doiron

Les auteurs de ces travaux publiés dans le journal European Respiratory (Nouvelle fenêtre) (en anglais) ont également observé que la pollution de l’air avait des effets beaucoup plus néfastes chez les personnes vivant dans des ménages dont le revenu était plus faible.

La pollution atmosphérique avait environ deux fois plus d’incidence sur la détérioration de la fonction pulmonaire et faisait augmenter de trois fois le risque de développer une MPOC chez les participants à faible revenu, comparativement aux autres qui étaient exposés à des niveaux de pollution atmosphérique similaires.

Anna Hansell, professeure d’épidémiologie environnementale et durabilité à l’université de Leicester

Les chercheurs estiment que d’autres études sont nécessaires pour approfondir les liens de cause à effet existant entre la pollution atmosphérique et les maladies respiratoires, plus particulièrement chez les gens vulnérables.

M. Dany Doiron et ses collègues tentent actuellement de vérifier si des facteurs génétiques interagissent aussi avec la pollution atmosphérique et ses effets sur la santé.

Recherche médicale

Science