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Jagmeet Singh peut-il défendre le territoire orange?

Le chef du NPD Jagmeet Singh en compagnie de son député de Drummondville François Choquette à la rencontre d'électeurs.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Louis Blouin

Sherbrooke, Drummond, Trois-Rivières, Berthier-Maskinongé : Jagmeet Singh est en tournée québécoise pour aider ses députés. Parmi ses 15 sièges dans la province, plusieurs sont menacés. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) résistera-t-il à l'offensive de ses adversaires? Portrait de l'une de ces courses stratégiques : Drummond.

« Pourquoi vous portez ça? », demande candidement une femme au chef du NPD en visite dans un centre commercial de Drummondville. « C'est une part de ma tradition. C'est un turban », répond-il poliment. « Vous êtes quoi? », poursuit-elle. « Sikh. On vient du Pendjab, mais je suis né à Toronto », ajoute M. Singh. « J'aime ça votre look! », s'exclame finalement la citoyenne.

Avec le travail sur le terrain, le chef du NPD est convaincu de pouvoir faire tomber les barrières une poignée de main à la fois. « Les gens sont tellement chaleureux et accueillants », s'exclame M. Singh. Sa capacité à se rapprocher des citoyens sera déterminante non seulement pour lui, mais pour toute son équipe au Québec.

À ses côtés, le député de Drummond François Choquette se mesure à une réélection qui s'annonce difficile en octobre. Il a été élu en 2011 pour la première fois lors de la vague orange. M. Choquette pense que son bilan des huit dernières années va jouer en sa faveur, mais il ne se fait pas d'illusions.

Il ne faut rien tenir pour acquis, la population est très volatile pour le moment.

François Choquette, député néo-démocrate de Drummond

Le NPD veut s'adresser aux électeurs déçus par les libéraux en matière d'environnement. Le parti mise aussi sur des annonces en matière de santé et de transport en commun.

Jagmeet Singh fait face à un défi de taille : défendre ses 15 circonscriptions au Québec. Parmi elles, il y en a cinq où les députés actuels ne se représenteront pas en octobre.

Les sièges orange sont devenus des proies pour tous les autres partis.

Un retour du Bloc?

Martin Champoux sur le site du Village québécois d'antan.

Martin Champoux tente de se faire élire dans Drummond pour le Bloc québécois.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Le Bloc québécois ne fera pas de cadeau au chef du NPD. Aux yeux de Martin Champoux, candidat à l'investiture bloquiste dans Drummond, les croyances de Jagmeet Singh pourraient lui nuire. « Je pense que le Québec l'a démontré en très grande majorité ces derniers mois : on ne veut pas de signes religieux dans l'administration de l'État », déclare-t-il.

En cette chaude journée de juillet, il serre des mains au Village québécois d'antan : le cadre parfait pour un parti qui veut renouer avec le passé bloquiste de Drummond. La bannière bleue y a été représentée de 1993 à 2011. Selon lui, les racines de son parti sont encore bien vivantes.

M. Champoux, un ancien animateur de télévision et spécialiste des communications, cible son message. Il veut jouer la carte de l'environnement.

Je ne peux pas concevoir qu'on va imposer au Québec de faire passer des pipelines sur le territoire.

Martin Champoux, candidat à l'investiture du Bloc québécois dans Drummond

Un sujet qui pourrait se révéler épineux pour son adversaire conservatrice Jessica Ébacher. Son parti défend l'idée d'un corridor énergétique, comprenant un oléoduc, qui traverserait le pays.

Jessica Ébacher discute avec des membres de la mairie de Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

La candidate conservatrice Jessica Ébacher dans les bureaux de la mairie de Notre-Dame-du-Bon-Conseil

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Cette ancienne journaliste et directrice de la Jeune Chambre de commerce de Drummondville fait la tournée des villes et villages de la circonscription.

Lorsque nous l'avons rencontré, la candidate terminait une réunion avec le maire de Notre-Dame-du-Bon-Conseil. Il a souligné le besoin pressant pour un meilleur accès à Internet haute vitesse.

Jessica Ébacher mise sur l'écoute et les efforts en amont. « En arrivant au lendemain des élections, si je suis élue, le travail va pouvoir commencer plus rapidement et efficacement », fait-elle valoir.

La candidate ne veut pas se laisser distraire par les questions controversées qui collent à son parti et à son chef Andrew Scheer.

Quand on parle d'avortement, M. Scheer et les autres ont été très clairs, le débat est clos. Ça ne vaut même pas la peine d'en parler.

Jessica Ébacher, candidate du Parti conservateur dans Drummond

C'est un levier que les libéraux, eux, ont bien l'intention d'utiliser. « Ce n'est pas vrai qu'on va reculer sur la question du droit des femmes! », s'exclame la ministre Mélanie Joly lors d'une soirée de financement libérale dans un bar de Drummondville. C'est une attaque en règle contre les conservateurs.

La ministre Mélanie Joly serre la main d'une électrice.

La ministre Mélanie Joly à la rencontre d'électeurs dans la circonscription de Drummondville

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

Aucun candidat n'a encore été investi pour le Parti libéral dans Drummond. Toutefois, la présence d'une ministre connue prouve les ambitions de sa formation dans cette circonscription stratégique.

Mme Joly croit que les électeurs sont mûrs pour du changement. Elle tente de convaincre en mettant de l'avant l'argument d'être représenté par un parti au pouvoir.

Ça fait longtemps que Drummondville est dans l'opposition, et les gens veulent avoir des répercussions positives pour leur région.

Mélanie Joly, ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie

Cette course en reflète plusieurs autres au Québec, où le territoire orange est convoité par tous les partis. Un endroit où les chefs, pas seulement les candidats, peuvent jouer un rôle décisif.

L'électeur Réal Lapointe vient de tendre une main polie au chef néo-démocrate. À trois mois de l'élection, il n'est pas enchanté par les choix qui s'offrent à lui. « On a voté pour M. Trudeau, puis il nous a un peu désappointés. Puis les autres qui se présentent... pas fort hein? C'est à y penser », conclut-il songeur.

Un territoire qui reste à conquérir ou reconquérir, où la bataille électorale est déjà commencée.

Louis Blouin est correspondant parlementaire à Ottawa

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