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Bébé australopithèque ne se nourrissait qu'au sein pendant un an

Alain Labelle

Maman australopithèque ne nourrissait son nourrisson qu'en l'allaitant pendant sa première année, mais elle pouvait par la suite changer ses habitudes en fonction des saisons et des pénuries alimentaires.

Illustration montrant une mère australopithèque et son bébé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les mères australopithèques ne nourrissaient leur petit que par allaitement pendant sa première année, indique une étude.

Photo : Université Southern Cross

L'allaitement chez l'espèce éteinte Australopithecus africanus, un lointain ancêtre de l’humain, se poursuivait donc de façon cyclique au cours des premières années des bébés.

Cette période d'allaitement d’un an correspond plus ou moins à celle des humains modernes (Homo sapiens), mais elle est plus courte que celle des grands singes actuels. Les orangs-outans, notamment, peuvent allaiter jusqu’à l’âge de huit ans.

Nous avons acquis de nouvelles connaissances sur la façon dont nos ancêtres élevaient leurs petits et sur la façon dont les mères devaient compléter leur alimentation solide avec du lait lorsque les ressources étaient limitées.

Renaud Joannes-Boyau, géochimiste à l’université Southern Cross
Renaud Joannes-Boyau tient dans ses mains le crâne d'un australopithèque.

Renaud Joannes-Boyau tient dans ses mains le crâne d'un australopithèque.

Photo : Elise Derwin

Ces informations donnent un aperçu, selon Renaud Joannes-Boyau, de l’Université Southern Cross et ses collègues d’autres institutions, de l'évolution de l'allaitement maternel chez les humains. Elles pourront aider à établir de nouvelles stratégies visant à améliorer les pratiques d'allaitement maternel.

Ces découvertes suggèrent pour la première fois l'existence d'un lien mère-enfant de longue durée chez l'australopithèque. Cela nous incite à repenser les organisations sociales parmi nos premiers ancêtres.

Luca Fiorenza, université Monash
Le crâne d'un Australopithecus africanus.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le crâne d'un Australopithecus africanus.

Photo : Université Monash/Luca Fiorenza

Des dents qui parlent

Les chercheurs en viennent à ces conclusions après avoir analysé des dents d’australopithèques vieilles de 2,1 à 2,6 millions d'années.

Un peu à l’image des arbres, les dents contiennent des cernes de croissance qui peuvent être comptés pour estimer l'âge d’un individu. Ces anneaux dentaires incorporent également des minéraux au fur et à mesure de leur croissance.

Le lait maternel contient du baryum, qui s'accumule régulièrement dans les dents du nourrisson, puis tombe après le sevrage.

Une molaire d'Australopithecus africanus.

Une molaire d'Australopithecus africanus.

Photo : université Monash/Luca Fiorenza

Dans leurs travaux, les géochimistes américains ont analysé deux séries de dents fossilisées d'Australopithecus africanus provenant de la grotte de Sterkfontein, près de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Ils ont ainsi découvert des schémas d'accumulation de baryum suggérant que les nourrissons de cette espèce humaine précoce n'ont probablement été nourris qu'au sein pendant environ un an.

L'allaitement maternel est l’un des aspects essentiels du développement humain. La durée de l'alimentation faite uniquement par allaitement et le moment de l'introduction de nourriture solide sont également des éléments déterminants de la santé des populations humaines et des autres primates.

Reconstitution de la tête d'un Australopithecus africanus. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Reconstitution de la tête d'un Australopithecus africanus.

Photo : Smithsonian Institution

L’Australopithecus africanus vivait en Afrique australe il y a plus de 2 millions d'années.

Cette espèce résidait dans les savanes avec des étés humides, où la nourriture était probablement abondante, et des hivers secs, durant lesquels la nourriture devenait plus rare.

Les accumulations cycliques de lithium dans les dents des spécimens étudiés tendent à confirmer qu’ils souffraient d'une pénurie de nourriture pendant les saisons sèches, ce qui pourrait même avoir contribué à l’extinction de l’espèce.

Fondamentalement, nos travaux montrent la dépendance des mères australopithèques à l'égard de la supplémentation nutritionnelle de leur progéniture. Ils montrent aussi le recours à des ressources de repli qui illustrent les défis de survie auxquels les populations des premiers ancêtres humains ont dû faire face dans les anciens environnements d'Afrique du Sud.

Justin W. Adams, Université Monash

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Nature (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

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