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Tensions à Oka : une rencontre entre les deux parties prévue la semaine prochaine

Un homme en interpelle un autre devant une assemblée.

Un résident de la Pointe aux Anglais, à Oka, s’adresse au chef du Conseil mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon, lors d'une réunion mercredi soir.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Une rencontre de médiation est prévue la semaine prochaine afin de trouver une entente au litige qui concerne la rétrocession d'un terrain à la communauté de Kanesatake, ce qui suscite des tensions à Oka.

La ministre québécoise responsable des Affaires autochtones, Sylvie D'Amours, a invité à la même table le maire d’Oka, Pascal Quevillon, et le grand chef du conseil de bande de Kanesatake, Serge Otsi Simon.

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, les deux hommes ont accepté d’y participer.

Plus tôt jeudi, en entrevue à RDI matin, la ministre québécoise des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, s’est voulue rassurante concernant ce litige territorial.

Le processus est enclenché et on va arriver à une solution d’ici quelque temps, a-t-elle déclaré, en précisant discuter du sujet depuis ce printemps avec les parties concernées.

Je peux comprendre que les revendications territoriales et le processus de don écologique sont de juridiction fédérale. […] Mais le maire [Pascal] Quevillon peut compter sur nous pour que les trois parties soient assises à la même table et qu’on puisse commencer un dialogue clair et positif, a ajouté Mme D’Amours.

Même si elle a écrit sur Twitter qu'elle n'endosse pas les propos tenus par le maire d'Oka, la ministre s’est dite, en entrevue à RDI, encouragée de voir que, mercredi soir, devant ses concitoyens, le maire Quevillon tenait un discours plus ouvert et positif.

Un peu plus tôt mercredi, le maire d'Oka avait en effet tenu dans certains médias des propos qui ont choqué la communauté mohawk.

Plan rapproché de M. Simon.

Le grand chef du conseil de Kanesatake, Serge Otsi Simon, le 17 juillet 2019, lors d'une séance d'information sur le transfert d'un terrain aux Mohawks par un promoteur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J'ai toujours été ouvert au dialogue [...] mais je ne veux pas m’asseoir à côté d’un homme qui dit que la prochaine crise d’Oka sera déclenchée par sa communauté.

Serge Otsi Simon, grand chef de Kanesatake

En entrevue à ICI RDI, le maire d'Oka, Pascal Quevillon, estime, pour sa part, que ses propos « sont réalistes, c’est la réalité à Kanesatake », a-t-il dit, en faisant référence aux cabanes de vente de cigarettes et de cannabis.

Interrogé en marge du Sommet Canada-Union européenne, le premier ministre fédéral Justin Trudeau a déclaré que les propos du maire d'Oka n'avaient pas été respectueux.

Nous reconnaissons qu'il y a des discussions difficiles à avoir et un historique chargé à Oka. [...] J'espère que toutes les parties, incluant le gouvernement fédéral, vont s'engager de façon positive et respectueuse dans ce processus important pour avancer vers la vraie réconciliation, a-t-il dit, en insistant sur la tenue de « propos rassurants, de sorte que le dialogue soit ouvert ».

Marc Miller, secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, rappelle que c’est l’anniversaire de la crise d’Oka, « les émotions sont à fleur de peau, les gens ont des séquelles. Soulever ce spectre de façon cavalière est dangereux », a-t-il déclaré.

« Il faut continuer le dialogue, peut-être avoir une médiation », a-t-il insisté.

Il s’agit, selon lui, de « démystifier au sein de la population un problème qui est complexe ».

« C’est une discussion corsée, car on parle de la terre, ce n’est pas une question d’argent, ce sont des terres qui sont occupées par des non-Autochtones, il faut des discussions qui soient imaginatives », a affirmé M. Miller.

En entrevue à l’émission 24/60, Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, a exprimé son inquiétude tout en appelant au calme. « On a toutes les raisons d’être inquiets, parce que ça ne prend pas grand-chose », a-t-il dit.

« La responsabilité est collective, aussi bien les deux paliers de gouvernement que la municipalité que la communauté de Kanesatake », a-t-il souligné.

Commentant les images de drapeaux mohawks plantés en bordure de la route à Kanesatake et de journalistes menacés par un individu, M. Picard a souligné qu’il y a lieu de faire preuve de « responsabilité », notamment « la responsabilité des médias ».

« Est-ce qu’on a couvert la nouvelle ou on l’a provoqué », s’est interrogé M. Picard.

Évoquant la crise d’Oka de 1990, M. Picard dit se souvenir de médias installés sur « des véhicules récréatifs au barrage de Châteauguay et ailleurs, qui moussaient la mobilisation et le sentiment anti-mohawk », a-t-il soutenu.

Un don qui inquiète

Au cœur de ces tensions, le geste de réconciliation du promoteur Grégoire Gollin qui propose de rétrocéder aux Mohawks, en vertu du Programme fédéral des dons écologiques, 60 hectares de pinède au cœur de la crise d’Oka de 1990.

Ce geste a pris de court toutes les parties.

À Oka, les citoyens se sont prononcés : on ne veut pas ça. Présentement, il n’y a aucun contrôle qui se fait sur le territoire de Kanesatake, a déclaré à Radio-Canada Pascal Quevillon, qui craint que cette cession ne fasse pousser des cabanes illégales de vente de cannabis à l’entrée de sa ville, en plus de freiner son développement territorial.

M. Quevillon derrière un porte-nom qui l'identifie.

Le maire d’Oka Pascal Quevillon (à droite), le 17 juillet 2019, lors d'une séance d'information sur le transfert d'un terrain par un promoteur aux Mohawks de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sylvie D’Amours croit, comme le maire, que le commerce illégal de cannabis sur la réserve est un problème.

J’ai abordé ce sujet avec le fédéral depuis plusieurs semaines. Aussi bien le maire d’Oka que le grand chef Simon sont aux prises avec cette problématique-là. Ils doivent se faire aider par le fédéral, a noté la ministre, en soulignant que Québec était prêt à y mettre du sien pour apporter une certaine forme de sécurité publique.

Le grand chef Simon a de son côté voulu tempérer les inquiétudes.

Ça serait hypocrite de notre part d’acquérir ces 60 hectares de pinède et de les développer. Notre communauté avait toujours pour but de la protéger du développement, a-t-il expliqué.

À ceux qui s’interrogent, au sein de sa communauté, sur l’utilité d’accepter en cadeau une terre qui leur revient de plein droit, le grand chef explique que c’est le recours le plus rapide.

Même si le gouvernement fédéral a reconnu en 2008 que ces terres et plusieurs autres dans la région devaient revenir aux communautés autochtones concernées, cette décision peine à se concrétiser depuis.

Grand Montréal

Politique provinciale