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« Une deuxième crise d’Oka, c’est la mort du village »

Un homme s'apprête à s'asseoir à une table qui fait face aux bancs d'église tous occupés par des citoyens d'Oka.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon, s'apprête à prendre la parole lors d'une soirée d'information à l'église d'Oka, le 17 juillet 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Laurence Niosi

Les tensions sont à leur comble entre le maire d’Oka et le grand chef de Kanesatake. Dans un geste sans précédent, les deux hommes politiques ont rencontré tour à tour mercredi les citoyens de la municipalité, inquiets de voir se profiler une nouvelle crise d’Oka.

L’église d’Oka n’était pas assez grande mercredi soir pour contenir les plus de 500 Okois conviés par le maire Pascal Quevillon à une séance d’information; quelques Mohawks, mais surtout des citoyens d’Oka venus poser des questions au maire ou simplement pour l'écouter.

Au cœur du litige : une entente récente entre le conseil de bande de Kanesatake et un promoteur concernant le transfert de terres contestées aux Mohawks. Le chef Serge Otsi Simon et le maire Quevillon, à couteaux tirés, communiquent depuis quelques mois par voie de mises en demeure.

Une deuxième crise d’Oka, c’est la mort du village, a lancé au micro Jocelyne Lefebvre, faisant écho aux préoccupations de ses concitoyens, entassés dans l’église par une chaleur accablante.

Loin de calmer les appréhensions de ses citoyens, le maire d’Oka a martelé que la pérennité de la municipalité est en péril, dénonçant du même souffle le mutisme du gouvernement canadien, avec qui les Mohawks négocient une compensation depuis plus d’une décennie. 

Une femme est agenouillée dans l'allée centrale de l'église et semble concentrée.

« Une deuxième crise d'Oka, c'est la mort du village », a lancé au micro Jocelyne Lefebvre, agenouillée dans l'allée centrale de l'église.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ottawa reconnaît la validité des revendications autochtones sur l’ancienne seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes, un territoire de 600 km2 promis aux Mohawks au 18e siècle, et accepte de les dédommager.

Mais selon le maire Quevillon, le gouvernement canadien devrait également aider sa municipalité. Ce que nous voulons, c’est nous faire respecter, a estimé le maire d’Oka, dont les propos étaient accueillis régulièrement par des salves d’applaudissements.

La rencontre avait pourtant commencé de bien mauvaise façon pour le maire, quand trois membres du conseil ont pris la parole pour se dissocier de lui. La conseillère du district de la Pointe-aux-Anglais Stéphanie Larocque a dénoncé ses propos racistes et incendiaires, avant de quitter sa place aux côtés du maire.

Les tensions territoriales enveniment les relations entre le conseil de bande et la mairie d’Oka, une municipalité à 50 km à l'ouest de Montréal, depuis de nombreuses années. Mais le ton est monté d’un cran cet hiver quand le grand chef Simon a envoyé une mise en demeure au promoteur d’un projet immobilier sur des terres contestées, un geste vivement critiqué par le maire d’Oka.

Puis, récemment, le grand chef s’est entendu avec le propriétaire Grégoire Gollin, qui propose de transférer aux Autochtones une partie du terrain qu'il possède dans la pinède, épicentre de la crise d’Oka. Mais M. Gollin possède 95 % des terres développables à Oka, a déploré le maire lors de la rencontre, carte à l’appui.

Une forêt se dresse derrière des modules de jeu dans un parc.

Le terrain offert par Grégoire Gollin est situé au nord de l’école des Pins et d'un parc municipal d'Oka.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le chef Simon rassurant

À quelques mètres de là, à la Kanehsatake United Church Hall, le chef de Kanesatake avait organisé un peu plus tôt sa propre rencontre pour rassurer les résidents d’Oka au sujet du développement des terrains.

Lors d’échanges vifs mais courtois, quelques dizaines d’Okois sont venus faire part de leurs préoccupations au chef Simon. La crainte, c’est d’avoir de la marijuana partout dans le territoire, a soulevé le citoyen d’Oka Gilles Normandin. Un autre a affirmé s’être fait intimider par des Mohawks sur la route 344. Au Québec, ce ne sont pas des valeurs qu’on souhaite avoir, a-t-il affirmé.

Deux hommes s'adressent la parole lors d'une assemblée citoyenne.

Un résident de la Pointe-aux-Anglais, à Oka, s'est adressé au chef du conseil de bande de Kanesatake, Serge Otsi Simon (qu'on aperçoit de dos), le 17 juillet 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le grand chef Simon estime ne pas avoir les ressources suffisantes pour contrôler les comptoirs de cigarettes ou de cannabis qui se multiplient sur son territoire. Des doléances maintes fois réitérées par le chef de la communauté, qui n’a plus de police locale depuis 15 ans. Ce n’est pas une différence de valeurs, mais de ressources, dit-il.

Serge Otsi Simon fait par ailleurs face à de la dissidence dans sa propre communauté, ayant dû organiser la veille une rencontre avec ses concitoyens. Plusieurs d’entre eux reprochent au chef son manque de transparence en ce qui concerne son entente avec Grégoire Gollin.

Mercredi soir, de nombreux Mohawks ont assisté à l’une ou l’autre des deux rencontres, choisissant d’adopter un rôle d’observateur. Le maire Quevillon utilise des tactiques d’intimidation, et alimente les craintes sans connaître les faits, regrette Nicole, venue avec d’autres Mohawks chanter et jouer du tambour devant l’église d’Oka.

La militante mohawk Ellen Gabriel, qui était sur la ligne de front en 1990, était également présente à l’église, pour écouter ce que les gens ont à dire. Et puis aussi, je ne veux pas que les gens du village aient peur de nous. Nous vivons ensemble depuis 300 ans, après tout, souligne-t-elle.

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