•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Malgré sécheresse, tornades et conflits commerciaux, les fermiers gardent espoir

Une récolte en Saskatchewan.

Selon Statistique Canada, une baisse des revenus agricoles nets de 45 % a été enregistrée en 2018, au pays.

Photo : Radio-Canada

Marie-Christine Bouillon

La météo des dernières semaines en Saskatchewan, les barrières commerciales mises en place par l’Italie, l’Inde et la Chine et la hausse constante des coûts de production placent les fermiers dans une situation incertaine. Malgré cela, ils gardent espoir que les marchés reprendront de la vigueur et que Dame Nature leur sera bénéfique.

Robert Carignan, propriétaire d’une ferme à Ponteix, au sud-ouest de Regina, où sont cultivés du blé et du canola, raconte que la sécheresse lui a donné quelques soucis en début de saison.

Toutefois, grâce à l’accumulation de neige à la fin de l’hiver et aux récentes précipitations, les cultures demeurent en bonne santé. Le fermier concède cependant que la situation reste inquiétante, étant donné les pertes considérables de revenus subies par les agriculteurs l’an dernier.

Les chiffres publiés par Statistique Canada à la fin du mois de mai montrent une baisse des revenus agricoles nets de 45 % en 2018 au pays. En Saskatchewan, cette chute s’élève à 28,9 %, soit un plus plus de 1 milliard de dollars de moins que l’année précédente.

« Revenir d’une baisse économique, ça ne rebondit pas très rapidement dans tous les secteurs, ce n’est pas différent dans le secteur agricole. Ça dépend des ententes, des ventes, du prix du produit. Ça marche avec la Bourse », explique-t-il.

« J’espère que la balle a frappé le fond en 2018, qu’il y a quand même une certaine stabilité qui va se produire et qu’on va voir tranquillement une remontée de cette pente », ajoute-t-il.

Augmentation des coûts, marchés en moins

Selon Financement agricole Canada (FAC), la chute de revenus de 2018 s’explique notamment par l’augmentation des coûts de production qui ne sont pas accompagnés d’une hausse des prix sur les marchés.

« Si les revenus bruts sont plutôt constants et que les coûts de production augmentent, toujours en suivant une certaine inflation, on a un revenu net qui diminue au fil du temps. Donc, c’est la croissance des coûts et une stagnation dans les revenus qui font en sorte que les revenus nets n’ont pas augmenté », précise l’économiste agricole supérieur de FAC Sébastien Pouliot.

De plus, les rendements agricoles pour l’année 2019 pourraient être encore à la baisse en raison de tous ces facteurs. Cet élément demeure toutefois incertain, selon FAC.

« Si on a les mêmes rendements que l’année dernière, on ne peut pas s’attendre à une augmentation des revenus bruts à ce point-ci. Et si on regarde les revenus nets, on s’attend d’une année à l’autre à ce que les coûts augmentent. Donc, étant donné cela, on ne peut pas s’attendre à une augmentation des revenus nets », précise M. Pouliot.

Du Parlement aux champs des Prairies

Outre les soubresauts de Dame Nature, les relations que le gouvernement entretient avec les pays importateurs, le blocage du canola canadien par la Chine en est un bon exemple, touchent les agriculteurs de partout au pays.

Selon M. Pouliot, la fermeture de certains marchés aux produits canadiens constitue un facteur non négligeable dans cette baisse des revenus agricoles. Elle réduit la demande de certains produits, comme le blé, le canola ou les légumineuses, ce qui fait chuter les prix.

« Pour les légumineuses, on parle de l’Inde. C’est un marché qui aurait permis la vente des légumineuses de la Saskatchewan, or ça n’arrivera pas. On a le blé dur qui ne rentre pas en Italie à cause de problèmes avec l’étiquetage du pays d’origine. Et on a aussi récemment le canola, vers la Chine. Donc il y a des problèmes d’accès aux marchés qui expliquent pourquoi ces prix-là n’ont pas crû », affirme l’économiste.

Joe Poirier, propriétaire d’une ferme biologique située à Bellegarde, dans le sud-est de la province, a dû faire face à ce problème. Il cultive de l’avoine et des pois qu’il comptait exporter en Inde.

« Ça m’a fait tout de suite plus de mal », lance-t-il. Après l’annonce du gouvernement indien, il a tenté de trouver de nouveaux marchés, mais « la demande n’était pas là ».

« Alors là, j’ai commencé [à faire affaire] avec d’autres compagnies des États-Unis et, finalement, j’ai [envoyé] tous mes pois, qui vont à 1000 miles [1609 km] d’ici, dans le sud des États-Unis », raconte-t-il.

Le producteur de blé et de canola Robert Carignan estime pour sa part que même les ministres de l’Agriculture et des Affaires étrangères n’ont pas les outils nécessaires pour mettre fin à ces crises diplomatiques.

Ils sont pris entre l’arbre et l’écorce. Ce sont les agriculteurs, dans le fin fond, qui vont en subir le plus gros coup.

Robert Carignan, producteur de blé et de canola, Ponteix, Saskatchewan.

Même son de cloche de la part de Financement agricole Canada.

« Ce sont les politiques des autres pays qui ferment l’accès aux marchés. Ce ne sont pas les politiques du gouvernement canadien qui font que ces accès-là sont brisés », estime Sébastien Pouliot.

Quant à Joe Poirier, il croit que le premier ministre Justin Trudeau sait à quel point le marché agricole vit une période difficile, surtout dans les provinces de l’Ouest canadien, où selon lui, « il n’est pas beaucoup apprécié ».

Tant M. Poirier que Robert Carignan croient que les questions agricoles pourraient prendre une plus grande place lors de la campagne électorale fédérale, cet automne.

D’ailleurs, le chef conservateur Andrew Scheer n’a pas hésité à critiquer le gouvernement libéral sur le sujet. Interrogé sur les exportations agricoles canadiennes lors d’un passage à Saskatoon mercredi, il a répété que « Justin Trudeau ne fait rien pour défendre [les] intérêts » des Canadiens dans ce dossier.

Saskatchewan

Agriculture