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Le vaccin contre l’Ebola suffira-t-il à stopper l’épidémie?

Un homme se fait vacciner.

Malgré un vaccin expérimental contre l'Ebola, les travailleurs humanitaires se butent à un sentiment de méfiance dans la population.

Photo : Associated Press / Al-hadji Kudra Maliro

Daniel Blanchette Pelletier

Même avec un vaccin, le combat contre l’épidémie d’Ebola, qui menace la République démocratique du Congo depuis bientôt un an, n’est pas gagné d’avance. Les embûches se multiplient sur le terrain, compliquant l'administration du vaccin.

En moins d’un an, le virus Ebola a fait plus de 1700 morts dans ce pays d’Afrique centrale.

Cette épidémie, la 10e en République démocratique du Congo (RDC), vient d’être déclarée « urgence » sanitaire mondiale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), comme cela a été le cas aussi pour celle qui a fait plus de 11 300 morts dans l’ouest de l’Afrique, de 2014 à 2016.

Une arme supplémentaire existe depuis pour combattre l’épidémie. Le vaccin expérimental rVSVAG-ZEBOV-GP, développé au Canada, a été administré à plus de 160 000 personnes.

Le Québécois Gary Kobinger, immunologiste et directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval, a contribué à sa mise au point. Il s’est lui-même rendu en Afrique depuis le début de la flambée en août 2018.

Il témoigne des difficultés vécues sur le terrain, où des répondants et des centres de traitement ont notamment été attaqués.

Il regarde vers le haut une plaque.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie (CRI) de l'Université Laval à Québec, dans son laboratoire.

Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière

Quelles sont les difficultés dans la lutte contre l’Ebola maintenant qu’un vaccin existe?

Il y en a plusieurs, comme dans toutes les épidémies qui perdurent et dont les cas s'accumulent.

Il y a le fait que cette population-là n’est pas en accord avec le gouvernement central et ça fait partie de l'opposition. Il y a peu d’engagement de la communauté, dû au fait que le gouvernement n'a pas été en mesure de bien intégrer les participants locaux, les politiciens locaux, et donc la population.

Aucune épidémie n’a jamais été contrôlée sans avoir le soutien de la population. C’est un gros défi.

À cela s’est ajouté le problème de sécurité. C’est un endroit où il y a des guerres et des conflits armés depuis plus de 20 ans. Ça aussi, ça a miné la confiance de la population qui a vu tous ces véhicules, toutes ces ressources, tout cet argent débarqués pour un virus, dangereux oui. Mais pour eux, ce n’est rien comparativement aux 20 années de conflits armés, aux kidnappings, aux meurtres.

Ils ne comprennent pas vraiment pourquoi le gouvernement s’intéresse tout d’un coup à eux et apporte ces ressources.

À quel point l’intervention sur le terrain est-elle risquée?

La sécurité, c’est un problème.

Tant que la communauté ne sera pas engagée de façon plus efficace, et que les gens vont avoir confiance, c’est sûr que la sécurité ne va pas s’améliorer.

Il faut que les forces de sécurité se concentrent sur la protection, pas devenir les instruments de la réponse. Le problème, quand il commence à y avoir trop de militaires, c'est qu'il y a une tendance à les utiliser pour forcer les gens à aller dans les centres de soins.

C’est très dangereux. Quand on commence à faire ça, on mine encore plus la confiance.

Un homme reçoit le vaccin.

Lorsqu'ils sont rejoints, les malades et leurs proches sont rares à refuser d'être vaccinés, assure Gary Kobinger.

Photo : Reuters / James Akena

Est-ce que les Congolais sont tout de même réceptifs au vaccin?

L'acceptation du vaccin est très bonne. Les gens sont très ouverts à la vaccination. Ils ont des taux de 90 % en général [pour d’autres vaccins] dans la population.

Le problème, c’est que le vaccin n’est offert qu’au contact, et aux contacts des contacts (vaccination en anneau). Quand un cas est identifié, on va voir la famille, les contacts directs. On les identifie et on leur offre le vaccin. Eux, ils ont des contacts avec d’autres gens. Ça fait un deuxième cercle concentrique, qu’on appelle les contacts des contacts. Eux se font offrir le vaccin.

Mais tous les autres dans les environs ne se font pas offrir le vaccin. Déjà, ils se demandent pourquoi. Pourquoi eux ne peuvent-ils pas se faire vacciner? Ça aussi, c’est difficile à gérer.

Est-ce que la vaccination en anneau est la méthode la plus efficace pour combattre l’épidémie?

Absolument pas. C’est dommage que ça prenne autant de temps pour démontrer que ce n’est pas une stratégie qui fonctionne pour arrêter l’épidémie.

La stratégie en anneau, ce n’est pas utilisé à cette échelle. Quand on a un cas de méningite dans une école, c’est tout le monde qui se fait vacciner. Pas juste les contacts, et les contacts des contacts. C’est tout le monde dans l’école, tout le monde dans la région.

C’est une bonne stratégie pour faire une étude. Mais pour endiguer une épidémie, on voit que ça ne marche pas. Et la raison est assez simple à comprendre.

Pour que ça marche, il faudrait qu’on sache vraiment tous les cas, et tous les contacts, et les contacts des contacts. Mais pour l’instant, il y a 40 % au moins des nouveaux cas qui ne sont pas déterminés.

Ce sont des gens qui sortent de nulle part en terme épidémiologique, qui sont dans la communauté, mais qui ne sont pas associés à des chaînes de transmission connues. Ils ne peuvent pas être vaccinés.

Un homme habillé en combinaison de sécurité

D'abord concentré dans le nord-est, il y a maintenant des craintes que le virus Ebola se propage jusqu'à Goma, la deuxième ville de République démocratique du Congo, et en Ouganda voisin.

Photo : Reuters / James Akena

Pourquoi est-il difficile de rejoindre les gens qui devraient être vaccinés?

Ils sont réticents à s'identifier. Les gens qui tombent malades vont se cacher, ou ils vont éviter les centres de soins. Ils ne veulent pas s’identifier aux gens engagés dans la réponse, parce qu’ils sont associés aux gouvernements centraux.

Quand on n’a pas la confiance et que les gens ne participent pas, il y a des cas de transmission qui se font à l’extérieur de la surveillance, qui n’est pas vraiment capable de suivre le nombre de cas réels.

L’OMS dit qu’il en manque 40 %. Ils les identifient quand ils meurent à la maison. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas leur offrir le vaccin, parce qu’ils ne sont pas connus au moment d’être vaccinés.

Repères

Le virus Ebola tient son nom d’une rivière dans le nord de la République démocratique du Congo, où il a été repéré pour la première fois en 1976.

Il existe cinq souches du virus : Zaïre, Soudan, Bundibugyo, Reston et Forêt de Taï.

Le taux de mortalité moyen de l’Ebola est de 50 %, mais celui-ci va parfois jusqu’à 90 %.

Avec plus de 11 300 morts, l’épidémie de 2014 à 2016 en Afrique de l’Ouest a causé plus de mortalité que toutes les précédentes flambées réunies.

La République démocratique du Congo a connu 10 flambées du virus Ebola depuis 1976.

Est-ce qu’il y a suffisamment de doses du vaccin pour enrayer l’épidémie?

Il faudrait des millions de doses.

Quand j’étais là il y a deux mois, s’il y avait eu ces doses, ça aurait été assez pour mettre fin à l’épidémie.

On a manqué le bateau pour faire une intervention au niveau régional, comme on fait normalement avec un vaccin.

Deux mois plus tard, je souhaite que ce soit encore assez. Mais il n'y a assez de doses que pour poursuivre la vaccination en anneau, ce qui ne suffira pas.

Quel est le risque que l’épidémie actuelle devienne aussi préoccupante que celle de 2014-2016?

Ce serait de la spéculation de me prononcer. Tout peut arriver. On vient de dépasser les 2500 cas. On a dépassé 100, qu’on était déjà inquiets.

Les chiffres font peur et en ce qui a trait à l’étendue, ça s’agrandit. Même si ce sont des cas isolés, à Goma et en Ouganda voisin, ça augmente les risques.

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