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#FaceAppChallenge : attention avant de vous vieillir sur photo

L'application FaceApp permet d'avoir un aperçu de ce dont on aurait l'air avec un âge ou un sexe différent.

Photo : FaceApp Inc

Karl-Philip Vallée

FaceApp, une application permettant de modifier l’apparence d’un égoportrait pour voir de quoi on aurait l’air avec un âge ou un sexe différent, refait actuellement surface grâce au défi viral #FaceAppChallenge. Mais sa politique de confidentialité trop vague suscite des inquiétudes pour la protection des données des internautes.

Le #FaceAppChallenge (aussi appelé #AgeChallenge ou tout simplement #FaceApp), met les internautes au défi d’utiliser FaceApp pour se vieillir artificiellement avant de publier la photo sur les réseaux sociaux. En quelques jours, de nombreuses célébrités aussi bien ici qu’ailleurs dans le monde se sont prêtées au jeu, créant un effet d’entraînement auprès des personnes qui les suivent.

Or, les internautes devraient peut-être y réfléchir à deux fois avant de se servir de l’application. Dans sa politique de confidentialité (Nouvelle fenêtre), FaceApp mentionne qu’elle enregistre les photos et leurs métadonnées, ainsi que les informations personnelles des gens, leur localisation géographique et une partie de leur historique de navigation.

« Il est impératif qu'on développe certains réflexes dans le cadre de nos interactions avec les outils technologiques, estime Luc Lefebvre, cofondateur de Crypto.Québec et expert en cybersécurité. Le premier devrait être de se poser la question suivante : "Comment est-ce que cette application fait de l'argent?" Et l’entreprise qui conçoit le logiciel devrait fournir des réponses claires et faciles à comprendre sur son site. »

Des conditions trop permissives?

FaceApp affirme ne pas revendre ou louer ces informations à des entreprises tierces, mais précise qu’elles sont tout de même transmises à des « partenaires publicitaires » dans l’objectif de présenter des publicités ciblées.

Les conditions d’utilisation (Nouvelle fenêtre) de FaceApp indiquent également que l’entreprise obtient tous les droits d’utilisation des photos téléversées dans l’application comme si elles lui appartenaient.

« Vous accordez à FaceApp une licence perpétuelle, irrévocable, non exclusive, libre de droits, mondiale [...] lui permettant d’utiliser, reproduire, modifier, adapter, publier, traduire, créer des produits dérivés, distribuer, montrer en public et afficher votre contenu d’utilisateur et tout nom, nom d’utilisateur ou information du même genre fournis en lien avec votre contenu d’utilisateur dans tout format médiatique et canal de diffusion actuellement connu ou à venir, sans compensation pour vous », peut-on notamment y lire.

FaceApp n'est toutefois pas la seule entreprise dont les conditions d'utilisation sont aussi laxes. Souvent sans le savoir, les milliards de membres de la communauté Facebook accordent aussi les droits d'utilisations de leurs contenus au réseau social. C'est également le cas sur d'autres plateformes, comme Twitter ou Snapchat.

Méfiance sur le web

D’autres inquiétudes ont également fait surface sur le web.

Le concepteur d’applications Joshua Nozzi, qui a remarqué que l’application ne semblait pas fonctionner correctement lorsqu’il coupait sa connexion à Internet, a émis l’hypothèse que FaceApp téléchargeait peut-être toutes les photos contenues sur le téléphone des utilisateurs et utilisatrices vers ses serveurs. Des chercheurs en sécurité informatique ont toutefois réfuté cette idée, affirmant que rien ne permet selon eux de conclure que c’est le cas.

L’origine russe de l’entreprise Wireless Lab, l’entreprise propriétaire de FaceApp, a également suscité du scepticisme quant à ses intentions, certaines entreprises russes ayant été accusées de faire de l’espionnage pour le compte du Kremlin.

Même si rien n’indique jusqu’ici que Wireless Lab collabore avec les autorités russes, Luc Lefebvre estime qu’il faut tout de même demeurer sur ses gardes.

« En ce moment, c’est le défi FaceApp qui nous amène à prendre conscience des enjeux, mais par le passé une autre application similaire a causé des problèmes, souligne M. Lefebvre. Cette application, FaceSwap, appartenait en fait à une entreprise chinoise et transmettait les données biométriques des utilisateurs vers des bases de données chinoises. C’est seulement après que plusieurs dizaines de millions de personnes aient téléchargé et utilisé l’application que cette question a été soulevée. »

Mot-clé : prudence

Par ailleurs, M. Lefebvre s’interroge sur la possibilité que FaceApp utilise les photos qui lui ont été soumises pour obtenir des données biométriques, qui peuvent être utilisées pour effectuer de la reconnaissance faciale.

Aucune preuve ne démontre actuellement que FaceApp se sert des photos des internautes de cette façon, mais ce scénario demeure une possibilité. Plus tôt cette année, NBC rapportait qu’Ever, un service d’hébergement servant notamment à faire une copie de sauvegarde de ses photos dans le nuage, utilisait les photos des internautes pour entraîner des algorithmes de reconnaissance faciale vendus à des services de police.

« Les données biométriques joueront probablement un rôle important comme méthode de protection de nos données confidentielles au cours des prochaines années, estime Luc Lefebvre. On ne peut pas se permettre de les négliger. »

« Au Québec et au Canada, avec la crise actuelle chez Desjardins, on parle de remplacer le numéro d’assurance sociale [par un système d’identification plus moderne], évoque-t-il. Les données biométriques joueraient sûrement un rôle [dans ce futur système], alors il faut se poser des questions quand on installe ce genre d’application. »

Avec les informations de The Next Web, Mashable, et TechCrunch

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