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Certains croient qu’on n’est jamais allé sur la Lune, voici pourquoi

On voit un astronaute sur la Lune avec un drapeau américain.

Cinquante ans après la première mission d'exploration lunaire, bien des gens croient qu'on n'a jamais marché sur la Lune.

Photo : NASA / montage de Philippe Tardif

Bouchra Ouatik

Il y a 50 ans, le 20 juillet 1969, l’astronaute Neil Armstrong était le premier homme à marcher sur la Lune. Après lui, 11 autres astronautes ont foulé le sol lunaire. En dépit des preuves, bien des gens croient que tout n’était qu’une mise en scène. Pourquoi cette croyance refuse-t-elle de mourir? Analyse.

Avec la mission Apollo 11, la NASA a accompli ce qui semblait alors impossible : envoyer un homme sur la Lune et le ramener vivant. L’image de Buzz Aldrin, en combinaison d’astronaute, posant près du drapeau américain a marqué les esprits. Les premiers mots de Neil Armstrong — « un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité » — sont passés aux annales.

À travers les années qui ont suivi, d’autres équipages sont retournés sur la Lune, jusqu’à la mission Apollo 17 en 1972, la dernière à ce jour. C’est à la même époque que les premiers sceptiques ont commencé à faire entendre leur voix, avec des théories du complot qui résonnent jusqu’à aujourd’hui.

D’où vient la théorie qu’on n’est jamais allé sur la Lune?

Selon l’astronome Pierre Chastenay, ancien responsable des activités éducatives du Planétarium de Montréal et aujourd’hui professeur de didactique des sciences à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), il faut se replacer dans le climat de l’époque, alimenté par la méfiance.

En effet, en 1971, les Américains ont découvert que leur gouvernement leur avait caché des informations sur la guerre du Vietnam, puis en 1974, le pays a été ébranlé par le scandale du Watergate.

Je pense que ça a joué énormément dans le fait que les gens se sont mis à se méfier de tout ce qui venait du gouvernement, y compris la NASA.

Pierre Chastenay, astronome et professeur à l’UQAM
Une foule regarde vers le ciel.

Le 16 juillet 1969, l'ex-président des États-Unis Lyndon Johnson et le vice-président Spiro Agnew assistent au lancement de la mission Apollo 11.

Photo : Getty Images / NASA

C’est ainsi qu’en 1976, Bill Kaysing, qui avait travaillé pour le constructeur de fusées Rocketdyne, a publié un livre-choc remettant en question toute l’aventure lunaire, We Never Went to the Moon (Nous ne sommes jamais allés sur la Lune), qui est devenu une référence pour ce mouvement conspirationniste.

Bill Kaysing suggérait que les alunissages avaient été filmés en studio. Une scène du film de James Bond de 1971, Les diamants sont éternels, montre d’ailleurs l’agent 007 dans un décor de cinéma qui reproduit l’environnement lunaire, une scène qui a pu contribuer à renforcer cette théorie, croit Pierre Chastenay.

Puis, en 2001, le réseau de télévision Fox en a rajouté en diffusant le documentaire Conspiracy Theory : Did We Land on the Moon? (Théorie du complot : Nous sommes nous posés sur la Lune?), qui donnait notamment la parole à Bill Kaysing. L’année suivante, un des conspirationnistes impliqué dans ce film, Bart Sibrel, a confronté l’astronaute Buzz Aldrin, membre de l’équipage d’Apollo 11, en le traitant de menteur. L’astronaute a fini par asséner un coup de poing à l’homme (Nouvelle fenêtre), une altercation qui a été filmée.

L'empreinte du pied d'un astronaute sur la Lune.

L'humanité débarquait sur la Lune le 20 juillet 1969, il y a 50 ans.

Photo : NASA

Avec l’avènement de YouTube, le nombre de vidéos remettant en question les missions Apollo a explosé. « Les réseaux sociaux sont une immense caisse de résonance où tu choisis toi-même en fonction de tes intérêts à quoi est-ce que tu vas être exposé », indique l’astronome Pierre Chastenay.

« Un parallèle de ça, c’est le mouvement de la terre plate, les flat-earthers qui étaient une infime minorité il y a 15 ans, ajoute Pierre Chastenay. Leur nombre ne cesse d’augmenter au point où il y a même des congrès maintenant. »

Peu d’études ont mesuré la proportion de gens qui croient que l’on n’est jamais allé sur la Lune, mais en 1999, un sondage de la firme Gallup (Nouvelle fenêtre) avait trouvé que cela représentait 6 % des Américains. Une étude de l’IFOP (Institut français d’opinion publique) menée en 2017 (Nouvelle fenêtre) a constaté que 16 % des Français adhéraient à cette théorie. Une étude de YouGov menée en Grande-Bretagne en 2019 (Nouvelle fenêtre) a observé la même proportion au sein des Britanniques.

Il n’est pas rare que ce scepticisme s’étende à d’autres sujets, comme l’a constaté la chercheuse en psychologie de l’Université Texas Tech Asheley Landrum. En entrevue au Washington Post (Nouvelle fenêtre), elle raconte avoir interviewé des adeptes de la théorie de la Terre plate lors d’un de leurs congrès. Chaque personne à qui elle a parlé croyait également que les expéditions lunaires étaient des mises en scène.

De nombreuses preuves

Les preuves des expéditions lunaires sont nombreuses. En plus des photos et vidéos montrant les astronautes sur la Lune ainsi que les traces des sites d’alunissage, les astronautes ont ramené au fil de leurs missions 382 kilos de roches lunaires.

On a les 400 quelques échantillons de roche lunaire qui sont à Houston, au Texas, que j’ai vus moi-même de mes propres yeux dans les chambres à vide où ils sont conservés.

Pierre Chastenay, astronome et professeur à l’UQAM

En outre, les astronautes des missions Apollo ont laissé de nombreux instruments sur la Lune, tels que des réflecteurs et des sismomètres, qui sont encore utilisés aujourd’hui pour recueillir de l’information sur cet astre.

L'astronaute Buzz Aldrin se tient à proximité du capteur de vent solaire qu'il a déployé sur la lune, le module lunaire est visible en arrière plan.

Durant leur court séjour sur la lune, les astronautes d'Apollo 11 Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont déployé différents instruments scientifiques, dont un capteur de vent solaire.

Photo : NASA

Dans son blogue Bad Astronomy (Nouvelle fenêtre), l’astronome Phil Plait démonte un par un tous les arguments des conspirationnistes. Le drapeau qui semble flotter malgré l’absence de vent? Il est tenu droit par une tige horizontale. L’absence d’étoiles dans le ciel lunaire? Les étoiles sont bien là, mais la caméra n’était pas assez sensible pour les capter.

Même les Soviétiques, rivaux des États-Unis dans la course à l’exploration spatiale, avaient confirmé à l’époque que les Américains étaient bien allés sur la Lune.

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Les experts impuissants devant les conspirationnistes

Mais pour les adeptes de ces théories du complot, aucune preuve n’est convaincante.

Les conspirationnistes vont toujours avoir réponse à tout parce que leur réponse, c’est essentiellement de dire que tout ce que les scientifiques disent, c’est une fabrication.

Pierre Chastenay, astronome et professeur à l’UQAM

« On ne peut pas contrecarrer des arguments basés sur une croyance avec des arguments basés sur la raison », indique Pierre Chastenay.

Selon l’astronome, la NASA ne peut pas gagner contre les conspirationnistes. « La NASA va intervenir avec les moyens qui sont les siens, c’est-à-dire des preuves rationnelles, des explications rationnelles. Mais pour un conspirationniste, ces preuves et ces explications-là ne sont que d’autres éléments à rajouter à la conspiration. »

Pour lui, le problème n’est pas forcément un manque d’éducation ou d’esprit critique, mais c’est un manque de confiance envers les institutions. « Malheureusement, les gouvernements nous ont menti et nous mentent encore, les politiciens racontent souvent n’importe quoi juste pour se faire élire, alors la confiance de ce côté-là va être difficile à regagner. Il y a des scientifiques qui ont fraudé, il y a des scientifiques qui ont menti, il y a des scientifiques qui ont inventé des données », souligne-t-il.

Et si l’on retourne sur la Lune?

Le président américain, Donald Trump, a annoncé il y a quelques mois son intention de renvoyer des astronautes sur la Lune en 2024. Une nouvelle mission lunaire permettra-t-elle de clouer le bec aux conspirationnistes? Non, affirme l’astronome Pierre Chastenay.

Dans sa combinaison d'astronaute, Anne McClain sourit à la caméra, avec la Terre en arrière-plan.

Anne McClain, vue ici en mars à l'extérieur de la Station spatiale internationale, fait partie de la première sélection de femmes qui pourraient marcher sur la Lune en 2024.

Photo : Reuters / NASA

Selon lui, bien des gens qui ont vu l’alunissage à la télévision le 20 juillet 1969 ont malgré tout cru à la théorie du complot.

« Qu’est-ce que les futures missions d’exploration de la Lune vont nous apporter? Des images à la télé, des photographies, des échantillons de roches, peut-être des photographies d’une éventuelle base lunaire. Il n’y a rien là-dedans qui est foncièrement différent de ce à quoi les gens ont déjà accès et ils sont quand même convaincus que c’est une mise en scène. »

Je ne vois pas en quoi des informations nouvelles, mais présentées de la même manière, vont changer quoi que ce soit.

Pierre Chastenay, astronome et professeur à l’UQAM

Pour Pierre Chastenay, il n’y a qu’une solution. « La seule façon de les convaincre, ce serait de les mettre dans une fusée, on les envoie sur la Lune et on les laisse là une journée ou deux, et on les ramène par la suite. » Une solution, concède l’astronome, qui serait peu réaliste.

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