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Les cris, gifles et fessées peuvent altérer le cerveau des enfants

Une fillette assise au sol, l'air fâché, tourne le dos à la caméra.

Les enfants dont les parents se fâchent souvent ou crient contre eux, leur donnent une fessée ou les secouent pour imposer une discipline pourraient en subir les répercussions négatives jusqu’à l’adolescence, selon une étude de l'Université de Montréal.

Photo : Getty Images / LSOphoto

Radio-Canada

Crier après un enfant, lui donner une fessée, le gifler ou le secouer sur une base régulière pourrait altérer ses circuits cérébraux de la peur, prévient une étude menée par des chercheurs de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.

À l'adolescence, les enfants qui ont subi de telles « pratiques parentales coercitives » pourront peiner à différencier ce qui est épeurant de ce qui ne l'est pas et avoir de la difficulté à identifier leurs émotions, a expliqué la première auteure de l'étude, la chercheuse postdoctorale Valérie Alejandra La Buissonnière-Ariza.

Ce type de pratiques parentales provoque des changements dans le fonctionnement de leur cerveau, notamment en ce qui concerne la peur et l'anxiété, a-t-elle ajouté dans un communiqué. On note aussi un impact sur le comportement des enfants jusqu'à leur adolescence.

La chercheuse affirme que la plupart des précédentes recherches portaient sur les pires cas d’adversité, soit les enfants maltraités ou négligés et enlevés à leurs parents.

Avec cette étude, elle a voulu se pencher sur l’adversité la plus bénigne, qui est assez commune et même facilement acceptée : les parents qui crient contre leurs enfants, les giflent, les prennent par les bras et les secouent pour les discipliner.

L'étude ne portait pas sur des comportements qui vont avoir lieu une fois de temps en temps. Ça arrive à tout le monde d'élever la voix. On parle vraiment des gens qui vont utiliser ça comme façon de punir leur enfant de façon régulière.

Valérie Alejandra La Buissonnière-Ariza, chercheuse de l'Université de Montréal

Des examens IRM fonctionnels du cerveau des jeunes pendant une tâche de conditionnement de la peur ont montré des différences marquées dans la façon dont celui-ci traitait la peur.

Les 84 sujets pour qui les chercheurs ont obtenu des données valides au niveau de l'imagerie participaient à deux études longitudinales québécoises accessibles par l'intermédiaire du Groupe de recherche sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant et l'Institut de la statistique du Québec. La moitié d'entre eux étaient victimes de pratiques parentales coercitives.

Selon la chercheuse, les jeunes sans coercition étaient à même de bien différencier le stimulus effrayant du stimulus rassurant, tandis que les jeunes qui avaient été victimes de pratiques parentales coercitives traitaient les deux stimuli de la même façon.

Les chercheurs ont aussi trouvé des différences au niveau de la communication entre l'amygdale et l'insula, une région du cerveau qui est entre autres impliquée dans le traitement des sensations viscérales, comme l'anxiété.

Une réduction de la communication entre ces régions a été observée par exemple chez les gens qui souffrent de troubles dépressifs ou de troubles anxieux. Il y aurait une moins bonne conscience émotionnelle chez ces enfants-là, ils seraient moins conscients de ce qu'ils éprouvent. Ils vont ressentir quelque chose, mais ils ne savent pas c'est quoi, ils ne peuvent pas le mettre en mots.

Valérie Alejandra La Buissonnière-Ariza

Mme La Buissonnière-Ariza, elle-même maman d’une petite fille d’un an, évoque les stress et les difficultés qui viennent avec l’arrivée d’un enfant dans une famille.

« Je sais qu’il est facile de perdre patience et de s’emporter, mais je suis totalement contre le fait de gifler un enfant, déclare la jeune mère de 32 ans. Il est donc important pour moi d’enquêter sur les véritables conséquences de ces gestes, de prouver que oui, être très sévère n’est pas une bonne chose. »

Je veux que les parents réfléchissent à ce qu’ils font et réalisent que certains types de mesures disciplinaires ne sont pas aussi inoffensives qu’elles le paraissent.

Valérie Alejandra La Buissonnière-Ariza

Cette étude a été supervisée par le professeur Franco Lepore, de l'Université de Montréal, et la docteure Françoise Maheu, du CHU Sainte-Justine, qui a reçu une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada pour ce projet. Les conclusions sont publiées par le journal médical Biological Psychology.

Avec les informations de La Presse canadienne

Santé