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Les centres correctionnels pour jeunes se vident dans les Maritimes

Le Centre pour jeunes de Waterville, en Nouvelle-Écosse.

Le Centre pour jeunes de Waterville, en Nouvelle-Écosse, accueille de moins en moins de jeunes contrevenants, tout comme les autres centres du genre dans les Maritimes.

Photo : CBC/Emma Davie

Radio-Canada

C’est un phénomène qui s’est accentué ces dernières années : les centres correctionnels pour jeunes des Maritimes ont de moins en moins de pensionnaires, d’autres solutions étant désormais préférées à l’incarcération des adolescents.

Jeudi dernier, par exemple, il n’y avait qu’un seul contrevenant au Centre pour jeunes de l’Île-du-Prince-Édouard, alors que cet établissement peut accueillir 16 résidents.

Ce centre, dont le budget d’exploitation annuel est de 2,86 millions de dollars, est en passe de devenir un éléphant blanc, mais la directrice des services communautaires et correctionnels de l’Île, Karen MacDonald, estime qu’il s’agit d’un beau problème.

Ce sont d’excellentes nouvelles, lance-t-elle. L’Île-du-Prince-Édouard, précise-t-elle, souhaite voir le moins possible de jeunes incarcérés à ce centre.

Nous faisons tout notre possible pour garder [les jeunes contrevenants] à la maison, dans leurs communautés, pour les amener à devenir des citoyens productifs et en santé.

Le défenseur des enfants et des jeunes du Nouveau-Brunswick, Norman Bossé, lui fait écho. Il préconise l’établissement de centres plus petits, décentralisés, plutôt que de « super prisons » provinciales.

Regardez ailleurs au Canada et aux États-Unis, c’est le modèle des centres correctionnels pour jeunes établis dans les communautés qui est privilégié, dit-il.

Si un jeune commet un meurtre, il faut bien sûr le prendre en charge. Mais il n’est pas nécessaire [de l’envoyer] dans un grand centre correctionnel comme celui que nous avons ici (à Miramichi) et dans d’autres provinces.

Norman Bossé, défenseur des enfants et des jeunes du N.-B.

La prison, un dernier recours

Il y a quelques décennies, les grands centres correctionnels pour jeunes étaient pleins à craquer. Mais leur taux d’occupation a commencé à diminuer lorsque la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents est entrée en vigueur, en 2003.

Cette loi oblige les tribunaux à considérer toutes les solutions de rechange possibles à l’incarcération. Une série de critères doit être respectée pour qu’un jeune soit envoyé en prison. Il doit par exemple avoir commis un crime violent, un crime qui entraînerait une peine de prison de plus de deux ans pour un adulte.

L’incarcération peut aussi résulter d’un manquement aux conditions imposées à un jeune contrevenant ou de récidives.

Depuis 5 ans, le nombre moyen de contrevenants dans les centres pour jeunes en Atlantique est généralement à la baisse, notamment parce que les tribunaux imposent davantage de peines de justice réparatrice, qui évitent la prison aux délinquants.

Déclin de la criminalité

Les jeunes commettent par ailleurs moins de crimes : selon un rapport de Statistique Canada qui date de 2014, le taux de crimes commis par des jeunes a chuté de 42 % de 2000 à 2014.

Le même rapport faisait état d’un déclin notable et graduel du nombre de jeunes condamnés à la prison.

La dénatalité, un phénomène qui touche particulièrement l’Atlantique, pourrait aussi expliquer dans une certaine mesure la baisse du nombre de jeunes dans les centres de détention.

Garder les jeunes dans leur milieu

Un changement de philosophie s’est opéré au sein du système de justice. Souvent, lorsqu’on envoie un jeune en prison, il apprend à devenir un meilleur criminel, affirme Megan Longley, directrice générale de l’Aide juridique en Nouvelle-Écosse.

Mme Longley estime, tout comme d’autres qui oeuvrent de près avec des adolescents, que de déraciner les jeunes contrevenants n’améliore en rien leurs chances de réhabilitation.

Il est important qu’ils demeurent dans leur communauté, dans leur école, renchérit Norman Bossé. S’ils n’obtiennent pas une éducation, ils auront un très mauvais départ dans la vie.

Le défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Norman Bossé

Le défenseur des enfants et des jeunes du Nouveau-Brunswick, Norman Bossé, estime que la prison doit être évitée dans le mesure du possible pour les jeunes.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

S'attaquer aux problèmes de santé mentale

Ce qui n’a pas changé, toutefois, c’est la grande cause sous-jacente de la criminalité chez les jeunes : la maladie mentale. Selon Norman Bossé, un grand nombre des jeunes accusés de crimes ont un problème de santé mentale qui les a fait plonger dans la criminalité.

Et nous les mettons en prison, le dernier endroit où ils devraient se trouver, déplore-t-il.

Un gestionnaire du bureau de la jeunesse à l’Aide juridique d’Halifax, Brandon Rolle, souligne toutefois que de nombreuses causes impliquant des jeunes sont détournées du système de justice traditionnel dès le début du processus judiciaire. La justice réparatrice est privilégiée.

Que faire avec l'espace qui se libère?

La chute du nombre de jeunes dans les centres pour jeunes contrevenants a déjà forcé les gouvernements provinciaux, en Atlantique, à réfléchir à l’avenir de ces centres.

Le nombre d’employés au centre de Waterville, en Nouvelle-Écosse, est passé de 145 à 52 en cinq ans et de grands espaces se sont libérés. Pour rentabiliser cet établissement, dont le coût annuel s’élève à 9 millions de dollars, le gouvernement provincial a pris la décision d’y aménager l’unité de soins sécurisée de l’hôpital pour enfants IWK d’Halifax.

C’est dans cette unité de trois lits que sont menées les évaluations psychiatriques ordonnées par les tribunaux, pour certains jeunes.

Le Centre correctionnal pour jeunes de l'Île-du-Prince-Édouard.

Le Centre pour jeunes de l'Île-du-Prince-Édouard a été divisé en deux et abrite aussi, désormais, un centre de désintoxication pour jeunes.

Photo : CBC

Le Centre pour jeunes du Nouveau-Brunswick situé à Miramichi a pour sa part été divisé en deux. L’établissement abrite maintenant des femmes détenues, en plus de jeunes contrevenants.

Il s’agit d’une solution qui laisse à désirer, selon Norman Bossé. La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents précise très clairement qu’il ne faut pas emprisonner des jeunes avec des détenus adultes, qu’importe la raison, dit-il.

Quelles que soient les solutions envisagées, les défenseurs des enfants et des jeunes estiment qu’il faut en exclure une d’emblée, c’est-à-dire l’ouverture d’un centre régional qui regrouperait tous les jeunes contrevenants des Maritimes, parce que cela les éloignerait encore plus de leur milieu d’origine.

D’après une enquête d’Emma Davie, CBC

Nouveau-Brunswick

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