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Demandeurs d'asile : Ottawa accuse l'Ontario de ne pas collaborer

Des demandeurs d'asile aux Services frontaliers du Canada à Lacolle.

55 023 individus ont demandé l’asile au gouvernement fédéral en 2018.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Rose St-Pierre

Seules cinq familles ont bénéficié d’un programme de triage qui visait à éloigner les demandeurs d’asile des refuges québécois pour les diriger vers l’Ontario. Et ces familles seront les dernières. Le gouvernement de Justin Trudeau a mis fin au programme il y a quelques semaines et pointe du doigt l’Ontario, qui refuse de participer.

À Chatham-Kent, où on a accueilli cinq familles de demandeurs d’asile d’abord arrivés à Lacolle, au Québec, les autorités n’ont que de bons mots pour le programme de triage fédéral.

Les cinq familles ont reçu le soutien dont elles avaient besoin en tant que nouveaux arrivants et elles se sont toutes les cinq établies dans la collectivité, a précisé par écrit April Rietdyk, responsable du projet.

Des entrepreneurs et le maire de la municipalité se sont même engagés à offrir des emplois aux demandeurs d’asile dès qu'ils obtiennent un permis de travail.

Les efforts de la Municipalité du sud-ouest ontarien ont été surveillés. Chatham-Kent est la seule ville à avoir participé à ce projet pilote de triage mené par le gouvernement fédéral.

La municipalité de Chatham-Kent.

Le maire de la municipalité de Chatham-Kent compte sur le coût de la vie plus bas dans sa région pour attirer de nouveaux venus.

Photo : Wikimedia Commons / User P199

Le gouvernement fédéral affirme avoir d’abord essayé de collaborer avec l’Ontario, car un bon nombre de migrants entrés au Québec par le passage de Roxham Road avaient exprimé la volonté de s’y établir. 67 % des demandeurs d’asile acceptés au pays s’installent en Ontario, contre 19 % au Québec.

Un projet pilote a donc été lancé à Chatham-Kent, petite ville de 100 000 habitants, en septembre 2018. Si le projet s’avérait concluant, le gouvernement fédéral en aurait élargi la portée. Ainsi, plusieurs petites municipalités au pays où il est plus facile d’obtenir un logement temporaire et de bénéficier de services communautaires et sociaux auraient pu accueillir ces demandeurs d’asile.

À l’issue du projet d’un an, le gouvernement fédéral a jugé le résultat concluant, mais a néanmoins mis fin à l’initiative.

Bien que l’on ait reconnu le bien-fondé du projet, il est évident qu’un programme plus vaste ou plus soutenu nécessiterait un appui rapproché des provinces, a déclaré Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada dans un message transmis à Radio-Canada.

Le Ministère attend toujours, à ce jour, un engagement financier de la part de la province pour mener à bien le triage. La priorité immédiate demeure l’offre de soutien financier pour les opérations provinciales, ajoute-t-on.

Doug Ford et Justin Trudeau, assis sur des fauteuils, répondent aux questions des médias devant les drapeaux canadien et ontarien.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le gouvernement Ford réplique

Le gouvernement de Doug Ford accuse pour sa part le fédéral de mal gérer l’accueil des demandeurs d’asile et refuse d’en payer la facture.

Le gouvernement fédéral est seul responsable de la gestion de la frontière et de l’afflux des demandeurs d’asile, a déclaré par écrit à Radio-Canada un porte-parole pour le ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires.

On ne peut pas demander à l’Ontario de participer à des projets pilotes alors que nous avons demandé à maintes reprises une indemnisation complète pour les coûts provinciaux et municipaux associés à l’afflux de demandeurs d’asile.

Daniel Schultz, porte-parole du ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires

La province refuse donc de s’investir dans quelque projet pilote que ce soit, tant que les questions de contrôle frontalier ne sont pas réglées, insiste M. Schultz.

Le ministère ontarien des Services sociaux pointe entre autres du doigt les délais d’audience pour déterminer le statut des demandeurs. Selon le Ministère, un traitement plus rapide des dossiers permettrait à certains demandeurs de quitter le pays, désengorgeant ainsi les refuges temporaires.

Ainsi, les personnes qui ne sont pas des réfugiés partiront plus rapidement et celles qui sont acceptées comme réfugiés pourront commencer une nouvelle vie en Ontario, conclut le Ministère.

Critiques

Le vérificateur général du Canada a vivement critiqué le travail de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié à ce propos.

Le bureau du vérificateur, qui a analysé l’ensemble des demandes d’asile déposées entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2018, a constaté que non seulement la majorité des demandes n’ont pas été traitées dans le délai prescrit de deux mois, mais le délai d’attente prévu a augmenté jusqu’à deux ans, en moyenne, en date de décembre 2018.

Des migrants haïtiens s'approchent de la frontière du Québec, transportant leurs valises.

Les demandes d'asile ont plus que triplé au pays de 2015 à 2017, mais cette croissance a commencé à ralentir à partir de 2018, selon Statistiques Canada.

Photo : The Associated Press / Charles Krupa

Des délais que le gouvernement Trudeau espère diminuer avec un nouvel investissement de 1,18 milliard de dollars sur 5 ans. Ce dernier a été annoncé dans le dernier budget pour permettre de traiter un plus grand nombre de demandes d’asile.

Mais selon la responsable de l’audit sur le traitement des demandes d’asile, Carol McCalla, il n’est pas clair de quelle manière ces ressources supplémentaires vont diminuer les temps d’attente.

Demandeurs d’asile au Canada

Depuis le début de 2017, plus de 45 000 migrants sont entrés au Canada de façon irrégulière en empruntant un sentier forestier entre l’État de New York et le Québec — le chemin Roxham, près de Lacolle — évitant ainsi les points de contrôle frontaliers officiels, où ils auraient été automatiquement refoulés aux États-Unis. L’afflux s’explique entre autres par la décision de Donald Trump de mettre fin à un programme offrant un statut de protection temporaire aux migrants de plusieurs pays.

Windsor

Politique fédérale