•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un groupe séparatiste yéménite ouvre un bureau à Ottawa

Un groupe d'hommes posant devant la caméra, tenant un drapeau de couleur noire, blanche et rouge, représentant le Yémen du Sud.

Le chef du bureau du Conseil de transition du Sud au Canada, Abdelkarim Saïd (au centre), est entouré de représentants du groupe indépendantiste yéménite lors de l'ouverture du bureau à Ottawa, le 29 juin dernier.

Photo : Twitter

Rania Massoud

Le Conseil de transition du Sud (CTS), qui milite pour l’indépendance du Yémen du Sud, a inauguré à la fin de juin un bureau à Ottawa, en présence d’un député fédéral et d’un ancien ministre.

Alors que le conflit au Yémen s’éternise, faisant des dizaines de milliers de morts depuis 2015, le groupe séparatiste – soutenu par les Émirats arabes unis – multiplie ses efforts diplomatiques, à la recherche d’une reconnaissance internationale.

Créé en 2017, le Conseil de transition du Sud est aux prises avec les forces gouvernementales soutenues par la coalition arabe, d’un côté, et les rebelles chiites houthis appuyés par l’Iran, de l'autre. Il cherche à restaurer l’indépendance du Yémen du Sud qui s'est unifié avec le Nord en 1990.

Dirigé par l’ancien gouverneur d’Aden Aïdarous al-Zoubaïdi, qui a été limogé en mai 2017 par le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, le CTS a jusque-là ouvert cinq bureaux répartis sur trois continents, dont deux aux États-Unis (à Washington et à New York), un à Berlin, un à Londres et un à Moscou. Le groupe a aussi des représentants en Arabie saoudite et en Égypte.

Des visées politiques et humanitaires

Le bureau d’Ottawa a été inauguré le 29 juin dernier, en présence du député libéral fédéral Chandra Arya, de la circonscription de Nepean, en Ontario, ainsi que de l’ancien ministre Gar Knutson, ancien secrétaire d'État pour l’Europe centrale et orientale et le Moyen-Orient sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien, en 2002.

Joint par téléphone, M. Knutson, qui est également avocat et qui a été lobbyiste pour l’ambassade saoudienne à Ottawa en 2009, selon des documents du Commissariat au lobbying du Canada, affirme qu’il « soutient toute initiative qui pourrait rétablir la paix au Yémen ».

J’ai déjà visité le Yémen, j’ai beaucoup d’amis yéménites. La situation là-bas est déplorable et le [CTS] cherche à rétablir l’indépendance dans le Sud. Je voulais leur montrer mon soutien en espérant que cela amènerait une résolution pacifique pour tout le pays.

Gar Knutson, ancien ministre libéral sous le gouvernement de Jean Chrétien

À la question de savoir s’il appuie le projet séparatiste du CTS, M. Knutson a affirmé qu’il soutient un retour à la stabilité dans la région, tout en ajoutant que les détails du plan [de paix] devraient être établis par les gens de la région.

Des hommes assis autour de tables rondes où les drapeaux yéménite et canadien ont été placés au centre.

Des responsables canadiens ont assisté à l'ouverture du bureau du CTS à Ottawa, dont l'ancien ministre libéral Gar Knutson (deuxième à partir de la droite).

Photo : Twitter

De son côté, M. Arya affirme qu’il « est très tôt » pour évoquer la question de l’indépendance du Yémen. Il indique cependant soutenir tous les efforts humanitaires visant à alléger la souffrance de la population yéménite.

Le Canada ne reconnaît pas le CTS […] et la question [de l’indépendance du Sud] est encore à un stade préliminaire. Je ne crois pas qu’il y aura des discussions sur ce sujet bientôt, c’est encore très loin.

Chandra Arya, député libéral

« Peu importe qui soutient quoi, c’est la population qui est en train de souffrir, a ajouté M. Arya. Et c’est important pour le Canada et la communauté internationale d’avoir le plus de canaux possible pour faire parvenir l’aide humanitaire aux locaux. »

La crise humanitaire au Yémen est « la pire au monde », selon l’ONU. Environ 80 % de la population yéménite, soit 24 millions de personnes, ont besoin d'une forme d'aide humanitaire ou de protection, dont 14,3 millions de manière urgente, toujours selon l’ONU.

Le 26 février dernier, Ottawa a annoncé une aide financière de 46,7 millions de dollars « pour répondre aux besoins humanitaires de la population du Yémen », un montant qui s’ajoute aux 130 millions de dollars que le Canada a versés depuis 2015.

Une reconnaissance « inconcevable »

« En toute honnêteté, nous savons qu’il est encore tôt pour évoquer la question de l’indépendance du Yémen du Sud avec les autorités canadiennes », assure le vice-président de la direction générale des affaires étrangères du CTS, Mohammad Al-Ghaïthy, joint par téléphone à Abou Dhabi, où il est basé.

Nous ne demandons pas une reconnaissance du Yémen du Sud de la part du Canada, cela serait inconcevable pour le moment. Mais nous appelons Ottawa à nous soutenir dans nos efforts pour être considérés comme des partenaires directs dans les pourparlers de paix [organisés par l’ONU].

Mohammad Al-Ghaïthy, vice-président de la direction générale des affaires étrangères du CTS

Le groupe séparatiste avait été écarté des pourparlers de paix relancés par l’ONU en décembre dernier en Suède. Le chef du CTS, qui a été invité en mars dernier à prendre la parole devant les élus britanniques à Londres, avait affirmé qu’il ne peut y avoir de paix au Yémen sans une reconnaissance du mouvement sudiste.

Des manifestants brandissant des drapeaux du Yémen du Sud et des bannières appelant à l'inclusion des sudistes dans les négociations de paix.

« Pas de solution au Yémen sans l'indépendance du Sud », peut-on lire sur cette bannière brandie par des manifestants yéménites en Suède. Le Conseil de transition du Sud du Yémen n'a pas été invité à participer aux pourparlers de paix qui ont été organisés en décembre dernier à Stockholm.

Photo : AFP / JONATHAN NACKSTRAND

Le CTS a renforcé son emprise dans le sud du pays. Il contrôle la ville d’Aden, deuxième ville du Yémen, après des combats meurtriers contre les forces gouvernementales, s'imposant ainsi comme un acteur incontournable du conflit.

Aden était autrefois la capitale du Yémen du Sud, le seul État communiste du monde arabe, avant sa fusion avec le Nord en 1990. Les sudistes, qui estiment avoir longtemps été discriminés par les nordistes, avaient tenté une première séparation en 1994, mais leur mouvement a été violemment réprimé par les troupes de l’ancien président Ali Abdallah Saleh.

Notre situation ne ressemble en aucun cas à celle du Québec. [...] Le Canada est un pays démocratique, stable et sécuritaire. Ce n’est pas la même réalité qui existe au Yémen. Il y a déjà eu deux référendums pour l’indépendance du Québec.

Abdelkarim Saïd, chef du bureau canadien du CTS

C’est notre droit en tant que Yéménites du Sud de décider de notre propre sort, et qu’on puisse organiser un référendum nous aussi, explique M. Saïd, qui était d’ailleurs un ancien responsable du consulat yéménite à Ottawa, de 1997 à 2001.

Il ajoute : Nous étions un pays à part entière avant l’union avec le Nord en 1990. Nous avions même un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Notre peuple veut un pays démocratique, moderne, sans violence et sans terrorisme, a encore dit M. Saïd. Un pays qui respecte les droits de la personne, les droits de la femme, la liberté d’expression. »

Au-delà de ses revendications politiques, le CTS espère, par ses bureaux à l’étranger, établir des partenariats dans sa « lutte contre le terrorisme ».

Il cible notamment la branche yéménite d’Al-Qaïda qui profite du chaos de la guerre pour agrandir le territoire qu’il contrôle dans le sud du pays. Il espère également créer des liens économiques avec le Canada, une fois la paix rétablie.

Le sud du Yémen regorge de ressources naturelles, minières, pétrolières et gazières. Le Canada aura donc des occasions à saisir une fois l’indépendance acquise, car nous espérons collaborer dans l’avenir avec les entreprises pétrolières canadiennes, entre autres.

Abdelkarim Saïd, chef du bureau canadien du CTS

Par ailleurs, Abdelkarim Saïd déclare qu’il compte rencontrer « très prochainement » des représentants d’autres partis politiques canadiens, dont le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique.

Relations internationales

Politique