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Des lettres atténuent les propos de Doug Ford sur l’inaction du fédéral quant à Bombardier

Des journalistes se dirigent vers l’entrée d’un édifice blanc.

Doug Ford accuse le fédéral de ne rien faire pour maintenir les emplois des travailleurs de Bombardier à Thunder Bay.

Photo : La Presse canadienne / Sandi Krasowski

Lise Ouangari

Contrairement à ce que soutient le premier ministre Doug Ford, le gouvernement ontarien ne serait pas en mesure de sauver à lui seul l’usine de Bombardier à Thunder Bay. Des échanges de lettres entre le fédéral et la province, obtenus par Radio-Canada, démontrent que l’important projet d’expansion du réseau de transport en commun de Toronto reste embryonnaire.

Ottawa affirme que l’argent est disponible, mais qu’il ne peut pas faire de chèque en blanc à l'égard d'un projet pour lequel il ne dispose pas d’informations suffisantes.

Après l’annonce mercredi du licenciement de 550 postes à l’usine de Thunder Bay de Bombardier, Doug Ford a rappelé que la province avait un plan visant à allouer 28,5 milliards de dollars au développement du transport en commun dans la région du Grand Toronto, mais qu’Ottawa n’avait pas encore pris l’engagement financier pour soutenir ce plan.

La province veut investir 11,2 milliards, et s’attend à ce que le fédéral et les villes desservies, dont Toronto, règlent le reste de la facture.

Doug Ford en conférence de presse le 10 juillet à Saskatoon.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

« [Le fédéral] reste les bras croisés; nous n’en avons pas entendu parler. [...] Je n’ai rien vu du gouvernement fédéral. [...] Où est son argent? Il n’a absolument rien fait pour aider ces gens à Thunder Bay. Nous avons un plan qui permet de maintenir les emplois de ces travailleurs », a déclaré mercredi Doug Ford.

L’usine construit des véhicules pour le réseau de trains de banlieue GO et la Commission de transport de Toronto (CTT). Bombardier a déclaré mercredi que les licenciements étaient nécessaires, car les contrats pour ces véhicules arriveront bientôt à terme. L'entreprise a également cité les dispositions de la « Buy American Act » pour les projets d’infrastructure aux États-Unis, qui exigent que les produits soient construits aux États-Unis, comme une autre source de problèmes.

Doug Ford a par ailleurs parlé de la signature d’un contrat portant sur des trains de GO Transit, d’une valeur de quelque 130 millions de dollars, afin de maintenir l’usine ouverte.

Des trains de banlieue.

Bombardier construit des wagons pour les trains de banlieue de la grande région de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Ed Middleton

Le ministère des Transports a précisé que ce montant correspondait en fait à la commande des 36 wagons supplémentaires pour ses trains GO au sujet desquels les négociations sont déjà en cours depuis le début du mois de juin.

Alors qu’en 2018 les 1100 employés de l’usine de Bombardier à Thunder Bay avaient produit un total de 168 véhicules, la commande en cours de négociation ne concerne que 36 wagons.

De son côté, Ottawa maintient que la province n’a pas effectué sa demande de financement en bonne et due forme.

Des échanges de lettres entre la province et le fédéral depuis février dernier concernant le financement du projet ontarien, qui verrait la construction de plusieurs lignes de métro à Toronto et qui pourrait permettre de conserver des emplois à l’usine de Bombardier à Thunder Bay, semblent appuyer ces dires.

Un gardien de sécurité devant une guérite.

Doug Ford soutient que, si Ottawa finançait son plan d'expansion du transport en commun, les emplois à l'usine de Thunder Bay seraient maintenus.

Photo : Radio-Canada

Dans une lettre datée du 8 février, le ministre fédéral de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne, indique à la province qu’en vertu de l’accord bilatéral conclu en 2018, une enveloppe de 8,3 milliards de dollars a été octroyée sur 10 ans pour les projets de transport en commun de l’Ontario, dont 4,9 milliards sont destinés à Toronto et 593 millions à Metrolinx, qui exploite les trains Go Transit.

Dans une autre lettre datée du 30 avril adressée au sous-ministre de l’Infrastructure Chris Giannekos, la sous-ministre fédérale de l’Infrastructure, Kelly Gillis, invite la province à fournir rapidement les informations que requiert la demande de subvention fédérale.

« Comme nous en avons discuté, l’examen par le Conseil du Trésor des grands projets de transport en commun est impératif à court terme et dépend de la capacité de l’Ontario de satisfaire à ces exigences en matière d’information », peut-on lire.

Deux hommes marchent sur une passerelle dans un bâtiment industriel.

Doug Ford et son ministre des Transports de l'époque, Jeff Yurek, ont dévoilé en avril une ébauche de plan d'expansion du transport en commun dans la région de Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Dans sa lettre de cinq pages, la sous-ministre énumère les renseignements dont le fédéral a besoin pour aller de l’avant, comme les délais, les estimations des coûts, les engagements financiers des autres parties, le statut des négociations avec les municipalités, les détails relatifs à la gouvernance des projets, les risques, etc.

En réponse, le ministre de l’Infrastructure de l’Ontario à l’époque, Monte McNaughton, a envoyé le 6 mai une lettre au ministre Champagne décrivant dans un tableau les cinq projets compris dans le plan d’expansion du réseau de transport du Grand Toronto accompagnés de l’estimation des coûts. Le ministre ontarien presse dans sa lettre de trois pages le gouvernement fédéral d’accélérer l’approbation du projet.

Depuis, le fédéral affirme n’avoir reçu aucune nouvelle lettre et attend toujours les détails du projet d’expansion.

Le ministre Champagne répond le 23 mai à la province, en l’invitant de nouveau à fournir les informations nécessaires à la demande de subvention.   

Un homme souriant qui porte une feuille d’érable rouge sur le revers de son veston.

François-Philippe Champagne, ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités

Photo : The Canadian Press / CHAD HIPOLITO

« Déplacer les Torontois rapidement et en toute sécurité est une priorité commune et nous avons hâte d’examiner les [renseignements] qui accompagneront, espérons-le, votre lettre du 6 mai », écrit-il.

« Nous nous réjouissons à l'idée de travailler avec vous et avec tous nos partenaires pour faire le difficile mais nécessaire travail [lié à] ce financement historique, y compris des investissements fédéraux de 4,9 milliards de dollars [...] et des investissements significatifs dans le transport en commun, comme ceux proposés à ce jour », ajoute-t-il.

Dans un communiqué de la province le 15 mai, le ministre ontarien Monte McNaughton avait déclaré que « la balle était désormais dans leur camp [du fédéral] », après avoir déposé la demande officielle de financement pour le projet de prolongement de la ligne de métro Yonge North.

Un passager court et essaie d'entrer dans un wagon de métro.

L’augmentation de la capacité de la station de métro Bloor-Yonge fait partie du plan de la province.

Photo : La Presse canadienne / KEVIN FRAYER

Le ministre précise que la demande déposée mercredi suit une série de quatre projets soumis aux fins d’approbation le 6 mai, comprenant la Ligne Ontario, le projet d’augmentation de la capacité de la station Bloor-Yonge, le prolongement de la ligne de métro de trois arrêts vers Scarborough et le projet des stations SmartTrack.

Mais, selon le fédéral, aucun autre document n’a accompagné la lettre de la province du 6 mai, et celle-ci ne correspond pas à une demande de subvention officielle.

De son côté, l’attachée de presse du ministre de l’Infrastructure de l’Ontario, Christine Bujold, a déclaré jeudi que « l’Ontario fournit activement des informations sur les projets au gouvernement fédéral ».

La pancarte de Bombardier devant l'usine de Bombardier à Thunder Bay.

Bombardier va licencier la moitié des employés de son usine de Thunder Bay.

Photo : Radio-Canada / Élyse Allard

« Alors que le gouvernement fédéral joue à la politique, notre gouvernement se concentre sur la protection des emplois à Thunder Bay. C’est pourquoi, étant donné que des discussions sont en cours avec nos partenaires, nous ne négocierons pas les détails des projets d’infrastructure critiques dans les médias. Cependant, nous exhortons le gouvernement fédéral à soutenir le plan d’expansion du transport en commun historique de l’Ontario, doté de 28,5 milliards de dollars, avant les élections », a-t-elle déclaré dans un courriel à Radio-Canada après avoir été sollicitée sur les détails de la demande de subvention et les échanges avec le fédéral.

La question des emplois à l’usine de Bombardier de Thunder Bay fait partie des discussions depuis mai.

Dans une lettre datée du 24 mai adressée au ministre ontarien des Transports, Jeff Yurek, le ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, avait d’ailleurs encouragé la province à soutenir les centaines d’emplois à risque à l’usine de Thunder Bay, où le travail régresse.

Le ministre fédéral avait mentionné que le gouvernement était prêt à mettre en oeuvre les projets de transport prioritaires dans la région du Grand Toronto aussitôt que des propositions complètes seraient reçues.

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