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Une chercheuse chinoise évincée du Laboratoire national de microbiologie

Vue de l'extérieur des installations du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.

Une chercheuse ayant des liens avec la Chine a récemment été écartée du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg.

Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

Radio-Canada

Une chercheuse ayant des liens avec la Chine a récemment été écartée du Laboratoire national de microbiologie (LNM) à Winnipeg dans le cadre d'une enquête de la Gendarmerie royale du Canada pour une possible « violation des règlements ».

Le 5 juillet dernier, la Dre Xiangguo Qiu, son mari Keding Cheng, ainsi qu’un nombre inconnu d'étudiants chinois auraient été écartés du seul laboratoire de niveau 4 au Canada, rapporte CBC News.

Un centre de recherche en infectiologie de niveau 4 est un laboratoire équipé pour étudier les maladies humaines et animales les plus graves et les plus meurtrières. Cela fait du laboratoire d'Arlington Street l'un des rares en Amérique du Nord à gérer des agents infectieux (virus, bactéries, parasites) nécessitant le niveau de confinement le plus élevé, comme c’est le cas pour le virus Ebola.

L'accès sécurisé pour le couple de chercheurs et leurs étudiants chinois a été annulé, selon des sources travaillant au sein du laboratoire et qui ne souhaitent pas être identifiées par crainte de représailles.

Cette mise à l’écart intervient plusieurs mois après que des informaticiens du LNM furent entrés dans le bureau du Dre Qiu, en dehors des heures de bureau, et eurent remplacé son ordinateur. Ses voyages réguliers en Chine ont également commencé à être refusés.

Lors d'une réunion tenue le 8 juillet, le personnel du LNM a appris que le couple était en congé pour une période indéterminée. On leur a spécifié de ne pas communiquer avec eux.

Xiangguo Qiu et Julie Payette posent devant les photographes lors de la remise du prix.

En 2018, Dre Xiangguo Qiu avait reçu le Prix du Gouverneur général pour l'innovation des mains de la gouverneure générale Julie Payette.

Photo : CBC News

Xiangguo Qiu est une éminente virologue qui a contribué au développement du ZMapp, un traitement contre le virus Ebola, qui a tué plus de 11 000 personnes en Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016.

Affilié à une université chinoise

Originaire de Tianjin, Xiangguo Qiu est arrivée au Canada en 1996 pour y suivre des études supérieures. Elle est toujours affiliée à l'université de cette ville et a fait venir de nombreux étudiants au fil des années afin de l'épauler dans son travail.

Elle occupait jusqu'alors le poste de responsable du développement de vaccins et de traitements antiviraux au sein du Programme des agents pathogènes spéciaux du laboratoire. Son domaine de prédilection est l'immunologie, mais la Dre Qiu est également professeure auxiliaire au département de microbiologie médicale de l'Université du Manitoba.

Son mari, Keding Cheng, travaille également au sein du laboratoire en tant que biologiste. Il a publié des travaux de recherche sur les infections du VIH, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), les infections à l’E. coli et le syndrome de Creutzfeldt-Jakob.

Aucune menace, selon la GRC

Selon les informations reçues à ce jour, la GRC estime qu'il n’y avait à l’heure actuelle aucune menace pour la sécurité publique, a déclaré jeudi Robert Cyrenne, porte-parole de la GRC, dans un courriel adressé à CBC News.

L'Agence de santé publique du Canada décrit le cas comme une violation des règlements interne et une affaire administrative et affirme que le ministère prend des mesures pour résoudre le problème rapidement, a déclaré Éric Morrissette, porte-parole de l’ASPC.

Personne n’a été arrêté, a-t-il ajouté, avant de déclarer qu'il n'y aurait pas d'autre commentaire pour des raisons de confidentialité.

Un porte-parole de la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor a déclaré qu'elle était au courant d'une enquête administrative au laboratoire, mais qu'elle n'avait aucun commentaire à faire.

Nous pouvons assurer aux Canadiens qu'il n'y a absolument aucun risque pour le public canadien et que le travail du LNM se poursuit pour protéger la santé et la sécurité de tous les Canadiens.

Mathieu Filion, directeur des communications de Santé Canada

Matthew Gilmour, directeur général scientifique du LNM, n'a pas non plus répondu à une demande de commentaire de CBC News.

Un porte-parole de l'Agence des services frontaliers du Canada a déclaré que le ministère ne confirmera ni ne niera le fait qu'une personne a été arrêtée ou fait l'objet d'une enquête. Cette information ne sera rendue publique que si des accusations sont portées, a dit jeudi Judith Gadbois-St-Cyr dans un courriel.

Personne de l'ambassade de Chine n'a pu être joint pour commenter le dossier.

Une question de sécurité nationale?

Bien que peu de détails aient filtré, les éléments révélés permettent de penser qu’il pourrait s’agir d’un cas de vol de propriété intellectuelle, avance Gordon Houlden, directeur du China Institute de l’Université de l’Alberta, en entrevue à CBC News.

Le Laboratoire national de microbiologie pourrait avoir en sa possession certaines données biologiques « sensibles » qui pourraient être « partagées, avec ou sans autorisation, avec des pays étrangers », explique-t-il.

« Tout ceci n’est pas prouvé, mais même la microbiologie peut poser des problèmes de sécurité nationale », ajoute-t-il, précisant qu'il faudra attendre de savoir si des charges seront portées par la GRC dans ce dossier.

Mais il n'est pas rare que la Chine ait recours à l’espionnage pour faire avancer ses propres intérêts, « qu’ils soient économiques ou bien qu’ils concernent la sécurité », soutient M. Houlden.

« Il sera intéressant de voir comment le Canada s’y prendra à l’avenir, surtout que deux Canadiens sont toujours détenus par Pékin », souligne-t-il, évoquant le cas de Michael Spavor et de Michael Kovrig, emprisonnés en Chine dans la foulée de l’arrestation de la directrice financière du géant des télécommunications Huawei par le Canada, en décembre dernier.

Ce n'est pas la première fois que la police enquête sur un incident dans ce laboratoire. En 2009, un ancien chercheur du laboratoire avait été reconnu coupable de tentative de contrebande de matériel génétique du virus Ebola à la frontière entre le Manitoba et le Dakota du Nord.

Le FBI enquête également sur des cas impliquant des chercheurs chinois aux États-Unis dans des dossiers similaires de violation de règles administratives.

D'après un reportage de Karen Pauls, CBC News

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