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Le plus grand refuge faunique du Québec prévu en Outaouais

M. Toussaint se déplace en canot dans le cours d'eau.

Le biologiste Daniel Toussaint souhaite que Québec protège la zone humide hébergeant de nombreux oiseaux, poissons, mammifères et reptiles.

Photo : Radio-Canada

Roxane Léouzon

Un territoire de 29 kilomètres carrés le long de la rivière des Outaouais pourrait obtenir prochainement le statut de refuge faunique. Il deviendrait alors le plus grand territoire protégé du genre au Québec.

Il s’agit d’un projet qui est dans les cartons depuis des dizaines d’années, mais que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) veut faire accélérer.

Dans les milieux humides partant de la baie McLaurin, dans l’est de Gatineau, et s’arrêtant au Parc national de Plaisance, à Thurso, vivent plus de 31 espèces animales classifiées comme étant menacées, vulnérables ou susceptibles de le devenir.

Une carte montre l'étendue de l'éventuel refuge, dont la superficie serait de 29 kilomètres carrés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La zone visée couvrirait de la baie McLaurin au Parc national de Plaisance.

Photo : Radio-Canada

L'endroit est notamment le paradis des ornithologues, comme Daniel Toussaint.

Le petit blongios, une espèce vulnérable, niche uniquement dans les marais à quenouilles ou à céphalantes et le corridor de la rivière des Outaouais est vraiment un de ses bastions au Québec, a expliqué celui qui a fait toute sa carrière dans la gestion de la faune.

M. Toussaint regarde le paysage avec ses longues-vues.

Daniel Toussaint, ornithologue amateur, se plaît à observer la zone humide.

Photo : Radio-Canada

Selon le biologiste, 240 espèces d’oiseaux fréquentent le site. On y retrouve aussi des centaines de poissons, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles.

Ça fait un terrain de jeux naturel à proximité de Gatineau. On a le parc de la Gatineau de l’autre côté, qui est plus un habitat forestier. Ici, on protège plus des milieux humides.

Daniel Toussaint, biologiste et ornithologue

Pour protéger cet habitat du développement immobilier ou industriel, le gouvernement du Québec a acheté progressivement, depuis les années 70, 127 terrains, situés d’ailleurs en zone inondable. Ces terrains servent donc également de tampons pour empêcher les crues de se rendre jusqu’aux endroits habités.

L’octroi d’un statut spécial pourrait permettre de veiller davantage sur les animaux en balisant les activités qui pourraient s’y dérouler, comme la navigation, les feux, la coupe de bois, la chasse et la pêche.

On a eu une problématique au printemps de cabanes à pêche laissées sur l’eau. Il pourrait y avoir un règlement qui dit qu’il ne peut pas y avoir de cabane à pêche après le 15 mars, a illustré Jean Provost, qui pilote le dossier au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). On a eu des plaintes à la baie McLaurin de courses automobiles l’hiver. Ça pourrait être une activité qui serait interdite.

Les aires protégées au Québec

Il existe 32 types d’aires protégées au Québec, dont l’encadrement légal est voué à y maintenir la diversité biologique et les ressources naturelles.

Le refuge faunique, qui est l’un d’eux, sert de moyen de préserver l’intégrité d’un habitat faunique d’importance, reconnu à l’échelle régionale ou provinciale pour sa productivité faunique, sa densité et la diversité faunique qu’il renferme ou, encore, le support qu’il représente pour une espèce rare, menacée ou vulnérable, selon le site internet du MFFP.

Il y a présentement neuf refuges fauniques au Québec. Le plus grand, celui des Battures-de-Saint-Fulgence, est d’environ 20 kilomètres carrés.

La création officielle du refuge, qui a stagné pendant des années, est maintenant relancée. Trois réunions en deux mois ont été organisées avec les partenaires du projet.

Une visite des lieux par les élus gatinois est prévue en septembre et des consultations publiques doivent être tenues en octobre à Gatineau et à Lochaber-Ouest.

Le dossier chemine à vitesse grand V depuis quelques mois.

Jean Provost, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

L’octroi du statut devrait toutefois prendre encore des mois, puisqu’il doit se faire par un décret du conseil des ministres du Québec, après l’élaboration du règlement qui régira ce territoire.

Un contexte favorable semble en place pour ce qui est des organismes locaux et des fonctionnaires. Mais qu’en est-il de la volonté politique? Difficile de le savoir pour l’instant, puisque le ministre responsable de la région de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a décliné la demande d’entrevue à ce sujet.

Le gouvernement du Québec a toutefois affirmé récemment sa volonté d’augmenter la cadence pour respecter son objectif de protéger 17 % des zones terrestres et d'eaux intérieures d'ici le 31 décembre 2020, hérité de la Convention sur la diversité biologique de l'ONU.

La création du refuge faunique de la rivière des Outaouais serait un pas dans cette direction, alors que le Québec atteint en ce moment un taux de 10,68 %.

Bon pour les animaux, les amoureux de la nature et le tourisme

Après le décret, les partenaires du projet souhaitent mettre le territoire en valeur, en facilitant l’accès aux citoyens.

L’amélioration des sentiers, des tours d’observation, de la location d’embarcations, du camping urbain, imagine Benoit Delage, directeur général du Conseil régional en environnement et en développement durable de l’Outaouais (CREDDO).

Une passerelle et une tour d’observation avaient été installées il y a quelques années, mais elles ont été endommagées par des conditions météorologiques violentes et par des vandales.

Lorsque le site sera davantage fréquenté, Jean Provost croit d’ailleurs que les visiteurs seraient découragés de jeter leurs déchets ou d’abîmer les infrastructures, comme c’est trop souvent le cas actuellement.

De son côté, Jean-François LeBlanc, conseiller du district du Lac-Beauchamp, a hâte que le projet aille de l’avant. Selon lui, il présente un potentiel touristique intéressant.

Si on est capables de dire qu’on a le plus grand refuge faunique au Québec, il y a de quoi se vanter et être fiers, estime-t-il.

C’est un autre joyau qu’on a en Outaouais.

Jean-François LeBlanc, conseiller du district du Lac-Beauchamp

M. LeBlanc croit que la Ville de Gatineau pourrait aider à faire la promotion de cette destination et contribuer financièrement à sa mise en valeur, bien que les terrains soient la propriété exclusive du gouvernement québécois.

D’autres aires protégées en vue

Le CREDDO et ses partenaires ne comptent pas en rester là en matière d’aires protégées en Outaouais. Plusieurs organismes espèrent faire rapidement augmenter à 15 % la proportion d’aires protégées dans la région.

Ils ont notamment demandé 8 millions de dollars au Fonds de la nature du Canada pour les aider à protéger la forêt Boucher, le Grand Marais de Bristol et l’est de la rivière Coulonge. Ils souhaitent aussi acquérir quelques terrains adjacents à ceux du futur refuge de la rivière des Outaouais, afin de les adjoindre au projet.

Quelques espèces vivant dans la zone visée par le projet :

  • Petit blongios (vulnérable)
Un petit blongios dans un milieu humide

Un petit blongios.

Photo : getty images/istockphoto / passion4nature

  • Tortue molle à épine (menacée)
Une tortue-molle à épines

Une tortue-molle à épines

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

  • Anguille d’Amérique (susceptible d’être désignée comme menacée ou vulnérable)
Une anguille d'Amérique dans la main d'un biologiste.

Une anguille d'Amérique.

Photo : La Presse canadienne / Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario

  • Esturgeon jaune (susceptible d'être désigné espèce menacée ou vulnérable)
Un esturgeon jaune.

Un esturgeon jaune.

Photo : Manitoba Hydro

  • Rat musqué
Le rat musqué ressemble à un castor, mais sa queue est plus étroite et garnie de poils.

Le rat musqué se nourrit de plusieurs espèces de plantes aquatiques, comme les roseaux et les nénuphars. Il peut aussi manger des mollusques et des amphibiens.

Photo : pxhere

  • Cerf de Virginie
Un deuxième cerf se trouve en arrière-plan

Un cerf de Virginie

Photo : Radio-Canada

Ottawa-Gatineau

Faune et flore