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S'inspirer des zones de guerre pour traiter les victimes de fusillade

Un lit dans la salle de traumatologie.

La salle de traumatologie de l'Hôpital St. Michael au centre-ville de Toronto compte deux lits.

Photo : Radio-Canada

Camille Feireisen

La hausse des événements impliquant des armes à feu inquiète des médecins qui disent devoir utiliser de plus en plus de techniques apprises en zone de guerre pour soigner des civils. Le centre de traumatologie de l’Hôpital St. Michael de Toronto a ouvert ses portes à Radio-Canada pour mieux faire comprendre la réalité des professionnels de la santé dans ces situations.


Dans la salle de traumatologie, il y a deux lits pour les réanimations, permettant de soigner deux patients à la fois.

Toutes sortes d'accidentés arrivent dans ce service, mais le Dr Samuel Vaillancourt, urgentologue et chef d'équipe de traumatologie à l’Hôpital St. Michael, a noté que le nombre de blessures par armes à feu a doublé ces quatre dernières années.

On parle d'un peu plus d'un blessé en moyenne par semaine à l'hôpital, mais certaines semaines c'est beaucoup plus, donc nos services sont aussi plus demandés, dit-il.

Ici, il y a, comme dans toutes les salles de traumatologie, des moniteurs cardiaques, ainsi qu'une machine d'ultrasons qui permet de diagnostiquer en temps réel les signes de saignement dans l'enveloppe autour du cœur ou intra-abdominal.

Cela permet de définir rapidement si notre patient s'en va en salle d'opération ou en radiographie, dit le Dr Vaillancourt.

Mais la salle a aussi été équipée de nouvelles technologies, dont certaines proviennent de ce qui a été appris en zone de guerre, notamment en Irak et en Afghanistan.

Le Dr Samuel Vaillancourt porte une blouse bleu marine, il a des lunettes, les cheveux poivre et sel, et il est dans la salle de traumatologie.

Le Dr Samuel Vaillancourt explique qu'une grande partie de l'apprentissage provient du champ de bataille.

Photo : Radio-Canada

On a eu de nouvelles technologies pour la réanimation durant ces guerres, et maintenant on les réutilise dans les centres urbains de traumatologie.

Dr Samuel Vaillancourt, urgentologue

Plusieurs appareils permettent à l'équipe de traumatologie de procéder à un protocole dit de transfusion massive, qui est un code de transfusion. Cela permet d'avoir à disponibilité les composants du sang à transfuser plus rapidement, et de le faire de manière plus équilibrée.

Il y a désormais des employés qui font les allers-retours vers la banque de sang en continu, donc nul besoin d'en commander aux laboratoires, ce qui ferait perdre du temps.

La transfusion, le nerf de la guerre

Une différence majeure réside dans le fait qu'aujourd'hui, lorsque quelqu'un arrive, nous commençons très tôt à lui faire une transfusion sanguine. C’est l’une des leçons qu’on a tirées des deux dernières guerres, indique le médecin.

Les guerres ont aussi appris aux médecins que le sang des patients qui en ont beaucoup perdu ne coagule parfois pas correctement. Or, sans coagulation, le patient peut saigner à mort.

Pour vérifier rapidement les propriétés nécessaires à une bonne coagulation du sang, l'équipe de traumatologie utilise une machine, le ROTEM (analyseur de coagulation sanguine). Cela aide à déterminer les composants sanguins, comme le plasma, dont les patients en traumatologie ont besoin pour que leur sang coagule correctement.

Deux machines pour les perfusions ainsi que pour réchauffer les produits sanguins avant qu’ils n’entrent dans les veines.

Deux machines pour les perfusions ainsi que pour réchauffer les produits sanguins avant qu’ils n’entrent dans les veines.

Photo : Radio-Canada

Il y a aussi deux machines qui permettent de réchauffer les produits sanguins avant qu’ils n’entrent dans les veines, pour permettre au sang de mieux coaguler.

Enfin, pour arrêter le saignement traumatique, l'équipe utilise une technique mise au point sur le champ de bataille, encore peu utilisée dans le monde, mais très utile en cas de blessure par balle. Elle peut être effectuée dans la salle directement, pour éviter d'avoir à bouger le patient.

Il s'agit d'une procédure mini-invasive, connue sous le nom de REBOA (pour occlusion endovasculaire par ballonnet de l'aorte). On insère un cathéter dans l'artère fémorale pour bloquer l'aorte de manière temporaire afin de contrôler un saignement grave, explique le Dr Vaillancourt.

Temps et efficacité

Pour améliorer l'efficacité de l'équipe, les mouvements de trois infirmières de traumatologie traitant un patient ont aussi été passés sous la loupe.

Le tout a été enregistré sur bande vidéo à l’aide d’un outil de traçage de superposition, utilisant une couleur différente pour chaque infirmière.

Le résultat ressemblait à un gribouillis coloré pour un œil non averti. Mais, à y regarder de plus près, cela révélait plutôt à quel point les allées et venues des infirmières pour se procurer les équipements et donner les soins aux patients leur faisaient perdre du temps.

Une couleur différente a été utilisée pour reproduire les mouvements de chaque infirmière. Cela a ensuite permis de voir leurs mouvements dans la salle de traumatologie pour déterminer comment mieux disposer les équipements.

Une couleur différente a été utilisée pour reproduire les mouvements de chaque infirmière. Cela a ensuite permis de voir leurs mouvements dans la salle de traumatologie pour déterminer comment mieux disposer les équipements.

Photo : Document remis par l'hôpital St Michael's

Le matériel a ensuite pu être déplacé pour éviter aux infirmières d’avoir à sillonner la pièce, de se cogner les unes contre les autres, notamment quand il faut soigner deux patients en même temps.

Tous ces exercices ont permis d’améliorer l’efficacité des équipes.

L'hôpital ouvrira cette année une nouvelle salle de traumatologie avec un appareil à rayons X couplé à un ordinateur. Celui-ci permettra d’obtenir une imagerie en coupe des différentes parties du corps. Cela permet également de visualiser des tissus de densité différente, comme les os, les tissus mous, les poumons ou les vaisseaux sanguins, explique le médecin.

Hors de la salle de traumatologie, certaines mesures ont été prises en cas de fusillade, notamment à cause de la présence de gangs de rue.

Si on a un blessé d’une fusillade et qu’on ne sait pas encore exactement quel est le contexte, on va souvent fermer l’urgence. La sécurité et la police vont contrôler l’accès à la salle d’urgence pour surtout éviter que quelqu’un ne rentre pour régler ses comptes.

Dr Samuel Vaillancourt, urgentologue

Des hôpitaux inquiets

Le docteur Vaillancourt dit qu’il ne s’était pas préparé à soigner autant de victimes par armes à feu en commençant sa carrière. « Je pense qu'on a plus d'armes de poing que ce que je pouvais imaginer », dit-il.

Il fait partie de la nouvelle organisation Canadian Doctors for Protection from Guns. Celle-ci rassemble des médecins d'un peu partout au Canada qui dénoncent le manque de contrôle des armes à feu et évoquent une crise de santé publique.

L’Hôpital Sunnybrook, qui a le plus grand centre de traumatologie du Canada, a aussi tiré la sonnette d’alarme en janvier dernier. En cinq ans, le nombre de victimes par armes à feu est passé de 64 à 142 dans cet hôpital.

En ce moment cette année, l’augmentation est mineure, soit de 7 % par rapport à la même période l'an dernier. L’hôpital dénombre 60 victimes blessées par balles traitées, contrairement à 56 à la même période en 2018.

Chiffres : 2014 (64), 2015 (90), 2016 (106), 2017 (107) et 2018 (142).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nombre de patients atteints par balle admis à l'Hôpital Sunnybrook de Toronto - Source : Sunnybrook

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Armes à feu

Santé