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Dernier hommage à Laurent McCutcheon, pionnier de la lutte contre l'homophobie

Né en 1942, Laurent McCutcheon a été un pionnier dans la lutte contre l'homophobie au Québec.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les funérailles de Laurent McCutcheon, figure de proue de la lutte pour les droits de la communauté LGBT au Québec ont eu lieu samedi à 11 h à l'église Saint-Pierre-Apôtre de Montréal.

M. McCutcheon est décédé le 4 juillet, à l'âge de 76 ans, après avoir reçu l'aide médicale à mourir, selon ce qu'a indiqué son conjoint Pierre Sheridan. Il était atteint d'un cancer depuis décembre 2016.

Une centaine de personnes se sont réunies à l'Église Saint-Pierre-Apôtre pour lui rendre un dernier hommage, dont l'animateur et humoriste Dany Turcotte, les ministres Sonia LeBel et Chantal Rouleau, l'ancien chef bloquiste Gilles Duceppe et l'ex-député bloquiste Réal Ménard, qui devait prononcer un éloge funèbre.

M. Ménard a fait partie d'un groupe restreint d'amis du défunt, rassemblés pour une dernière fois, deux semaines avant sa mort.

Les deux hommes se sont connus dans les années 1980, lorsque Réal Ménard était attaché politique de Louise Harel. L'ancien haut-fonctionnaire qu'était Laurent McCutcheon savait qu'un sommet sur la justice se préparait, lui qui amorçait alors un parcours pour défendre les droits des homosexuels et la diversité des genres qui s'est finalement étendu sur plus de 35 ans.

Un nouveau leadership

Pour Réal Ménard, il ne fait aucun doute que le style de son confrère d'arme, un habile communicateur qui savait utiliser son réseau de contacts, a permis au mouvement de faire un virage à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

Il y avait une mouvance dans la communauté qui était plus près d'acteurs et de gens qui ne voulaient pas qu'il y ait de collaboration avec les gouvernements, qui étaient dans une attitude de confrontation et de revendications. Ils se méfiaient beaucoup des pouvoirs publics, se souvient M. Ménard.

Laurent, je pense que son héritage a été d'inverser ce mouvement, particulièrement dans ces années-là où on était dans des revendications pour des changements législatifs. Laurent était à la fois capable d'être stratège, crédible dans ses interventions auprès des gouvernements et il était capable de passer très habilement et efficacement un message quand il était au micro.

Il était très apprécié et reconnu par l'ensemble des partis politiques et des pouvoirs publics et c'est comme ça qu'on a enfilé sur série de victoires sur une quinzaine d'années que ce soit des modifications à la loi canadienne des droits de la personne, jusqu'à l'adoption, selon Réal Ménard.

Il était de la plupart des combats pour faire avancer les droits de la communauté et l’union des personnes du même sexe […] Il a aussi été capable de chercher des alliés auprès des politiciens et des personnalités publiques pour faire avancer notre société.

Patrick Desmarais, président de la Fondation Émergence

Pour le journaliste et écrivain, Denis-Martin Chabot, M. McCutcheon était un gars qui a milité dans l'ombre, derrière des portes closes avec des grands noms. Il a fait du Québec un meilleur endroit pour tout le monde.

Deux banderoles aux couleurs de l'arc-en-ciel sont suspendues du chandelier central jusqu'aux balustrades le long de la pièce.

De grandes banderoles arc-en-ciel ont été déployées dans l'église Saint-Pierre-Apôtre pendant la cérémonie pour souligner l'engagement de M. McCutcheon pour les droits de la communauté LGBT.

Photo : Radio-Canada / Karine Mateux

Une vie d'engagements

C’est au début des années 1970, alors qu'il est haut fonctionnaire québécois, que Laurent McCutcheon s’engage dans la lutte contre l’homophobie. À partir de 1982, et pendant 22 ans, il préside le service d'aide téléphonique Gai-Écoute.

Parallèlement, il met sur pied, en 2000, la Fondation Émergence, qui vise à assurer une égalité de fait aux personnes homosexuelles. Et de 1997 à 2002, il est responsable de l'action sociopolitique à la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec.

C'est aussi Laurent McCutcheon qui amorce la mise sur pied de la Coalition québécoise pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe, qui a abouti à l'adoption d'une loi en juin 1999.

Il est aussi engagé dans la lutte qui a mené à l'union civile québécoise, de même qu'à la Loi sur le mariage civil du Canada, en vigueur depuis juin 2005.

En 2015, il crée le Fonds Diversité sexuelle, qui porte son nom.

Son conjoint Pierre Sheridan, avec qui il vivait depuis 1972, a remercié vendredi sur sa page Facebook les membres de l'équipe de soins palliatifs à domicile du CLSC pour « leur présence discrète, respectueuse et empathique [...] lors de l'administration de l'aide médicale à mourir, [ce qui] a permis à Laurent de vivre une fin de vie dans la dignité, sereinement et sans souffrances ».

Pascal Vaillancourt est le directeur général d'Interligne, l'organisme connu anciennement sous le nom de Gai-Écoute. « Quand je suis arrivé chez Gai-Écoute à l'époque avant qu'on change de nom, il y avait l'aura Laurent McCutcheon. Les gens avaient beaucoup de respect pour lui », dit-il.

C'était une personne très sensible, mais inébranlable quand il s'agissait de faire avancer les choses. C'était vraiment une personne très appréciée de la communauté.

Pascal Vaillancourt, directeur général d'Interligne

Il a utilisé son réseau pour faire émerger des modèles de personnes LGBT qui pouvaient inspirer le bonheur, le succès et le bien-être pour des personnes qui n'étaient peut-être pas rendues-là dans leur démarche, se souvient M. Vaillancourt.

Avec les informations de La Presse canadienne

Grand Montréal

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