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Spéculation et cupidité ont raison des commerçants du Mile End

La devanture d'un commerce désaffecté est recouverte d'affiches et de graffitis.

L'avenue Bernard, artère commerciale du Mile End à Montréal, enregistre une baisse d'achalandage en raison de ses devantures laissées à l'abandon, selon des commerçants.

Photo : CBC / Kate McKenna

Radio-Canada

Quartier animé s'il en est un, le Mile End est pourtant déserté par un nombre croissant de commerçants, chassés par la hausse indue des loyers et la spéculation foncière. La Ville de Montréal se dit prête à intervenir, mais pas n'importe comment.

Le Mile End est mort, dit une affiche qui a été placardée sur les portes de certains commerces désaffectés de l'avenue Bernard.

Dans ce secteur, le nombre de restaurants familiaux, de cafés chics et de boutiques de vêtements en disparition s'accroît.

Et leur départ laisse place à des façades dégarnies, couvertes de graffitis ou d'affiches annonçant des événements passés.

Il n'y a pas que sur l'avenue Bernard que l'on constate une dégradation; par exemple sur la rue Saint-Viateur, un pâtissier a mis la clé sous la porte après que le propriétaire de l'immeuble eut plus que triplé le coût du loyer. L'an dernier, une hausse exorbitante de loyer avait eu raison du commerce voisin, un resto végétarien qui a dû déménager.

En fait, partout à Montréal des commerces connaissent le même sort, et ce, même si leurs affaires marchent rondement.

Ce phénomène désole et inquiète un nombre grandissant de Montréalais qui réclament des mesures pour juguler la hausse des loyers et, ainsi, protéger les commerçants des propriétaires cupides. Certains croient que les autorités municipales devraient adopter, pour les commerces, des mesures de protection semblables à celles qui existent pour les locataires dans le domaine résidentiel.

Aucun règlement ne protège les locataires d'espaces commerciaux des abus, affirme Glenn Castanheira, un consultant dans le domaine commercial qui croit que le statu quo entraînera la perte de nombre de petits commerces.

Un homme portant des lunettes et souriant, dans un appartement.

Glenn Castanheira craint que de nombreux commerces de Montréal ne soient étouffés par l'augmentation indue des loyers et la spéculation à laquelle s'adonnent des propriétaires d'espaces commerciaux.

Photo :  CBC / Kate McKenna

Glenn Castanheira dit constater que des propriétés passent aux mains d'acheteurs qui ne veulent rien d'autre que spéculer. À cette fin, ils n'hésitent pas à laisser vacants les locaux ayant pignon sur rue, attendant que la valeur de leur immeuble grimpe.

Et s'ils augmentent le loyer démesurément, c'est dans l'espoir qu'un commerçant sera prêt à payer le prix. Mais que les espaces commerciaux soient vides ou occupés, les propriétaires voient la valeur de leur immeuble s'accroître.

On voit de plus en plus de ces commerces laissés vacants de manière volontaire, affirme Glenn Castanheira.

Conseillère d'arrondissement du district Mile End, Marie Plourde affirme que la Ville entend s'occuper du problème. Le comité de développement économique de Montréal cherche des solutions au problème d'espaces commerciaux laissés vacants.

Cependant, Marie Plourde dit qu'il ne faut pas pénaliser tous les petits propriétaires d'immeubles. Il faut trouver un équilibre, dit-elle. Parfois, il peut être long pour un propriétaire de trouver des locataires appropriés.

Moisissures, rouille et ruines...

Il n'est pas illégal de laisser un immeuble vide. Mais avec le délabrement viennent moisissures, rouille et ruines. Et, dans le processus, des commerçants sont chassés d'un quartier où ils offraient leurs services parfois depuis des générations.

Un homme coiffé d'une casquette devant des vélos dans un magasin.

Nick Kirschner, commerçant, plaide pour que la Ville de Montréal impose un contrôle afin de limiter l'augmentation des loyers des baux commerciaux.

Photo : CBC / Kate McKenna

De plus, cette décrépitude fait fuir les passants. Neil Kirschner, propriétaire de magasins de vélos à Montréal et d'un magasin de disques sur l'avenue Bernard, remarque une baisse d'achalandage significative.

La situation s'est dégradée extrêmement rapidement, dit-il. J'ai l'impression que ce n'est même plus d'année en année, mais quasiment de jour en jour.

Neil Kirschner s'estime chanceux que ses propriétaires n'aient pas haussé les loyers au-dessus de ses moyens. Mais il est conscient qu'ils pourraient le faire.

Les petits commerçants travaillent jour et nuit pour survivre. Qu'ils courent le risque de devoir complètement changer leur modèle d'affaires pour des motifs aussi imprévisibles et arbitraires est insensé.

Neil Kirschner, commerçant à Montréal

Pour remédier au problème, M. Kirschner suggère de contrôler les hausses de loyer que peuvent imposer les propriétaires d'espaces commerciaux, en limitant par exemple le taux des augmentations annuelles.

Mais cette approche musclée est risquée, de l'avis de Glenn Castanheira. Le consultant craint qu'elle ne fasse stagner le marché, empêchant de nouveaux commerces de s'implanter dans des secteurs en pleine croissance.

Chicago, un modèle

M. Castanheira préconise plutôt l'approche adoptée par Chicago. Les autorités municipales de cette ville poussent les propriétaires à louer leurs espaces commerciaux, faute de quoi ils sont mis à l'amende. Chicago inspecte aussi les immeubles régulièrement et exige des propriétaires qu'ils les entretiennent.

Dans cette veine, Glenn Castanheira souhaite que le gouvernement du Québec fixe des obligations aux propriétaires relativement à ce qu'ils peuvent, et ne peuvent pas, inclure dans leur bail.

Traduction et adaptation d'un texte de Kate McKenna de CBC

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