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Artistes aux propos controversés : « difficile de tracer la ligne », selon le FEQ

Une foule au Festival d'été de Québec

Une foule au Festival d'été de Québec

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

David Rémillard

Censurer ou ne pas censurer, telle est la question. Le Festival d'été de Québec, conscient que le contenu ou les paroles de certains artistes ne reflètent pas ses propres valeurs, refuse de tracer la ligne.

Un spectacle du collectif hip-hop Black Taboo, de Québec, a encore créé des remous dans la capitale. Le groupe était de passage au bar Le D'Auteuil, jeudi soir, dans le cadre du Festival d'été de Québec (FEQ).

La prestation de la formation rap en 2017 au bar L'Anti avait aussi soulevé une certaine contestation.

Une manifestante dénonce la présence de Black Taboo au bar L'Anti en 2017.

Une manifestante dénonce la présence de Black Taboo au bar L'Anti en 2017.

Photo : Radio-Canada

Cette fois-ci, le Comité femmes de l'Université Laval a notamment dénoncé la présence du groupe dans la programmation du FEQ.

La diffusion de tels messages sexistes est – aussi ironiques se veulent-ils selon les justifications des membres du groupe – inacceptable et irresponsable, a tranché l'organisation militante sur les réseaux sociaux.

La dénonciation est aussi venue de la plateforme artistique Les folies passagères, dont la fondatrice Maude Bergeron est une militante féministe queer.

L'apologie du viol, le sexisme sous toutes ses formes, la putophobie et les LGBTQIA+phobies doivent cesser d'être tolérés et banalisés au quotidien, peut-on lire dans un appel au boycott sur les réseaux sociaux des folies passagères.

Si Black Taboo se dit humoristique ou satirique, les contestataires rejettent cette justification facile.

Les membres de Black Taboo n'ont pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

« On a sourcillé »

Black Taboo est monté sur scène malgré tout. L'équipe du bar Le D'Auteuil a référé Radio-Canada à la direction du FEQ.

Cette dernière a indiqué que c'est Le D'Auteuil qui avait programmé le concert.

Dans le cas des programmations dites associées, comme celles au D'Auteuil ou à L'Anti, ce sont les promoteurs de ces salles qui embauchent les artistes.

Eux [programment] de façon autonome, de leur côté, pendant le festival. Pour que ce soit une programmation associée, nous on exige que ce soit du contenu original, donc pas de groupe de reprises, explique Samantha McKinley, directrice des communications du FEQ.

En échange, les propriétaires des salles réservent un certain nombre de places aux détenteurs de laissez-passer du festival.

Il faut toujours que ce soit clair que ce ne sont pas les valeurs de l'organisation. C'est au festivalier de décider s'il choisit d'assister au spectacle ou pas

Samantha McKinley, porte-parole, Festival d'été de Québec

Dans le cas de Black Taboo, l'entente a été respectée. On a sourcillé mais, contractuellement, ça a tenu la route, poursuit Mme McKinley.

Difficile de tracer la ligne

Le Festival d'été de Québec n'a pas l'intention de censurer les groupes. L'organisation n'en est d'ailleurs pas à ses premiers commentaires sur le sujet.

En 2016 par exemple, c'est la formation métal Steel Panther qui avait fait jaser pour ses paroles jugées dégradantes envers les femmes.

En entrevue au quotidien Le Soleil, Louis Bellavance, directeur de la programmation du FEQ, avait déclaré que jamais il n'allait tomber dans la censure. « Même Éric Lapointe a des chansons dont les thèmes pourraient déplaire à certains. [...] Ça ne veut pas dire que je suis d'accord avec le propos. Mais on n'encourage aucune valeur, qu'elle soit belle ou moins belle », disait-il.

Samantha McKinley a tenu des propos similaires cette année, avouant qu'il s'agit d'une question délicate. On ne veut pas être responsable du contenu artistique, le passer au peigne-fin. Le jugement de valeur qui embarque, ça devient probablement ingérable. Donc nous, on préfère ne pas tracer la ligne.

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