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Ankara sera-t-elle sanctionnée après l’achat des missiles russes S-400?

Un Antonov 124 de l'armée russe est visible derrière plusieurs véhicules. Des journalistes sont présents.

Un avion Antonov 124 de l'armée russe transportant des composants de missiles S-400 s'est posé vendredi à la base aérienne de Murted, près d’Ankara.

Photo : Getty Images / Mustafa Kirazli

Radio-Canada

L'acquisition des missiles russes S-400 par la Turquie a suscité une vive réaction aux États-Unis.

Des membres du Congrès américain appelé à des sanctions contre les responsables turcs dans le contrat d'achat des missiles russes.

On avait donné le choix au président [Recep Tayyip] Erdogan, il a clairement fait le mauvais, ont déclaré dans un communiqué commun Eliot Engel et Michael McFaul, principaux élus démocrate et républicain à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

Qu'un allié de l'OTAN [Organisation du traité de l'Atlantique Nord] choisisse de s'allier avec la Russie et Vladimir Poutine au détriment de l'alliance atlantique et d'une coopération plus étroite avec les États-Unis est dur à comprendre, ont-ils ajouté.

Par ailleurs, le secrétaire américain à la Défense Mark Esper a téléphoné vendredi à son homologue turc Hulisi Akar. Lors de cette conversation, le ministre turc a indiqué que son pays était « sérieusement menacé ». Selon M. Akar, l'achat des missiles S-400 n'était « pas un choix, mais une obligation », selon un communiqué du ministère turc de la Défense.

Le ministre turc a souligné que la Turquie est dans l’obligation de s’équiper contre « les attaques intensives » à sa frontière avec la Syrie. Il a ajouté que son pays est la seule force en mesure de créer une « zone sûre » dans le nord de la Syrie.

Une délégation américaine se rendra dans la capitale turque la semaine prochaine afin de trouver une issue à ce qui ressemble à une prochaine crise américano-turque.

Nick Heras, du Center for a New American Security explique une partie de cette équation géostratégique complexe. Ce n'est pas un secret qu'Erdogan [le président turc] veut faire de la Turquie une puissance eurasienne, ce qui suppose trouver un équilibre entre les relations avec la Russie et la Chine d'un côté et les États-Unis de l'autre, estime-t-il. Il n'est pas sûr que la Turquie restera pour toujours dans le camp américain.

Ankara passible de sanctions américaines

En prenant livraison de composants de S-400, la Turquie s’expose en outre à des représailles en vertu de la loi américaine CAATSA (Counter America's Adversaries Through Sanctions Act, ou en français Contrer les ennemis des États-Unis au moyen de sanctions).

Elle prévoit que le président américain impose cinq sanctions sur une possibilité de 12 à l’encontre d’un pays qui achète du matériel militaire russe.

Les plus graves, comme l’interdiction pour des sociétés turques de conclure des transactions avec des banques américaines, pourraient plomber l’économie turque, déjà mal en point.

L'an dernier, des sanctions américaines avaient contribué à faire plonger la livre turque. La seule confirmation de la livraison de composants de S-400 a fait plonger la monnaie turque d'environ 0,8 % vendredi.

Après avoir rencontré le président américain Donald Trump à la fin de juin, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait cependant affirmé ne pas croire que les États-Unis allaient imposer des sanctions à son pays.

La livraison des S-400 s’inscrit dans le cadre d’un rapide réchauffement des relations entre la Turquie et la Russie, qui avaient pourtant été au bord de la rupture, en novembre 2015, lorsqu’un bombardier russe avait été abattu par l’aviation turque au-dessus de la frontière syro-turque.

Le président Erdogan s’est cependant rapproché de Moscou après le coup d’État manqué de juillet 2016; il s’était emporté contre les pays occidentaux, trop critiques à son avis des importantes purges qu’il a menées par la suite dans différentes sphères de la société.

La Turquie reçoit des missiles russes S-400

La Turquie a pris livraison vendredi de premiers composants de batteries de missiles russes antiaériens S-400, un développement qui ébranle l’OTAN.

La nouvelle a été confirmée par le ministère turc de la Défense et le Service fédéral russe pour la coopération militaire et technique. Les chaînes de télévision turques ont montré des images d’un avion russe posé à la base aérienne de Murted, près d’Ankara.

Selon le site Flightradar24, ce sont en fait deux Antonov 124 de l’armée russe qui se sont posés en Turquie vendredi. Une source citée par l'agence russe TASS affirme en outre qu’une troisième livraison de plus de 120 missiles de divers types sera envoyée à la fin de l'été par voie maritime.

La livraison de composants du système va se poursuivre dans les prochains jours, a pour sa part indiqué l’organisme public des Industries turques de la Défense. Le système sera mis en opération de la manière décidée par les autorités pertinentes lorsqu’il sera entièrement prêt, a-t-il ajouté.

L’agence TASS soutient qu'une vingtaine de militaires turcs ont été formés ce printemps à l’utilisation des S-400 en Russie, et 80 autres doivent l'être d’ici peu.

L’affaire était attendue de longue date, Ankara ayant signé ce contrat de plus de 2 milliards de dollars avec Moscou en septembre 2017. Il s’agissait d’une première pour un pays de l’OTAN, dont la Turquie est le pilier oriental depuis 1952.

Quel impact pour le développement des F-35?

Les États-Unis, qui auraient préféré que la Turquie jette son dévolu sur des batteries de missiles américains Patriot, ont tenté de dissuader la Turquie d’aller de l’avant, en alléguant que ces missiles sol-air sont incompatibles avec le système de défense de l’OTAN, mais en vain.

Un responsable de l’OTAN, dont fait partie le Canada, affirme vendredi que l’Alliance est préoccupée par ce développement. L'interopérabilité de nos forces armées est essentielle dans la conduite de nos opérations et nos missions, a-t-il expliqué sous le couvert de l'anonymat à l'AFP.

Un militaire marche devant deux véhicules militaires transportant des S-400.

Moscou exhibe régulièrement ses missiles S-400 lors de défilés militaires, comme ici, lors de la célébration marquant la victoire de l'Union soviétique contre l'Allemagne nazie lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Photo : Reuters / Tatyana Makeyeva

Washington craint en outre que les S-400, équipés d’un puissant radar, ne parviennent à déchiffrer les secrets technologiques des F-35, des chasseurs furtifs américains de dernière génération conçus par Lockheed Martin, que la Turquie contribue à construire et prévoie acheter.

Au début de juin, l’administration Trump avait lancé un ultimatum à la Turquie, en lui donnant jusqu’au 31 juillet pour renoncer à son projet, sous peine d’être évincée du programme F-35, auquel participe également le Canada.

La formation de pilotes turcs sur ces chasseurs dernier cri a déjà été interrompue.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, Associated Press, et Le Monde

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