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Le nombre de demandes d’aide médicale à mourir est en hausse au Manitoba

Un patient alité dans une chambre d'hôpital tient la main d'une autre personne.

La particularité de l’AMM au Manitoba est l’existence d’une seule équipe centralisée qui évalue les demandes avant que les demandeurs soumettent leurs demandes écrites, selon le rapport de Santé Canada.

Photo : iStock / iStock

Radio-Canada

Les données de Shared Health Manitoba, un organisme qui rassemble des experts cliniques de toute la province, montrent une augmentation des demandes d'aide médicale à mourir en 2019 par rapport à 2018.

Cheri Frazer, un membre fondateur de la section de Winnipeg du groupe Mourir dans la dignité, affirme que cette augmentation est attribuable à la prise de conscience croissante de l'existence du programme.

À en juger par le très grand nombre de personnes qui me disent, je ne savais pas que c’était légal, je dirais qu’on doit en une bonne partie de cette augmentation à l’éducation; la nouvelle se répand.

Cheri Frazer, mourir dans la dignité Winnipeg

Le frère de Jeffrey Keep est l’un des 284 Manitobains qu'on a aidé médicalement à mourir depuis la légalisation.

Huit mois après la fin de la vie de son frère, Jeffrey Keep souhaite toujours pouvoir lui téléphoner.

« Lui et moi étions les fous de la famille. J’avais l’habitude de lui téléphoner après une mauvaise journée juste pour plaisanter ensemble et améliorer les choses. », explique Jeffrey Keep.

Même si son frère lui manque, M. Keep est content que ce dernier ait pu choisir le moment de sa mort.

À 67 ans, le frère de Jeffrey Keep avait perdu l’usage de ses bras et de ses jambes et avait besoin des soins constants à domicile à cause de la sclérose en plaques.

« Il souffrait énormément depuis six ou huit ans, dit-il, il ne pouvait plus rien faire pour lui-même. »

Ce mois de juin marque le troisième anniversaire de l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir (AMM).

Le cancer première raison de demande de l’AMM

En avril, Santé Canada a publié son quatrième et dernier rapport provisoire, qui surveille les progrès de l’aide médicale à mourir au Canada. Selon le rapport, qui couvre la période du 1er janvier au 31 octobre 2018, l’âge moyen des personnes qui ont reçu l’aide médicale à mourir au Manitoba était de 72 ans.

La raison première pour laquelle elle ces personnes y ont eu recours est le cancer (72 %), suivi des maladies cardiovasculaires (12 %), des maladies neurodégénératives (8 %), des maladies respiratoires (3 %). Les autres maladies comptent pour 6 % des demandes.

La particularité de l’AMM au Manitoba est l’existence d’une seule équipe centralisée qui évalue les demandes avant que les demandeurs soumettent leurs demandes écrites. Ceci justifie le peu de rejet par rapport aux autres provinces du pays, selon le rapport de Santé Canada.

Jeffrey Keep est reconnaissant à l'équipe d'encadrement de l’AMM pour l’aide donnée à son frère tout au long de son processus de demande.

Je pense que c’est un programme extraordinaire. Ils étaient patients même quand il s’était fâché contre eux, parce que, bien sûr, il souffrait beaucoup. Ils étaient toujours calmes et aimables, très sympathiques, et le prenaient dans leurs bras.

Jeffrey Keep

Au début de son processus, le frère de M. Keep ne remplissait pas les conditions requises pour bénéficier d’une aide médicale à mourir. Bien que sa sclérose en plaques lui avait causé de grandes souffrances et le tuerait certainement à terme, les médecins ne pouvaient pas dire quand.

C’est avoir demandé l’aide d'avocats de l’Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, qu’il a été reconnu comme admissible.

Cheri Frazer, aimerait que la clause de la loi fédérale qui exige que le décès d’un patient soit « raisonnablement prévisible » soit modifiée. « Je pense que c’est vraiment profondément injuste », dit-elle. Elle ajoute que cette clause viole de la décision de la Cour suprême qui a annulé l’interdiction de l’aide médicale à mourir.

« La mort raisonnablement prévisible n’a rien à voir avec la misère de votre existence jusqu’à ce que votre corps décide de mourir », souligne Cheri Frazer.

Du côté des opposants

La mise en œuvre de l’AMM n’est pas venue sans controverse. De nombreux établissements de santé confessionnels, tels que l’Hôpital Saint-Boniface, qui est régi par la Corporation catholique de la santé du Manitoba, refusent d’autoriser la mort médicalement assistée dans leurs locaux.

Les patients souhaitant bénéficier d'une aide médicale à mourir peuvent y être évalués, mais ils doivent être déplacés ailleurs pour la recevoir, une pratique que Mme Frazer souhaite voir modifiée.

Les défenseurs des droits des personnes handicapées craignaient que des pressions soient exercées sur certaines personnes pour qu’elles mettent fin à leurs jours prématurément, ce que réfute Mme Frazer.

Elle aimerait également voir des modifications de la loi empêchant les patients d’inclure l’AMM dans leurs plans de soins préalables, qui précisent les services médicaux qu’ils souhaitent recevoir s’ils perdent la capacité de consentir.

Après avoir vécu de près l’expérience de son frère, Jeffrey Keep aurait souhaité que sa mère, atteinte du sida, puisse se prévaloir de cette approche de la fin de la vie,dans les années 1990.« Je pense que [l’AMM est] la meilleure chose qui soit arrivée », croit-il.

Manitoba

Aide médicale à mourir