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Une mini-école de médecine pour les jeunes Autochtones

Le chirurgien Stanley Vollant regarde un élève qui pratique une chirurgie.

Le chirurgien Stanley Vollant donne un atelier de suture à un jeune Autochtone.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Marie-France Abastado

Le taux de décrochage scolaire des jeunes Autochtones est trois ou quatre fois plus élevé que dans le reste de la population québécoise. Mais ça n’empêche pas les adultes de rêver grand pour eux. Le Dr Stanley Vollant, premier chirurgien autochtone du Québec, a contribué à mettre sur pied une mini-école de médecine pour les inciter à devenir des professionnels de la santé.

Ils sont venus de Wemotaci, Manawan, Unamen Shipu, Nutashkuan, Matimekush, Uashat mak Mani-Utenam pour s’initier pendant deux jours à divers métiers de la santé : sciences infirmières, physiothérapie, kinésiologie et médecine. L’objectif? Faire en sorte qu’il y ait davantage de professionnels de la santé autochtones dans les communautés des Premières Nations.

La mini-école de médecine, qui s’est tenue à Saguenay fin-mai, a lieu tous les ans à la même période. Elle est organisée par le Centre Nikanite, un centre des Premières Nations au sein de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Des élèves assis côte à côte sur des chaises.

Des élèves réunis à la mini-école de médecine.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

C’est Marie-Claude Bouchard, coordonnatrice des sciences infirmières à l’UQAC, qui s’adresse d’abord à la trentaine de jeunes Autochtones du secondaire et à leurs accompagnateurs. C’est un domaine, leur dit-elle, dans lequel on peut pratiquer différemment selon le diplôme obtenu : infirmière auxiliaire (diplôme d’études professionnelles), infirmière technicienne (diplôme d’études collégiales) ou infirmière clinicienne (baccalauréat).

Si votre objectif est de retourner travailler dans votre communauté, la meilleure façon de le faire, c’est de faire un bac.

Marie-Claude Bouchard

Susciter ou confirmer des vocations

Ces présentations semblent en effet confirmer ou susciter des vocations. Ainsi, le jeune Bradley Bellefleur, en quatrième secondaire, souhaiterait devenir infirmier. « Je voudrais retourner chez moi pour aider les gens de ma communauté ».

C’est important qu’il y ait davantage de professionnels issus des Premières Nations, ajoute Rick Anton, élève de cinquième secondaire. « Les communautés autochtones sont souvent éloignées des grandes villes, des hôpitaux. »

Nous, on a juste des centres de santé, et nos infirmiers ne sont souvent que des stagiaires qui repartent. C’est comme si on était des cobayes pour eux. On aimerait ça, avoir de vrais infirmiers.

Rick Anton

Les métiers d’infirmière, de physiothérapeute ou de kinésiologue sont présentés aux jeunes pour les inciter à emprunter cette voie scolaire puis professionnelle.

Jeunes Autochtones devant des vélos stationnaires.

Des jeunes Autochtones au laboratoire de kinésiologie de la mini-école de médecine

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

En physiothérapie, par exemple, on leur explique les différentes formes que peut prendre le métier, les lieux où il peut être pratiqué et les différentes spécialités qui lui sont reliées. C’est Danièle Denis, coordonnatrice du programme de physiothérapie à l’UQAC, qui fait l’exposé. « Vous pourrez travailler en bureau privé, en hôpital ou à l’étranger. Avec des athlètes ou des personnes âgées », leur explique-t-elle.

Des places réservées aux Autochtones en médecine

Yves Sioui est coordonnateur du programme de faculté de médecine pour les Premières Nations. Ce programme a été créé en 2008 pour faciliter l’accès des jeunes Autochtones aux études de médecine.

Six places leur sont réservées chaque année dans n’importe laquelle des quatre facultés du Québec. Une forme de discrimination positive, car la moyenne exigée pour faire son entrée – la cote R, plus précisément – est moindre que pour le reste des candidats (28 au lieu de 33 ou 34). « C’est énorme, comme chances supplémentaires d’accéder aux études en médecine », rappelle Yves Sioui.

Malgré tout, il arrive certaines années que les six places réservées aux Autochtones ne soient pas comblées. Le coordonnateur du programme explique aux jeunes pourquoi il est important que le Québec compte davantage de médecins autochtones. « Vous êtes experts dans votre milieu, vous connaissez la langue, la culture », souligne Yves Sioui, lui-même Wendat.

Grâce à la chasse, vous avez des notions d’anatomie. Vous savez où se trouve le cœur, le foie, vous n’avez pas peur du sang. 

Yves Sioui

La pause volleyball

Des élèves sur un terrain de volleyball extérieur.

Des élèves profitent de la pause pour aller jouer au volleyball.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

C’est la pause du midi. Après des heures d’écoute attentive et un lunch, les communautés s’affrontent amicalement au volleyball. C’est l’occasion de faire un bilan de la première matinée avec Marc Lalo, qui est en cinquième secondaire. « Il y a beaucoup de choses qu’on ne savait pas », lance-t-il.

Moi, j’avais déjà dans l’idée d’être infirmier. Mais là, après la conférence sur la médecine, ça me tenterait d’être médecin, tout d’un coup.

Marc Lalo

Les ateliers du Dr Stanley Vollant

Mais le clou de cette mini-école de médecine est sans contredit l’atelier de chirurgie et de suture donné par le Dr Stanley Vollant. « Ici, vous avez l’oreillette droite, et là, l’oreillette gauche », dit Stanley Vollant aux jeunes qui ont chacun devant eux un cœur de porc. 

Des élèves assis devant un cœur de porc.

Des élèves de la classe du Dr Vollant s'apprêtent à disséquer un cœur de porc.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Le premier chirurgien autochtone du Québec s’est donné comme mission d’éveiller des vocations et de faire connaître le programme des facultés de médecine pour les Autochtones. Une manière de rendre ce qu’il a lui-même reçu alors qu’il était candidat aux études de médecine en 1984.

À l'époque, il était quatorzième sur la liste d’attente et, sans l’intervention d’un vice-doyen visionnaire, le Dr Rivest, il n’aurait pas été accepté. « On est intéressés à te rencontrer, lui a dit le vice-doyen, parce que l’Université de Montréal croit que si on fait une place privilégiée aux Autochtones, on pourrait améliorer l’état de santé des Premières Nations. » Mais pour Stanley Vollant, il était important d’en faire un programme récurrent et standardisé.

« Vous êtes capables! »

Non seulement le Dr Stanley Vollant souhaite susciter l’intérêt des jeunes, mais aussi, mission encore plus grande peut-être, les convaincre qu’ils sont capables de mener à terme des études exigeantes comme celles-là. Le message porte, et les jeunes présents se laissent aller à rêver tout haut. « J’ai découvert qu’avec beaucoup de détermination et si je travaille fort, je serai capable », dit Alicia, qui souhaite devenir psychiatre.

Si Stanley Vollant met tant d’énergie à convaincre les jeunes d’aller vers les métiers de la santé, c’est qu’il est persuadé, lui aussi, de l’absolue nécessité d’avoir plus de professionnels issus des Premières Nations, en particulier des médecins. « Ça permet de soigner des gens dans leur culture », soutient-il.

L’autre aspect, c’est que ces personnes-là deviennent des modèles, et les jeunes se disent : "Si Stanley a réussi, je peux aussi."

Le Dr Stanley Vollant
Le chirurgien Stanley Vollant dans une classe, entouré d'élèves.

Le chirurgien Stanley Vollant avec ses élèves.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

« Former des jeunes Autochtones aux métiers de la santé, c'est bien; mais il faut également former les non-Autochtones à être plus sensibles, plus respectueux et plus compétents à travailler avec les populations des Premières Nations », rappelle le Dr Stanley Vollant.

Le reportage complet de Marie-France Abastado sera diffusé dans le cadre de l'émission Désautels le dimanche à 10 h, sur ICI Radio-Canada Première.

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