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Des grandes chaleurs... sans chaleur

Une femme en nuisette a un air surpris, aux côtés d'un homme plus jeune qu'elle, étendu à ses côtés, sur la terrasse d'un chalet.

Sasha Dominique et Marc-Antoine Morin dans «Les Grandes Chaleurs», au Théâtre de l'île cet été

Photo : Gracieuseté de Mathieu Girard

Kevin Sweet

La pièce Les Grandes Chaleurs de l’auteur Michel Marc Bouchard demeure toujours irrévérencieuse près de 30 ans après son écriture. Cependant, la production du Théâtre de l’Île a beaucoup de mal à capter les nuances de ce texte riche en thématiques pour en faire autre chose qu’une comédie surjouée et superficielle.

Le mot cougar n’existait pas en 1991 lorsque Michel Marc Bouchard a écrit Les Grandes Chaleurs. Cette pièce était une façon, pour l’auteur québécois, de déconstruire les stéréotypes propres aux comédies estivales de l’époque, notamment en ce qui a trait au portrait qu’elles faisaient des homosexuels et de la femme.

En 2019, la manière dont les femmes sont personnifiées dans la culture populaire est remise en question. Il s'avère donc rafraîchissant de voir au théâtre un personnage comme celui de Gisèle Cloutier (Sasha Dominique) être autre chose qu’une épouse ou une mère qui vaque à ses obligations matrimoniales et familiales.

Malgré le propos du texte, cette production apparaît par moments bancale. On peut également douter de la crédibilité même de certains personnages.

Une liaison dangereuse?

L’action se déroule dans un chalet en pleine canicule. Gisèle, une veuve fraîche a un secret bien gardé : elle entretient une relation avec Yannick, un jeune délinquant de 20 ans.

Extrait de la pièce  Les Grandes Chaleurs

Dans la pièce, les jumeaux Louisette et Louis surprennent leur mère en compagnie d'un amant plus jeune qu'eux.

Photo : Radio-Canada

Les enfants de Gisèle, des jumeaux trentenaires prénommés Louisette et Louis (Frédérique Thérien et Jonathan Charlebois), vont lui faire une visite surprise. La liaison amoureuse entre la quinquagénaire et son jeune amant va éclater au grand jour.

Cependant, Gisèle n'est pas la seule à passer aux aveux. Son fils Louis doit prendre son courage à deux mains pour lui avouer son homosexualité.

De son côté, Napoléon Bonneau (Richard Bénard), bricoleur et verbomoteur, vient constamment écornifler chez sa voisine, dont il est secrètement amoureux. Cela dit, ses répliques comme la meilleure chaufferette pour une femme ce sont les bras d’un homme et ses allusions sexuelles faites à l’aide d’une perceuse électrique, ne parviendront pas à séduire la veuve.

Un jeu inégal

L’actrice Sasha Dominique est inégale dans son interprétation de Gisèle. En début de spectacle, son personnage est beaucoup trop excité et court partout en gesticulant de manière démesurée. On a du mal à croire qu’il s’agit du comportement d’une femme endeuillée dans la cinquantaine. Malgré cela, elle parvient à poser son personnage dans la deuxième partie du spectacle en lui apportant de la profondeur et de la vulnérabilité.

Un homme vêtu une chemise à palmiers tient une perceuse électrique dans ses mains. Une femme enveloppée d'un drap est debout à ses côtés.

Dans la peau du voisin bricoleur secrètement amoureux de Gisèle (Sasha Dominique), Richard Bénard brille une fois de plus.

Photo : Gracieuseté de Mathieu Girard

Richard Bénard est pour sa part fidèle à lui-même dans le rôle de Napoléon Bonneau et vole la vedette chaque fois qu’il entre en scène. Il est cependant regrettable que l’acteur enchaîne des rôles similaires depuis quelque temps. Ce serait bien de le voir croquer dans un rôle plus dramatique pour démontrer l’étendue de son talent.

De son côté, Marc-Antoine Morin est charmant et attendrissant dans le rôle de Yannick, le jeune amant. Il s'avère suave dans ses déplacements et ses répliques, mais, au final, il fait plus penser à un modèle Calvin Klein qu’à un ex-délinquant - et ce, malgré les bracelets de cuir qu’il porte et qui ne le rendent pas plus crédible.

Les jumeaux de la pièce Les Grandes Chaleurs.

Dans la peau du jumeau de Louisette (Frédérique Thérien), Jonathan Charlebois incarne un homosexuel plutôt caricatural.

Photo : Radio-Canada

Cependant, si Michel Marc Bouchard voulait renverser la tendance d’histoires extrêmement convenues ou cliché avec son texte, cette production en perpétue d’autres, surtout avec le personnage de Louis. L'homosexuel, qui n'a pas avoué son orientation à sa mère, est surjoué par Jonathan Charlebois.

En 2019, est-il vraiment nécessaire qu’un personnage gai soit aussi efféminé et caricatural pour faire rire? Rien dans la mise en scène ne semble évoquer les années 1990. Une relecture du personnage de Louis n’aurait-elle pas dû tenir compte que nous sommes rendus ailleurs, presque 30 ans plus tard?

Où est la chaleur?

Le gros problème avec ce spectacle s’avère cependant des lacunes dans la mise en scène de Mathieu Charette.

L’action se déroule en pleine canicule. Or, tout au long de ce spectacle de deux heures, il n’y a aucune allusion à la chaleur, sinon une lumière parfois orangée au fond de la scène. Le metteur en scène n'a pas recours à des bruits de criquets, ni à des gouttes d'eau pour évoquer la sueur perlant des visages et corps des protagonistes. Ce n’est qu’à 20 minutes de la fin que Gisèle s’évente avec un livre pour signaler qu’il fait chaud.

Pour toutes ces raisons, Les Grandes Chaleurs laissent plutôt froid.

POUR Y ALLER
Les Grandes Chaleurs
Au Théâtre de l'Île
Jusqu'au 24 août

Ottawa-Gatineau

Théâtre