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Parcourir des kilomètres pour se faire avorter

Une pancarte avec une main d'enfant dans une main d'adulte. Elle se retrouve sur le bort d'une autoroute. On peut y lire en anglais : « Prends ma main, pas ma vie ».

En Alberta, trois établissements de santé pratiquent des avortements.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

Charlotte Dumoulin

Pendant que des États américains adoptent des lois controversées pour restreindre l’accès à l’avortement, de l’autre côté de la frontière, des Albertaines dénoncent le fait que l'accès aux services pour interrompre une grossesse est encore loin d’être acquis hors des grands centres.

Autumn Reinhardt-Simpson est accompagnante; non pas à la naissance, mais à l’avortement. Elle offre ses services gratuitement à toutes les Albertaines qui veulent mettre un terme à leur grossesse.

Son rôle ne se limite pas à conseiller ou à briser des mythes entourant la procédure. Cette femme va jusqu’à reconduire ses clientes à leur rendez-vous médical même si, pour ce faire, elle doit parcourir des centaines de kilomètres avec elles.

Plan rapproché sur le visage d'Autumn Reinhardt-Simpson, qui tient dans ses mains un téléphone cellulaire.

Autumn Reinhardt-Simpson est accompagnante à l'avortement depuis son arrivée au Canada, en 2015.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Brown

La distance est l’un des défis auxquels font souvent face les femmes qui vivent en région.

En Alberta, par exemple, seulement trois établissements de santé pratiquent des avortements. L’un d’eux est à Edmonton, tandis que les autres sont situés à Calgary.

« Les gens croient que l'accès à l'avortement au Canada est vraiment plus facile que chez moi, aux États-Unis, mais la situation ici est terrible », dit l'Américaine d'origine.

Cette réalité saute aussi aux yeux de Jillian Demontigny, médecin de famille à Taber, une municipalité située à 300 kilomètres au sud de Calgary.

Un cimetière dans la ville de Taber. On voit un banc sur lequel il est écrit: « Taber pro-vie ».

Deux bancs dans l'un des cimetières de la ville de Taber ont fait l'objet d'une controverse l'an dernier en raison du message qu'ils envoient.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

Cette médecin croit être l'une des rares à prescrire la pilule abortive dans le sud de la province. Des patientes venant de Lethbridge et de Medicine Hat font jusqu’à 100 kilomètres de route pour la rencontrer.

« Quand c'est une ville de 80 000 habitants, il y a des dizaines de médecins qui peuvent prescrire la [pilule abortive]. Ça n’a aucun sens de venir à Taber pour me voir », dit-elle, découragée.

La responsabilité des médecins en Alberta

Malgré leur droit à la liberté de conscience et de religion, les médecins qui refusent de prescrire la pilule abortive Mifegymiso en Alberta doivent obligatoirement diriger la patiente vers un autre professionnel de la santé, en plus de répondre à ses questions.

Pour Juliet Guichon, une spécialiste de l'éthique médicale, il y a toutefois un manque de surveillance dans l'application des règles.

C'est aux patientes de se plaindre. Le problème, c’est qu’elles sont vulnérables.

Juliet Guichon, spécialiste de l'éthique médicale

« [Les patientes] ont d'autre chose à faire. Elles sont préoccupées par leur grossesse qu’elles veulent interrompre,  », ajoute celle qui enseigne à l’Université de Calgary.

Jillian Demontigny est d'accord avec elle et demande d'ailleurs plus d'imputabilité pour les médecins.

Plan rapproché sur Jillian Demontigny, debout sur un trottoir devant la bibliothèque de Taber.

Jillian Demontigny est médecin de famille à Taber.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

Dénoncer, mais pas à n’importe quel prix

Le militantisme de cette médecin de Taber est cependant loin d'avoir plu à des résidents et à ses collègues, qui lui ont même demandé de se faire plus discrète.

« J'ai perdu quelques patients à cause de mes croyances et de mes pratiques », confie Jillian Demontigny.

Autumn Reinhardt-Simpson ne se laisse pas non plus intimider par les insultes et les courriels qu'elle reçoit.

Après avoir escorté à de nombreuses reprises des femmes dans des cliniques d’avortement situées aux États-Unis, l'Américaine est habituée à ce genre de réactions.

« Mon rêve »

L'accompagnante trouve aberrant que des femmes préfèrent la présence d'une étrangère comme elle à celle de leurs proches.

La plupart de mes clientes cachent ce qu'elles vivent à leur famille et à leurs amis.

Autumn Reinhardt-Simpson, accompagnante à l'avortement

La bénévole ne rêve maintenant que du jour où son téléphone cessera de sonner. Une preuve pour elle que les femmes auraient désormais confiance en leur entourage pour parler ouvertement de l'avortement.

D'ici là, elle se dit triste de constater que ses services sont encore nécessaires.

Alberta

Avortement