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Un régime de retraite a investi dans une firme liée à la détention de migrants aux É.-U.

Des gens enfermés dans une pièce grillagée.

Un centre de détentions pour migrants aux États-Unis.

Photo : Reuters

Radio-Canada

Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l'Ontario (RREO) a investi dans une société pénitentiaire privée américaine, qui se trouve sous les projecteurs en raison du traitement réservé aux immigrants et des soins médicaux inadéquats offerts dans certains de ses établissements.

D’après une enquête faite par CBC, basée sur les documents déposés la Securities and Exchange Commission des États-Unis, le RREO a acheté plus de 20 000 actions d’une valeur de près de 500 000 $ de la compagnie GEO Group Inc., au cours du premier trimestre de l’année.

GEO Group Inc. possède ou exploite plus de 130 prisons, centres de détention pour immigrants et centres de réadmission communautaires aux États-Unis.

Avant 2019, le régime de retraite ne possédait aucune action dans l’entreprise, dont le siège social est basé en Floride.

Une enquête du Département de la sécurité intérieure des États-Unis a récemment mis au jour l'usage d'une ségrégation inappropriée et trop restrictive des détenus dans l'un de ces centres de détention en Californie, ainsi que l’absence de soins médicaux adéquats.

Dans un autre établissement de GEO Group Inc., à Aurora au Colorado, les détenus n'étaient pas autorisés à recevoir la visite d'amis ou de membres de leur famille, même si la loi leur permettait de le faire, selon le même rapport.

Joint par courriel par Radio-Canada, le RREO affirme ne plus avoir d’actions au sein de GEO Group Inc., depuis avril dernier.

Nous négocions souvent avec des sociétés qui font partie des principaux indices boursiers. Ces opérations s'inscrivent dans le cadre de stratégies de placement quantitatives auxquelles participent des centaines de sociétés. Ils font partie de grands indices et se font automatiquement, a expliqué la directrice des communications et du marketing du RREO, Lisa Papas.

Cette société faisait partie d'une opération de stratégie quantitative impliquant des centaines d'émetteurs.

Lisa Papas, directrice des communications et du marketing du RREO

Mme Papas souligne que le régime de retraite des enseignants de l’Ontario n’a tout simplement pas de stratégie d'investissement ou de thèmes d'investissement qui ciblent les prisons privées.

La Fédération des enseignants et des enseignantes de l’Ontario (FEO) dit avoir pris connaissance de ces investissements dans les médias et affirme avoir immédiatement communiqué avec le régime.

Nous sommes heureux que le régime ait signé les principes pour l’Investissement responsable des Nations unies et qu'il tienne compte des critères environnementaux et sociaux de gouvernance dans leurs placements, car c'est important pour les enseignantes et enseignants de l'Ontario, a expliqué Rhonda Kimberley-Young, responsable des communications du FEO.

Nous encourageons le Régime à suivre les protocoles appropriés à cet égard, et ils sont généralement perçus comme un chef de file à cet égard, a conclu Mme Kimberley-Young.

Une situation préoccupante

L'organisation de défense des droits de la personne Amnistie internationale se dit très préoccupée par cet investissement.

Justin Mohammed, qui milite au sein de l’organisation, croit que le régime de retraite devrait poser des questions et s'assurer que ses placements sont faits de façon responsable.

Étant donné qu'il s'agit d'enseignants et qu'il s'agit de violations qui peuvent interpeller des jeunes, nous pensons certainement que les enseignants se préoccupent de la problématique, a-t-il expliqué.

Par courriel, un porte-parole de GEO Group Inc. nie les allégations de mauvais traitements.

Un drapeau américain flottant au-dessus d'un centre de détention protégé par des fils barbelés dans la ville de Clint, au Texas, non loin de la frontière avec le Mexique.

Les centres de détention de migrants ont mauvaise presse ces jours-ci aux États-Unis; ils sont décrits comme insalubres et surpeuplés.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Les installations du groupe GEO n'ont pas et n'hébergent pas de mineurs non accompagnés, y compris ceux qui ont pu être séparés de leurs parents ou tuteurs légaux, et ne le feront pas à l'avenir, a expliqué un porte-parole de la compagnie.

Ce même porte-parole affirme que les centres de traitement font l'objet d'une surveillance indépendante, y compris des contrôleurs gouvernementaux sur place 24 heures sur 24, afin de s'assurer que les soins les plus humains possible sont octroyés.

Nous reconnaissons qu'il y a une crise humanitaire sans précédent à la frontière sud, mais contrairement à ce que l'on voit aux nouvelles, nos installations n'ont jamais été surpeuplées et n'ont jamais accueilli de mineurs non accompagnés.

GEO Group Inc.

Pas un cas isolé

Le RREO n’est pas la seule institution canadienne à avoir investi dans GEO Group.

En octobre, le quotidien britannique The Guardian rapportait que l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada détenait plus de 10 millions de dollars en actions de l’entreprise américaine et d'un autre exploitant de prisons privées, CoreCivic Inc.

Depuis, toutes ses actions des deux sociétés ont été vendues.

En date du 31 mars, l'Alberta Investment Management Corporation (AIMCo), qui gère de nombreux régimes de retraite du secteur public et d'autres fonds gouvernementaux, détenait des actions de GEO Group Inc. et de CoreCivic d'une valeur totale d'environ 4,8 millions de dollars, selon ses documents déposés.

AIMCo a refusé de commenter l’affaire, affirmant par courriel qu'elle ne discute pas d'avoirs spécifiques au sein de [ses] portefeuilles.

Comment les fonds sont-ils investis?

Le RREO et AIMCo se sont tous deux engagés à faire des investissements responsables en signant les Principes pour l'investissement responsable des Nations unies, qui invitent les investisseurs à tenir compte de facteurs comme l'environnement et les questions sociales.

L'investissement responsable consiste à considérer des choses comme les violations des droits de la personne, note Dustyn Lanz, chef de la direction de l’Association pour l’investissement responsable.

M. Lanz affirme que la prise en compte des facteurs sociaux et environnementaux est une composante nécessaire de l'investissement responsable, mais que cela ne signifie pas que les raisons éthiques de ne pas investir l'emportent toujours.

Tessa Hebb, du Centre for Community Innovation de l'Université Carleton, est du même avis.

C'est une sorte d'équation risque-rendement, a-t-elle expliqué.

Le principal moteur, pour l'investisseur, est de réduire le risque dans son portefeuille, a-t-elle ajouté.

Tous deux affirment également qu'un autre aspect de l'investissement responsable peut consister à inciter la compagnie à améliorer ses normes, au lieu de se départir de ses actions lorsque la société se retrouve dans une situation embarrassante.

L’an dernier, un actionnaire de GEO Group Inc. a tenté de pousser l'entreprise à adopter une politique visant à s'assurer de ne pas héberger d'enfants ou de parents séparés lors des procédures d'immigration.

L’entreprise s'est opposée à la résolution, niant héberger des enfants séparés de leurs parents, mais soutenant également qu'elle pourrait conclure des contrats pour héberger des enfants séparés à l'avenir dans le cadre de ses activités commerciales ordinaires.

Avec les informations de CBC

Économie