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Pénurie d'infirmières : une femme mourante est transférée contre la volonté de sa famille

Une photo de Simone Blanchard, prise lorsqu'elle était en santé.

Simone Blanchard, 82 ans, n'a pas pu parler à Radio-Canada en raison de son état de santé.

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Anaïs Brasier

Avec les vacances de son personnel, le réseau de santé Vitalité se voit dans l’obligation de fermer 41 lits dans ses établissements. Une mesure qui touche directement plusieurs patients, dont une femme mourante qui vient d’être transférée des soins palliatifs au département de gériatrie.

Simone Blanchard, 82 ans, est atteinte d’un cancer des poumons avec des métastases aux os en phase terminale. Sa maladie est particulièrement douloureuse et elle prend une importante quantité de médicaments. Elle n’est pas en bon état, dit sa fille Antonia Blanchard. Elle a beaucoup maigri, elle est très faible, à peine qu’on peut l’entendre parler.

Elle est hospitalisée à l’unité des soins palliatifs de l’Hôpital régional de Campbellton depuis le 14 juin dernier, où la qualité des services est exceptionnelle, selon ses enfants. Il y a trois patients, et l’infirmière a plus de temps avec nous pour nous expliquer tout ce qui se passe. Quand on sonne, ils viennent sans tarder.

Mais voilà que la paix d’esprit de la famille Blanchard dans ces moments difficiles est bouleversée. Les enfants et le mari de Simone ont appris mardi qu’elle sera déplacée dans une chambre de l’unité des soins gériatriques.

N’importe qui a un parent malade avec un cancer terminal ne veut pas le vivre en gériatrique.

Antonia Blanchard
Simon Blanchard et Antonia Blanchard avec une photo de leurs parents.

Simon et Antonia Blanchard s'inquiètent pour la qualité de vie des derniers jours de leur mère atteinte de cancer à l'Hôpital régional de Campbellton.

Photo : Radio-Canada / Serge Bouchard

Ils nous ont dit qu’ils manquaient de personnel sur les autres étages, mais qu’ils ont du personnel au palliatif, explique Antonia Blanchard. Alors ils vont prendre le personnel du palliatif pour porter main-forte sur les autres planchers.

Un étage plus bruyant et des soins de moins bonne qualité

Ce qui dérange la famille Blanchard, c’est le risque de voir la qualité des soins offerts à leur mère diminuer. On nous a dit qu’ils allaient organiser les chambres pareil, mais je sais que ce sera pas les mêmes soins, dit Antonia Blanchard. C’est très bruyant. Pour moi, c’est inhumain.

On vit des moments difficiles. Mon père voit ma mère s’en aller. On voit notre mère s’en aller. C’est très pénible déjà. De se faire annoncer quelque chose comme ça, c’est pas acceptable.

Antonia Blanchard

Le personnel de l’hôpital a avisé la famille que les chambres seraient arrangées comme en palliatif. Il y aura cependant une infirmière pour six patients, alors qu’il y a une infirmière pour trois patients à l’unité des soins palliatifs.

Les personnes que c’est leur dernière journée ou semaine dans la vie, ça ne devrait pas être subi sur un autre plancher que le palliatif, lance quant à lui le fils de Simone Blanchard, Simon.

41 lits fermés à travers le réseau Vitalité

Il manque déjà de personnel hospitalier au réseau de santé Vitalité en temps normal, et la période des vacances ne fait qu’empirer la situation. En tout, Vitalité se voit dans l’obligation de fermer 41 lits à travers son réseau. L’Hôpital de Campbellton est le plus durement touché par ces mesures avec 14 lits fermés en soins palliatifs, en soins intensifs, à l’unité d’obstétrique et à l’unité de transition.

Une situation que la famille Blanchard commence à trouver inquiétante pour les soins de santé dans leur région. Ils ont fermé le palliatif à Dalhousie, ils ont fermé des lits ici à Campbellton, lance Antonia Blanchard. Il n’y aura plus de palliatif. C’est la seule place où aller dans le Restigouche.

Il y a aussi des fermetures à l’Hôpital Georges-L.-Dumont à Moncton, à l’Hôpital d’Edmundston et à l’Hôpital de Bathurst.

Selon Vitalité, la situation n’est pas inhabituelle et se produit même chaque été. C'est d’ailleurs la période de l'année ou le manque de personnel se fait le plus sentir.

Le réseau de santé Horizon doit aussi fermer quelques lits, dont six à l’Unité de neurosciences de l’Hôpital régional de Saint-Jean et six à l’Hôtel-Dieu Saint-Joseph à Perth-Andover.

Cependant, le réseau dit avoir embauché trois infirmières, et une autre infirmière doit retourner au travail après une période d'absence. Le réseau prévoit ouvrir six lits au plus tard à la mi-août.

Les réseaux de santé ont récemment fermé des unités afin d'assurer la sécurité des patients et du personnel infirmier, lance la présidente du Syndicat des infirmières et des infirmiers du Nouveau-Brunswick. Je tiens à préciser que la raison de ces fermetures et de nombreux autres problèmes auxquels fait face la profession d’infirmière au Nouveau-Brunswick n’est [pas] la faute des infirmières surchargées et surmenées. La vraie cause doit être attribuée à ceux qui peuvent changer les choses, mais qui n'ont rien fait pour améliorer cette situation.

Une réorganisation temporaire, assure Vitalité

Le réseau de santé Vitalité a annoncé par voie de communiqué qu'il s'agit d'une « réorganisation temporaire de certains lits à l’Hôpital régional de Campbellton afin de maintenir les services à la population et de maximiser l’utilisation du personnel en soins infirmiers durant la période estivale ».

L'affiche de l'hôpital, en été.

L'Hôpital régional de Campbellton doit fermer un total de 14 lits cet été en raison de la pénurie de personnel.

Photo : Radio-Canada

« La première étape de la réorganisation consiste à réinstaller les 6 lits de l’Unité des soins palliatifs à l’Unité de gériatrie-réadaptation qui demeurera avec un total de 25 lits, est-il écrit. Les 6 lits de soins palliatifs seront regroupés dans un même secteur de l’Unité de gériatrie-réadaptation et tous situés dans des chambres privées. Les patients des soins palliatifs continueront toujours à recevoir les mêmes soins de qualité de la part du personnel. »

« La deuxième étape consistera à modifier le mandat de l’Unité des soins de transition, qui compte actuellement 23 lits, afin d’accueillir une clientèle de soins de longue durée et de porter le total de lits à 33. Les 10 lits supplémentaires seront aménagés dans l’Unité des soins palliatifs [unité actuelle] qui est adjacente à l’Unité des soins de transition. »

Avec les informations de Serge Bouchard et Wildinette Paul

Nouveau-Brunswick

Soins et traitements