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Que représente Bombardier pour la ville de Thunder Bay?

Un gardien de sécurité devant une guérite.

L'entrée de l'usine de Bombardier à Thunder Bay

Photo : Radio-Canada

Rozenn Nicolle

L’annonce du licenciement de la moitié des employés de l'usine de Bombardier de Thunder Bay n’a été une surprise ni pour les experts de l’industrie ni pour les employés. Mais elle reste un coup dur pour les habitants de cette ville ontarienne mainte fois touchée par les remous de ses diverses industries, d'autant plus que l’usine centenaire de Bombardier fait aujourd’hui partie intégrante de l’histoire de cette communauté.

Tout le monde dans cette ville a probablement un ami, un voisin ou un membre de sa famille qui y travaille ou y a travaillé par le passé. Cela touche donc beaucoup de gens directement ou indirectement, explique Bill Mauro, le maire de la ville.

Certes, il y a d’abord les chiffres qui sont éloquents. Dans la ville de Thunder Bay qui compte, selon Statistique Canada, quelque 61 300 emplois, la perte des 550 postes de Bombardier représente presque 1 % de ce total.

À titre de comparaison, si Toronto perdait la même proportion de ses emplois, cela représenterait plus de 31 000 postes abolis.

Les coupes chez Bombardier représentent près de 1 % des emplois de la ville de Thunder Bay.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les coupes chez Bombardier représentent près de 1 % des emplois de la ville de Thunder Bay.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Les emplois chez Bombardier sont de bons emplois qui font faire beaucoup d’argent, donc cette perte va avoir un grand impact sur l’économie de la ville, mais aussi de la région, estime le professeur d’économie de l’Université Lakehead, Livio Di Matteo.

Selon lui, ce sont les différentes industries de la consommation, du divertissement, mais aussi le marché immobilier qui vont, entre autres, être indirectement touchés par ces licenciements. Il s’agit du plus grand employeur privé de la ville, ajoute M. Di Matteo.

Mais Bombardier, c’est un peu plus qu’un employeur à Thunder Bay.

Quand une chose fait partie intégrante d’une communauté, comme c’est le cas de cette usine qui est à Thunder Bay depuis plus d’un siècle, elle a tendance à générer beaucoup plus de tensions que d’autres industries.

Bill Mauro, maire de Thunder Bay

Un symbole qui pourrait tomber

Car si Bombardier n’a acquis l’usine de Thunder Bay qu’en 1991, le premier bâtiment qui se trouve sur son terrain existe, lui, depuis 1912.

Extrait du journal «The Globe» du 19 mai 1912, annonçant l'ouverture prochaine d'une usine à Thunder Bay par la compagnie Canadian Car and Foundry Company de Montréal.

Extrait du journal « The Globe » du 19 mai 1912, annonçant l'ouverture prochaine d'une usine à Thunder Bay par la compagnie Canadian Car and Foundry Company de Montréal. À l'époque, cette partie de Thunder Bay était nommée Fort William.

Photo : The Globe And Mail

C’était une usine qui faisait des wagons pour les chemins de fer au début du 20e siècle, quand le commerce du blé a commencé à Thunder Bay, explique M. Di Matteo.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, on y fabriquait des avions, et dans les années 70, on a commencé à y fabriquer des wagons pour la Commission de transport de Toronto et Go Transit, se souvient l’économiste.

Capture d'écran d'une entrevue réalisée par Skype avec Livio Di Matteo.

Livio Di Matteo, professeur d'économie à l'Université Lakehead

Photo : Radio-Canada

C’est une usine avec beaucoup d’histoire, alors perdre une usine qui a existé plus de 100 ans est une frappe au cœur de la ville.

Livio Di Matteo, professeur d’économie à l’Université Lakehead

Nous n’annonçons pas la fermeture de l’usine ici aujourd’hui, rappelle cependant M. Mauro, insistant sur sa volonté de tout faire pour que l'usine demeure.

Pas de fermeture, en effet, mais un symbole attaqué, et une histoire qui a un goût de déjà-vu pour la région, qui a déjà souffert de nombreuses coupes dans diverses industries depuis une vingtaine d’années.

L’obligation de se réinventer

Ici au nord, cela fait 20 ans que de nombreux changements ont fait diminuer l’emploi dans les milieux plus traditionnels, raconte Livio Di Matteo. Dans l’histoire récente de Thunder Bay, l’exemple de l’industrie forestière, qui a vu la suppression d’environ 5000 emplois dans les 10 premières années du 21e siècle, reste le plus criant.

Nous avons perdu des milliers d’emplois, et beaucoup d’entre eux existaient depuis des décennies, plusieurs générations de la même famille travaillaient dans la même usine raconte le maire.

Un homme lors d'un point de presse.

Le maire de Thunder Bay, Bill Mauro.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Vous vous trouvez soudainement obligé d’essayer de vous réinventer.

Bill Mauro, maire de Thunder Bay

Parfois, vous êtes obligé de regarder dans une autre direction, commente M. Mauro, qui dit sentir la ville dans une meilleure posture que par le passé. Selon lui, de nombreux efforts ont été faits ces dernières années pour diversifier les industries de la ville.

Il cite en exemple la croissance des emplois au collège et à l’université de la ville, ainsi que dans ses hôpitaux. Ces emplois ont tendance à être plus permanents, ils ont tendance à résister à la récession et ne sont pas soumis aux cycles économiques, souligne-t-il.

Cela n’aidera probablement pas les personnes qui viennent de perdre leur emploi, admet-il. Mais la diversité de l’économie de la ville serait, selon lui, la clé d'un avenir plus prospère. La nécessité est la mère de l’invention, conclut le maire.

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