•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

S’afficher avec sa chlamydia... dans l’anonymat

Un homme et une femme se regardent dans les yeux.

La plus importante conférence internationale sur les infections transmissibles sexuellement s’ouvre aujourd’hui à Vancouver.

Photo : iStock

Geneviève Lasalle

Kevin n’est pas gêné de parler de la chlamydia qu’il a contractée il y a quelques années. « Moi, je le dis à qui veut l’entendre. À des collègues, à des amis, à vous, en ce moment », ricane-t-il.

Je n’ai pas honte d’en parler, dit pour sa part Mathieu, qui a contracté la même infection transmise sexuellement (ITS) il y a déjà plusieurs années.

Les deux hommes ne se connaissent pas, mais ils partagent une histoire similaire. À la fin de l’adolescence, ils ont dû soigner une chlamydia, infection de plus en plus répandue au pays et au travers le monde.

Ma réaction initiale était la confusion, dit Mathieu. Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi j’ai mal? Pourquoi j’ai ces symptômes, comment j’ai attrapé ça?

Aujourd’hui, ils affirment tous les deux que de s'ouvrir à leur entourage en a incité d'autres à témoigner de leurs propres expériences.

Il faut que quelqu’un initie la conversation et les gens attrapent la balle au bond et en profitent pour se vider le coeur. Les curieux eux, posent des questions.

Kevin

Malgré tout, les deux hommes ont préféré ne pas révéler leur identité, parce qu’il y a un stigma, explique Mathieu. Une ITS est rarement associée à un couple qui va bien, qui est santé et qui est exclusif. C’est associé au couraillage, à l’irresponsabilité, croit Kevin.

Moi je suis confortable à en parler avec des amis, mais je sais que les gens qui vont lire ça vont me juger.

Mathieu

Déstigmatisation réclamée

Un plan rapproché des pieds d'un homme et d'une femme entremêlés dans un lit.

Dans les années 1990, il a fallu que des gens influents se manifestent pour que le VIH soit déstigmatisé, selon la microbiologiste Caroline Cameron, qui espère un mouvement similaire pour les ITS.

Photo : iStock / Aleksandar Nakic

Et si des personnes influentes et des célébrités contribuaient à la déstigmatisation des infections transmissibles sexuellement en parlant ouvertement de leurs expériences?

C’est la question que se pose la microbiologiste Caroline Cameron, de l’Université de Victoria, en marge de la plus importante conférence internationale sur les infections transmissibles sexuellement qui s’ouvre aujourd’hui à Vancouver. C'est ce qui s'est passé avec les campagnes anti-stigmatisation du VIH, dit-elle.

Le VIH était énormément stigmatisé dans les années 1990. Voyez où nous sommes maintenant.

Caroline Cameron, microbiologiste et coprésidente de la Conférence internationale sur les infections transmissibles sexuellement

Il a fallu que des acteurs influents des communautés et des célébrités se manifestent pour que le débat devienne public, et que l'accent soit mis sur la recherche, dit-elle.

Dédramatiser avec l’humour

Les pieds d'un couple qui se déshabille en prévision d'une relation sexuelle, à côté desquels se trouvent une bouteille de vin, deux coupes et des sous-vêtements.

Pour alléger la situation, Kevin et Mathieu se sont tous deux tournés vers l’humour pour vaincre l'embarras ressenti par la contraction de l'infection.

Photo : iStock

Kevin et Mathieu se souviennent du sentiment ressenti lorsqu’ils ont découvert qu’ils venaient de contracter une ITS.

J’ai eu peur. On te dit : "tu as quelque chose de contagieux, tu dois nous contacter". Ils ne disent pas c’est quoi. Je pensais que j’étais en train de mourir. Tu penses toujours au pire.

Mathieu

Le mot lui-même fait peur, dit Kevin.

Pour alléger la situation, ils se sont tous deux tournés vers l’humour pour vaincre l'embarras ressenti.

C’est moins embarrassant si tu peux le tourner en humour, dit Mathieu. J’avais 19, 20 ans. J’ai dit à ma mère : J’ai un problème avec mon pénis, peux-tu m’emmener à l’urgence?

Pour Kevin, le plus dur était d’en faire l’annonce à sa nouvelle partenaire.

Mettons que je n’étais pas fier de dire à ma nouvelle fréquentation : excuse-moi, on ne couchera pas ensemble ce soir, j’ai attrapé une chlamydia, dit-il en riant.

Une sensibilisation adaptée aux différences culturelles

La conférence internationale qui se tient à Vancouver se penchera notamment sur l’élaboration de stratégies de sensibilisation et d’éducation pour l’ensemble des ITS.

Or, il faut une approche adaptée aux différentes communautés, puisqu’il est clair que les attentes culturelles sont différentes.

Nous devrions apprendre de chaque communauté sur les meilleurs moyens d’améliorer la santé et le bien-être sexuels par le biais d’approches culturellement inclusives.

Caroline Cameron, microbiologiste et co-présidente de la Conférence internationale sur les infections transmissibles sexuellement

Par ailleurs, un atelier intitulé Faire participer les communautés autochtones aux programmes de santé se tiendra ce lundi.

Colombie-Britannique et Yukon

Santé publique