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Profilage ethnique : des Repentignois demandent une enquête sur la police municipale

Trois hommes devant un micro.

Alain Babineau, ancien agent de la GRC et conseiller auprès du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), demande que le ministère de la Sécurité publique se penche sur les allégations de profilage racial à Repentigny.

Photo : Radio-Canada

Xavier Savard-Fournier

Des résidents de Repentigny d'origine haïtienne demandent à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, de mener une enquête sur la police de la ville. Ils dénoncent le nombre élevé d'arrestations et de détentions, qu'ils jugent abusives et discriminatoires.

Il s'agit d'une revendication exceptionnelle en vertu de la Loi sur la police, lancée par quatre résidents noirs de Repentigny, avec l'appui du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), qui ont témoigné d'interpellations à répétition, de harcèlement et de profilage de la part de policiers de la Municipalité.

Un jeune Noir, ou un Noir plus âgé, à Repentigny, eux ce qu’ils vont faire [les policiers], c’est qu’ils vont commencer à les arrêter et à leur poser des questions. Vous travaillez où? Combien avez-vous payé votre véhicule? Est-ce que l’auto vous appartient?, raconte Stanley Jossirain, l’un des plaignants, qui a réclamé en mars dernier 200 000 $ à la Ville et au corps de police en dommages moraux et punitifs.

François Ducas, un enseignant, a vécu lui aussi le genre de situation décrite par M. Jossirain. Lors d'une conférence de presse, plus tôt mercredi, il a longuement décrit comment s'est déroulée la dernière interpellation de la part de policières, alors qu'il était à bord de sa voiture.

Ce qu'elles m'ont dit, c'était juste vérifier si l'auto m'appartenait; ensuite, que j'ai l'air jeune pour conduire une BMW.

François Ducas

M. Ducas a alors refusé de s'identifier et a demandé à porter plainte, mais il dit que les policières l'ont plutôt arrêté et fouillé.

Certains des plaignants disent qu'ils sont interpellés au moins deux fois par mois. Mais ils déplorent surtout que la Ville et le service de police semblent tolérer cette situation.

Le message, selon eux, est qu’ils ne sont tout simplement pas les bienvenus à Repentigny.

Une dizaine de plaintes contre ces pratiques ont été déposées par les quatre plaignants au cours des derniers mois en déontologie policière et auprès de la Commission des droits de la personne, ce qu’a confirmé le Service de police de Repentigny.

Faut que ça arrête

Selon Alain Babineau, ancien agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et conseiller auprès du CRARR, il y aurait de nombreux cas comme ceux de MM. Jossirain et Ducas à Repentigny. Il demande donc au ministère de la Sécurité publique de se pencher sur cette situation.

Faut que ça arrête, fait que c'est pour ça qu'on demande au ministre de prendre le dossier, d'enquêter, et puis de mettre en place, soit un changement de loi, de politique, ou tout simplement de mettre le service de police en tutelle.

Alain Babineau

Les plaignants demandent à la ministre Guilbault d’intervenir en vertu de la Loi sur la police, qui permettrait à la ministre d’enquêter ou, si elle décidait de ne pas faire enquête, d'à tout le moins expliquer au groupe de citoyens les motifs qui la poussent à ne pas faire enquête.

La requête demande aussi la mise en tutelle du service de police et de sa directrice, puisqu’ils ne sont pas en mesure, selon les requérants, d’assurer la sécurité des gens.

Surprise du côté de la Ville

Ces allégations sont rejetées par Repentigny, qui dit avoir confiance en ses policiers.

Selon David Legault, directeur général de la Ville, la Municipalité est surprise, puisque ça ne représente pas la réalité qu’on vit sur le terrain.

Ça fait fi des éléments qu’on a faits au cours des dernières années, indique M. Legault. On a mis en place un cadre de référence et une gestion de la diversité qui avaient différents objectifs, qu’on a rencontrés au cours des derniers mois. C’est-à-dire bien connaître notre diversité sur notre territoire, s’assurer que ce soit clair, net et précis qu’à l’intérieur de la Ville de Repentigny, la discrimination, c’est tolérance zéro, et mettre en place des gestes de rapprochement.

Un homme devant un bâtiment.

David Legault, directeur général à la Ville de Repentigny

Photo : Radio-Canada

Les policiers ici sont des policiers citoyens, c’est-à-dire qu’ils habitent, pour la plupart, la communauté, qu’ils connaissent le secteur, qu’ils connaissent les gens. Ça fait en sorte que c’est une communauté qui se connaît et qui est tissée serré. Donc, oui, ça m’étonne qu’une tutelle soit demandée, ajoute Hélène Dion, directrice du service de police.

Celle-ci soutient que les plaignants ont même participé à certaines mesures proposées par la Ville pour rapprocher les communautés et le service de police, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un policier affecté aux communautés culturelles.

Une femme portant un uniforme de la police.

Hélène Dion, directrice du Service de police de Repentigny

Photo : Radio-Canada

Malheureusement, ce qu’on constate, c’est qu’il y a un groupe qui ne collabore pas avec nos stratégies de rapprochement.

Hélène Dion

Mme Dion a aussi voulu réitérer l’intérêt du service à travailler avec l’ensemble des communautés afin de ne pas rompre les liens qui ont été créés au fil des dernières années.

Avec des informations de Marc Verreault, Rémi Authier et Karine Bastien

Grand Montréal

Affaires municipales