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Des « erreurs » dans la vérification de l’eau potable à Lac-Mégantic

Une vue du centre-ville de Lac-Mégantic, durant le jour.

La Ville de Lac-Mégantic se dit « préoccupée » par les erreurs du laboratoire chargé de vérifier la qualité de l'eau potable.

Photo : Radio-Canada

Julie Marceau

Le laboratoire mandaté pour s'assurer de la qualité de l'eau potable à Lac-Mégantic a commis des erreurs que la Ville estime « préoccupantes », a appris Radio-Canada. La municipalité est aussi aux prises avec des retards provoqués par la vente du laboratoire en question.

Six ans après la tragédie qui a causé la mort de 47 personnes et entraîné un déversement de pétrole, la Ville de Lac-Mégantic assure que l'eau potable est de bonne qualité, mais se dit préoccupée par les erreurs du laboratoire appartenant au géant français Eurofins.

On a une préoccupation par rapport à ça. On vit actuellement avec un laboratoire qui vient de changer de propriétaire. Ils sont en train de revoir leurs processus. On vit vraiment des lenteurs. [...] On gère [cela] avec eux de façon à s'assurer qu'on ait les données dans des délais raisonnables, explique France Bergeron, qui est responsable des Services techniques à la Ville de Lac-Mégantic.

France Bergeron est photographiée devant un lac.

France Bergeron est notamment responsable de la qualité de l'eau.

Photo : Radio-Canada

Selon des documents obtenus par Radio-Canada, des tests effectués le 6 mai démontrent que du benzène, un composant d'hydrocarbures considéré comme cancérogène, selon Santé Canada, a été décelé à un taux plus de quatre fois supérieur à la norme québécoise.

Un mois plus tard, le laboratoire d'analyses Eurofins EnvironeX a finalement avisé la Ville et le ministère de l’Environnement que l’échantillon avait été « contaminé ».

Des analyses [...] contenant de fortes concentrations en benzène, juste avant l’analyse de notre échantillon d’eau potable, auraient produit des résultats erronés que le laboratoire nomme "l'effet mémoire d'un échantillon contaminé", indique la porte-parole de la Ville, Karine Dubé.

Alors que les certificats d’analyses datant du 6 mai obtenus par Radio-Canada font état d’une concentration de 2,2 microgrammes par litre et de 0,7 microgramme par litre, ceux envoyés en juin indiquent désormais que le résultat est « non disponible » en raison de la contamination de l’échantillon.

Le 11 juin, le ministère a reçu un nouveau certificat d’analyses préliminaires du laboratoire annonçant une erreur dans les données. [...] Cette erreur serait notamment due à une contamination de l’équipement du laboratoire par un précédent échantillon analysé et contenant une forte teneur en benzène, explique Daniel Messier, un porte-parole du ministère de l'Environnement.

La Ville se dit pour sa part « rassurée » par les tests subséquents réalisés les 21 et 22 mai 2019, et communiqués en juin. Ces résultats démontrent que la qualité de l’eau potable est « excellente », selon la Municipalité.

Eurofins EnvironeX pourrait revoir certaines procédures

Le géant français Eurofins, spécialisé dans les tests d'analyses pour l'industrie biopharmaceutique, l'environnement et l'agroalimentaire, a confirmé en octobre 2018 l'acquisition de l’entreprise canadienne EnvironeX. Ses laboratoires desservent plus de 700 municipalités du Québec. Le laboratoire qui a analysé l'échantillon contaminé de Lac-Mégantic se trouve à Longueuil.

Après plusieurs demandes d'entrevue, Radio-Canada a finalement pu joindre des représentants cette semaine.

L'entreprise assure que ce type de situation, soit des échantillons contenant de « faux » résultats en raison de traces de contamination dans la tubulure de l'équipement, ou encore sur la trappe de l'échantillonneur, fait l'objet d'une vérification rigoureuse.

Ces phénomènes, lorsqu'ils surviennent, sont surveillés par l'équipe de chimistes signataires, explique Philippe Blais, chimiste et directeur, développement technique chez Eurofins EnvironeX.

En ce qui concerne les retards de transmission d'informations, l'entreprise soutient qu'elle pourrait revoir certaines façons de faire.

Nous pourrions nous questionner à savoir s'il est peut-être moins dommageable d'annoncer rapidement un dépassement de norme qui s'avère être un faux positif, plutôt que de retenir un résultat en investigation, a ajouté monsieur Blais.

Il a été impossible de savoir d'où provient la source de la contamination au benzène ni combien d'échantillons sont ainsi « contaminés » chaque année.

Nous ne pouvons discuter spécifiquement des dossiers de nos clients par souci de confidentialité. Soyez assuré que nous traitons de manière diligente tout retour d’information de notre clientèle, s'est contentée de dire Mélanie Lessard, vice-présidente, opérations chez Eurofins EnvironeX.

Avis de non-consommation nécessaire?

Au total, il s’est écoulé un mois entre le moment où la Ville et les ministères de la Santé et de l’Environnement ont été informés du taux élevé de benzène, et la transmission d'informations sur les nouvelles analyses rassurantes.

L’administration municipale croit qu’un avis de non-consommation de l’eau durant cette période n’était pas nécessaire.

La population est fragilisée. Il faut s’assurer que, quand on sort publiquement, on sort pour les bonnes choses; et ça, ce sont des décisions qui sont prises avec la santé publique et le ministère de l’Environnement, et c’est ce qui a été fait, indique la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, devant un plan d'eau.

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, souligne que les décisions sur l'avis de non-consommation ont été prises en partenariat avec les ministères de la Santé et de l'Environnement.

Photo : Radio-Canada

Des experts joints par Radio-Canada jugent cependant qu’un tel avis aurait dû être envoyé par mesure de prévention.

La biologiste et écotoxicologue Marie-Ève Roy, de l'Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT), souligne que bien que les effets d’une exposition isolée au benzène soient négligeables pour la santé, une exposition chronique peut avoir des conséquences sérieuses.

Ce n’est pas prouvé à cette dose-là, mais à d’autres doses, c’est démontré que ça peut avoir des effets importants pour certaines personnes [...] c’est quelque chose qui peut aller dans l’ADN, donc pour le développement prénatal, les femmes enceintes, les bébés, les personnes âgées moins résistantes, explique-t-elle.

Portrait de Marie-Ève Roy

Marie-Ève Roy estime que les autorités auraient dû envoyer un avis de non-consommation de l'eau potable par mesure de prévention en attendant la suite des analyses.

Photo : Radio-Canada

La mairesse de Lac-Mégantic convient que l'affaire a traîné en longueur, mais elle pense que les autorités ont pris la bonne décision.

Les délais [d’analyses] sont relativement longs, [...] ça aurait pu être plus court. [...] Nos équipes continuent d’être vigilantes à ce niveau-là, mais c’est quand même un laboratoire qui est accrédité par le ministère de l’Environnement, alors je pense qu’il faut avoir confiance, rétablir le lien de communication et apprendre à travailler ensemble, affirme Julie Morin.

Le ministère de la Santé nous a renvoyés au ministère de l’Environnement dans ce dossier. Ce dernier est d'avis que toutes les procédures ont été suivies correctement et que les échantillons prélevés les 21 et 22 mai sont satisfaisants.

Environnement