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Relancer l'aéroport de Gatineau après 40 ans de service

Des avions à l'aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa.

La Ville de Gatineau investit un peu plus de 300 000$ dans l'aéroport chaque année, selon une entente de trois ans.

Photo : Radio-Canada / Nathalie Tremblay

Nathalie Tremblay

L'aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa (AEGO) souffle cette année ses 40 bougies. Si l'infrastructure municipale ne vole pas encore totalement de ses propres ailes, plusieurs projets pourraient lui permettre de se redresser.

Le président de la Corporation de l'aéroport, Gilles Lalonde, soutient que le plan de relance est sur la bonne voie.

C'est définitivement en croissance, soutient-il. Il faut le regarder comme si on était des promoteurs et qu'on est en train de construire un club de golf. On ne fera pas d'argent à vendre des parties de golf; on va faire de l'argent avec le développement qui va se faire autour du club de golf.

Ce n'est pas en vendant du gaz et en chargeant des frais aéroportuaires qu'on peut réussir à rentabiliser l'aéroport comme tel. L'avantage, c'est les revenus de taxes pour la Ville sur les terrains qui vont être développés aux alentours.

Gilles Lalonde

Lors de son dernier bilan à la Ville en juin 2018, la Corporation de l'aéroport avait annoncé qu'après plusieurs années de déficit, les installations aéroportuaires de Gatineau avaient réussi à dégager un surplus de 89 948 $ l'année précédente, en 2017.

Le bilan faisait aussi état d'une augmentation des mouvements aériens, dû principalement au marché des avions exécutifs, soit près de 60 mouvements, plaçant ainsi l'aéroport de Gatineau au deuxième rang dans sa catégorie au Québec.

La façade de l'aéroport exécutif Gatineau-Ottawa

L'aéroport exécutif Gatineau-Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

La Ville de Gatineau investit un peu plus de 300 000 $ dans l'aéroport chaque année, selon une entente de trois ans. Celle-ci ne comprend pas les sommes accordées pour le prolongement des services municipaux au nord de l'AEGO pour y construire de nouveaux hangars.

Pour une ville, avoir un aéroport qui est régional avec tous les services qu'on peut offrir, c'est intéressant, soutient le conseiller Jean Lessard, aussi membre du conseil d'administration de l'AEGO.

C'est du développement économique. Il y a des emplois directs et indirects qui sont liés à un aéroport, ajoute-t-il. On a dû faire des ajustements. Il faut travailler dans ce sens- là pour l'avenir.

40 ans de hauts et de bas

L'aéroport de Gatineau a ouvert ses portes en juin 1979. Propriété de la défunte Société d'aménagement de l'Outaouais (SAO), il permet alors de regrouper plusieurs petits aéroports de la région.

C'était excitant, parce qu'avant, tout ce qu'il y avait, c'était de petits aéroports régionaux, comme Saint-André-Avellin, Limbour, se rappelle Gilles Lalonde, un des premiers pilotes à atterrir sur la piste.

Quand la piste a été ouverte officiellement, on a pris les avions de l'école de pilotage de Limbour et on les a amenés ici, ajoute-t-il. Dans le temps, c'était juste la moitié de la piste [actuelle] : 3000 pieds en gravel et il n'y avait pas de bâtisse, juste une remorque [...] temporaire, qui était là comme terminal. La personne qui parlait à la radio était là-dedans.

Plusieurs compagnies aériennes offrant des liaisons entre Gatineau et Québec ou d'autres régions de la province se sont succédé au fil des ans, mais sans jamais permettre à l'aéroport d'atteindre un niveau de rentabilité.

Les compagnies aériennes à l'aéroport de Gatineau.

Plusieurs compagnies aériennes offrant des liaisons entre Gatineau et Québec ou d'autres régions de la province se sont succédé au fil des ans, mais sans jamais permettre à l'aéroport d'atteindre un niveau de rentabilité.

Photo : Radio-Canada

Un nouveau nom pour un nouveau départ

En 1991, à la suite du démantèlement de la SAO, l'aéroport est cédé à l'ancienne Ville de Gatineau pour la somme de 1 $. Le conseil municipal de l'époque, qui souhaite conserver cet outil de développement économique, rebaptise alors l'infrastructure.

Le nouveau nom « Gatineau-Ottawa » permettait d'ajouter l'aéroport régional aux cartes aériennes, donnant ainsi un nouveau choix aux pilotes qui souhaitaient se rendre dans région, avec des installations plus facilement accessibles.

Malgré tous les efforts, la rentabilité de l'aéroport demeure incertaine. Le conseil municipal, sous l'administration du maire Guy Lacroix, envisage même de s'en départir quelques années plus tard.

En 2001, à la suite de la fusion municipale, le nouveau conseil du grand Gatineau décide de maintenir l'infrastructure. Une corporation est alors mise sur pied et propose un nouveau plan de relance.

Le grand défi était de revamper les infrastructures qui commençaient à être un peu vieillottes et de créer un engouement pour cet aéroport qu'on avait, avec le fil du temps, peut-être délaissé, peut-être par manque d'investissements, se rappelle l'ex-conseillère Louise Poirier qui était présidente de la corporation.

On se retrouvait avec des clôtures à revamper, une piste à refaire, une toiture qui laissait aller, un réservoir d'essence qu'il fallait changer et des instruments de guidage pour les pilotes qu'il fallait installer, pour avoir droit à l'argent du fédéral et du provincial.

Louise Poirier, ex-conseillère et présidente de la corporation pour relancer l'aéroport de Gatineau

Le conseil municipal de l'époque a jugé qu'il valait la peine d'investir, ajoute Mme Poirier.

La corporation obtient ensuite une subvention du gouvernement fédéral afin de refaire la piste d'atterrissage ㅡ la faisant passer de 1000 à 2000 mètres ㅡ lui permettant d'accueillir des Boeing 737. L'aéroport passe ainsi dans la catégorie des aéroports régionaux.

Pour générer un nouvel achalandage, la corporation lance sa propre ligne aérienne, Air Expresso, qui fait la liaison entre Gatineau et Québec.

Il y a encore une desserte vers Québec quotidiennement. Ça veut dire que la décision prise était la bonne, souligne Louise Poirier. On est passés au fil du temps d'un aéronef qui prenait 9 passagers, à du 12 ou du 17 passagers. [... ] Il y a un besoin qui est là.

À l'époque, ça a été très populaire parce qu'il y avait beaucoup de fonctionnaires qui voyageaient entre Ottawa et Québec et qui avaient besoin d'un coût raisonnable et quotidien, au lieu d'aller à Ottawa, ajoute-t-elle.

Des avions dans l'aéroport de Gatineau-Ottawa.

Le président de la Corporation de l'aéroport, Gilles Lalonde, soutient que le plan de relance est sur la bonne voie.

Photo : Radio-Canada

La formation, la clé de l'avenir pour l'aéroport

Depuis deux ans, la compagnie Air Liaison offre la liaison Gatineau-Québec à l'aéroport régional.

Avec les quatre écoles de pilotage, le musée Les Ailes d'époque du Canada, voisin de l'aéroport, et de nouveaux hangars sur le point d'être construits, l'avenir semble se dessiner sous des jours meilleurs.

La corporation est aussi en discussion pour la création d'un centre d'entraînement des pilotes de niveau international.

On parle de pilotes avec l'endossement multimoteurs aux instruments, avec possiblement jusqu'à 250 heures de vols, ce qui les rend prêts à être acceptés par les lignes aériennes pour les plus gros avions, explique Gilles Lalonde.

Il va manquer de pilotes d'une façon drastique dans les prochaines années. Former des pilotes en Europe, c'est très dispendieux comparativement à ici. On a des ententes où les licences acquises ici vont être respectées en Europe. C'est un attrait à cause de ça. En travaillant le moindrement fort pour le faire arriver, j'ai l'impression que l'aéroport va vraiment prendre ce rôle-là de centre de formation.

La corporation dit être en discussion avec d'autres écoles de pilotage du Québec pour qu'elles s'installent à Gatineau. Aucune annonce n'est prévue pour le moment.

Même sans centre de formation, le conseiller Jean-François LeBlanc, aussi président de la Commission de développement économique de la Ville de Gatineau, est convaincu que les investissements dans cette infrastructure vieille de quatre décennies en vaut la peine.

Il y a beaucoup de villes qui sont jalouses de notre aéroport. On a une très longue piste, on a des installations intéressantes. On a de quoi être fiers de cet aéroport. Si on ne l'avait pas, on le voudrait. Là, on l'a, il faut s'en occuper, souligne l'élu, qui siège à la Corporation de l'aéroport exécutif Gatineau-Ottawa.

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