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Licenciements chez Bombardier : guerre de mots entre Ottawa et l'Ontario

Bombardier a confirmé, mercredi, le congédiement de 550 des 1100 employés de son usine à Thunder Bay, dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Radio-Canada

Bombardier a confirmé, mercredi, le congédiement de 550 des 1100 employés de son usine de Thunder Bay, dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Les licenciements entreront en vigueur dès le 4 novembre 2019.

Cette décision s’explique par la nature cyclique de notre industrie et la diminution des activités de fabrication de nos deux programmes principaux, explique la société dans un communiqué de presse. Les programmes de fabrication des voitures à deux niveaux BiLevel de Metrolinx et des tramways de la Commission des transports de Toronto (CTT) sont synchronisés et se termineront tous les deux à quelques semaines d’intervalle et sans aucune autre commande à venir.

Il y a dix ans, Bombardier avait signé une entente de 1,2 milliard avec la CTT.

Le contrat avec Metrolinx totalise 428 millions de dollars et date de 2016.

La société affirme aussi vivre des difficultés en raison de récentes décisions du gouvernement américain.

Maison des employés à l'entrée de l'entreprise avec une affiche indiquant « Bienvenue chez Bombardier à Thunder Bay ».

Les licenciements entreront en vigueur dès le 4 novembre 2019.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Le Buy American Act, qui régit le seuil minimal de contenu fabriqué aux États-Unis, passera de 65 % à 70 %.

Une entreprise comme Bombardier n’a pas d’autre choix que d’avoir une empreinte manufacturière et une chaîne d’approvisionnement américaines. Par conséquent, nous ne pouvons tirer pleinement profit de notre empreinte manufacturière et de notre expertise canadiennes.

Des employés réagissent

Les employés ont appris officiellement qu’il allait y avoir des pertes d'emplois lors d’une réunion avec les dirigeants de l’usine, mercredi matin.

C'est décevant de voir que des gens qui travaillent fort et qui font bien les choses vont être licenciés, affirme Keith Monty, qui travaille à l’usine depuis neuf ans.

Nous avons tous travaillé si dur pour arriver là où nous en sommes.

Un jeune homme avec une casquette.

Keith Monty se dit déçu de l’annonce d’aujourd’hui.

Photo :  CBC

Andy Wilson, qui travaille pour Bombardier depuis 12 ans, demeure toutefois positif.

Il dit que la société travaille fort à trouver de nouveaux contrats.

Si les gens sont prêts à déménager, [Bombardier] les aidera à être affectés à une autre usine où il y a du travail. Ils essaient vraiment de nous aider.

C'est la loi de notre métier : le festin ou la famine.

Andy Wilson
Un homme en t-shirt portant des lunettes sur sa casquette.

En douze ans de service, ce n’est pas la première fois qu’Andy Wilson voit des licenciements majeurs à l’usine de Thunder Bay.

Photo :  CBC

David Van der Wee, chef de l’exploitation de Bombardier pour les Amériques, s’est rendu à Thunder Bay pour annoncer la nouvelle.

Il dit tenter de trouver une solution qui permettrait de réembaucher les travailleurs.

Moi, je suis ici pour mes employés, affirme-t-il. Ce que je vois, dans toutes les discussions directes avec les différentes personnes, dans ce pouvoir décisionnel, c’est que tout le monde est engagé. Tout le monde veut trouver une solution.

Le gouvernement fédéral blâme la province

La ministre fédérale Patty Hajdu montre du doigt le gouvernement Ford.

Il n’y a que quelques mois, Doug Ford a dit au président du syndicat qu’un nouveau contrat arrivait. Mais où est Doug Ford maintenant?, a demandé la députée de Thunder Bay–Supérieur-Nord et ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail à Ottawa.

La ministre de l'Emploi du Canada, Patty Hajdu.

Patty Hajdu, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail et députée de Thunder Bay–Supérieur-Nord

Photo : Radio-Canada / Fernand Detilleux

Mme Hajdu accuse ainsi le gouvernement provincial d’avoir laissé des investissements importants arriver à échéance et d’avoir mis un an à offrir des programmes de financement qui auraient pu aider les travailleurs de Bombardier.

Au lieu de travailler de concert avec le fédéral pour sauver des emplois, le gouvernement Ford a décidé de jouer à des jeux partisans avec le gagne-pain des employés.

Patty Hajdu, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail et députée de Thunder Bay–Supérieur-Nord

Elle soutient que la province aurait pu en faire plus pour protéger ces emplois.

L’Ontario riposte

Le ministre ontarien du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, Vic Fedeli, retourne les accusations de partisanerie contre le gouvernement fédéral.

Un homme avec une cravate jaune.

Vic Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce

Photo : Radio-Canada

Alors que l’Ontario rencontrait Bombardier et Unifor, et leur offrait un contrat de 100 millions de dollars pour des véhicules […], où était la ministre Hajdu?, demande M. Fedeli, en empruntant la formule de la ministre.

Elle a disparu, ne s’est pas engagée aux côtés de ses homologues provinciaux et a préféré blâmer tout le monde sauf elle-même et le gouvernement fédéral.

Vic Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce

Le premier ministre ontarien abonde dans le même sens.

Les deux conservateurs invitent le gouvernement fédéral à financer sa part du plan ontarien de 28,5 milliards de dollars pour l'expansion du transport en commun.

Quant à la province, elle s’est engagée à investir 11,2 milliards dans le cadre de ce plan.

Selon ce que le président de Bombardier m’a dit, il pourra réembaucher des gens si le gouvernement fédéral signe l’entente, a déclaré Doug Ford.

Mais les gens veulent des certitudes. Le gouvernement fédéral ne nous donne pas de certitude en ce moment. Nous [l’Ontario] avons donné une certitude. Nous avons signé le chèque.

Photo d'un tramway rouge et blanc dans la rue.

Bombardier terminera la production de 204 tramways pour la Commission des transports de Toronto d'ici la fin 2019.

Photo : Radio-Canada / Michel Bolduc

Mme Hajdu soutient toutefois que le fédéral s’est déjà engagé à soutenir ce plan d’infrastructure.

C’est frustrant d’entendre le premier ministre de l’Ontario induire en erreur les Ontariens, rétorque-t-elle. Il y a deux mois, le ministre [fédéral] de l’Infrastructure a écrit au premier ministre ontarien et à son homologue provincial pour leur dire que l’argent est là. L’accord signé avec l’Ontario est là. Nous avons juste besoin du plan.

Il est ironique que ce gouvernement dise qu’il est pour les gens alors qu’en fait, son inaction, son jeu politique avec l’argent qui est sur la table mène à des pertes concrètes dans la vie des gens.

Patty Hajdu, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail et députée de Thunder Bay–Supérieur-Nord

Le syndicat demande aux gouvernements de collaborer

Le président du syndicat local, Dominic Pasqualino, espère toutefois que les deux gouvernements laisseront leurs différends de côté pour venir en aide aux employés de Bombardier.

Nous avons besoin que des contrats soient signés rapidement, alors nous avons besoin que tous les paliers de gouvernement se parlent et nous aident, affirme-t-il.

J'espère que nous pourrons faire la paix entre le gouvernement libéral fédéral et le gouvernement conservateur provincial.

Dominic Pasqualino, président de la section locale 1075 d'Unifor
Un homme en veste et cravate noires, et en chemise rouge foncé.

Dominic Pasqualino est président de la section locale 1075 d'Unifor, qui représente les travailleurs de l'usine de Bombardier de Thunder Bay.

Photo : CBC/Nicole Ireland

M. Pasqualino souligne toutefois que le remaniement ministériel a compliqué cette collaboration.

Je sais que le gouvernement fédéral a envoyé une lettre au gouvernement provincial. Malheureusement, il y a eu un grand bouleversement, de sorte que cette lettre doit être envoyée encore une fois à la nouvelle ministre des Transports.

Un économiste blâme Bombardier

Un professeur d'analyse financière de l’Université de Toronto, Ramy Elitzur, met en cause Bombardier, soulignant des difficultés de longue date au sein de l’entreprise.

Le problème, c’est qu’ils essaient de faire croire que la raison pour laquelle ils perdent des marchés, des revenus et des profits, c’est que les États-Unis sont devenus plus protectionnistes depuis l’arrivée de Trump. En réalité, ils perdaient de l'argent bien avant le régime protectionniste actuel, dit-il.

Cela n'a rien à voir avec le protectionnisme des États-Unis.

Ramy Elitzur, professeur d'analyse financière de l’Université de Toronto

Selon M. Elitzur, Bombardier veut faire pression sur les gouvernements pour obtenir de nouveaux contrats.

C’est un coup de force pour tenter de faire pression sur les politiciens pour qu'ils interviennent et tentent de leur donner de nouveaux contrats.

L’une des raisons de leurs inquiétudes est que les contrats entre les gouvernements et la division des transports ont pris fin, et qu’il n’y a pas eu de nouvelles commandes, rapporte-t-il.

Le professeur d’analyse financière critique par ailleurs la stratégie du constructeur.

Ils n’innovent pas depuis très longtemps.

Ramy Elitzur, professeur d'analyse financière de l’Université de Toronto

Nous avons ici une entreprise qui n’a pas été vraiment efficace et productive. [...] La plupart du temps, ils vendent en Amérique du Nord. Ils devraient vendre sur d’autres marchés, estime-t-il.

Entrevue avec le professeur Yan Cimon à l'émission RDI Économie

Nord de l'Ontario

Emploi