•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'ambassadeur britannique aux États-Unis démissionne après la controverse avec Trump

Kim Darroch, prononçant une allocution lors d'une réception à l'ambassade britannique à Washington, le 18 janvier 2017.

Photo : Getty Images / Paul Morigi

Radio-Canada

L'ambassadeur britannique aux États-Unis Kim Darroch a annoncé sa démission mercredi, trois jours après que le journal britannique Mail on Sunday eut dévoilé certaines de ses notes diplomatiques, qui ont déclenché la fureur du président américain Donald Trump.

Depuis la fuite [...] il y a eu beaucoup de spéculations sur mon poste et la durée de mon mandat d'ambassadeur, écrit-il dans une lettre envoyée au chef des services diplomatiques britanniques, Simon McDonald. Je veux mettre fin à ces spéculations.

La situation actuelle m'empêche de remplir mon rôle comme je le souhaiterais. Bien que mon mandat ne se termine pas avant la fin de cette année, je crois, dans ces circonstances, que la voie responsable à suivre est de permettre la nomination d'un nouvel ambassadeur.

Kim Darroch, ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis

M. McDonald dit accepter cette démission avec un profond regret, en soulignant que l'ambassadeur Darroch s'est conduit avec dignité, professionnalisme et classe au cours de cette tempête, comme il l'a fait tout au long de sa carrière.

La première ministre, le ministre des Affaires étrangères et tout le service public sont avec vous. Vous avez été la cible d'une fuite malveillante; vous ne faisiez que votre travail.

Simon McDonald, chef des services diplomatiques britanniques

Je comprends que vous souhaitez alléger la pression sur votre famille et vos collègues de l'ambassade; j'admire le fait que vous pensiez plus aux autres qu'à vous-mêmes, ajoute M. McDonald.

Comparaissant peu après devant un comité parlementaire, le chef des services diplomatiques britanniques a dit n'avoir aucune preuve que la fuite à l'origine de l'affaire résultait d'une opération de cyberpiratage, sans toutefois l'exclure.

Il a d'ailleurs indiqué que le ministère des Affaires étrangères se prépare à d'autres fuites, pendant qu'une enquête cherche à déterminer qui en est l'auteur. Cette affaire soumet la diplomatie britannique à une pression sans précédent.

La colère de Trump

La démission de l'ambassadeur Darroch survient après que le journal britannique Mail on Sunday eut publié des notes de service confidentielles dans lesquelles il faisait une évaluation très sévère de Donald Trump et de son administration.

Il y indiquait notamment que le président américain était instable et incompétent, et qu'il ne croyait pas que son administration allait devenir plus normale, moins dysfonctionnelle, moins imprévisible, moins divisée, moins maladroite et moins inepte diplomatiquement.

Donald Trump n'avait pas tardé à s'emporter, en déclarant dès lundi sur Twitter que son administration n'aurait « plus de contact » avec l'ambassadeur du Royaume-Uni, l'un des plus importants alliés traditionnels des États-Unis.

L'ambassadeur farfelu que le Royaume-Uni a imposé aux États-Unis n'est pas une personne dont nous sommes satisfaits, c’est un type stupide, a-t-il renchéri le lendemain, décrivant Kim Darroch comme un « idiot pompeux ».

Simon McDonald a soutenu pour sa part qu'il était sans précédent qu'un chef d'État refuse de traiter avec un ambassadeur britannique. Même les pays qui sont hostiles au Royaume-Uni le font, a-t-il dit.

Le chef des services diplomatiques britanniques n'en a pas moins réitéré la force des liens unissant Londres à Washington, en soulignant que les deux pays n'ont pas eu de litige sérieux depuis 1856.

Un porte-parole de la première ministre britannique Theresa May a précisé que la démission de M. Darroch prendra effet lorsqu'un successeur aura été désigné. Il est toutefois incertain que ce dernier sera nommé par Mme May, car cette dernière doit quitter son poste dans quelques jours.

Une affaire qui rebondit dans la course au leadership

La démission de l'ambassadeur Darroch rebondit maintenant dans la course à la succession de Mme May, qui oppose l'actuel ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, à son prédécesseur dans cette fonction, Boris Johnson.

La salve est venue du ministre d'État britannique pour l'Europe et les Amériques, Alan Duncan, qui a travaillé pour les deux ministres conservateurs depuis le début de son mandat, en juillet 2016.

Il s'en est pris à Boris Johnson, qui a refusé d'appuyer l'ambassadeur Darroch mardi soir, lors du débat l'opposant à M. Hunt. Ce dernier affirmait que M. Darroch devrait conserver son poste.

Il a carrément sacrifié ce fantastique diplomate pour servir ses intérêts personnels. Son indifférence pour Sir Kim Darroch et son refus de l'appuyer ont été [...] plutôt méprisables, et n'étaient pas dans l'intérêt du pays qu'il tente de diriger.

Alan Duncan, ministre d'État britannique, au sujet de Boris Johnson
Boris Johnson et Jeremy Hunt, sur un plateau de télévision.

Boris Johnson (à gauche) et Jeremy Hunt se sont affrontés mardi soir lors du seul débat télévisé de la course au leadership du Parti conservateur. Le vainqueur du duel deviendra automatiquement premier ministre.

Photo : Getty Images / Matt Frost/ITV

Lors d'un discours électoral mercredi, M. Johnson a affirmé que Kim Darroch était un diplomate exceptionnel, avant d'ajouter que quiconque était à l'origine de la fuite avait causé un tort sérieux à la fonction publique britannique.

Sur Twitter, M. Hunt s'est dit profondément attristé de la tournure des événements. Défendre le Royaume-Uni, c'est défendre l'un des meilleurs diplomates au monde. Nous n'aurions jamais dû en arriver là.

Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, s'est aussi lancé dans la mêlée, en disant qu'il serait troublant que le refus de Boris Johnson d'appuyer M. Darroch soit responsable de la démission du diplomate.

Si c'est le cas, je crois qu'il est clair que M. Johnson se comporte en fait comme un "pantin" [patsy] de Donald Trump, et il fait clairement cela parce qu'il compte conclure une entente commerciale [avec les États-Unis] et il s'endette auprès de Donald Trump, a commenté son porte-parole.

Avec les informations de Reuters

Relations internationales

International