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L'Iran enrichit de l'uranium à un niveau interdit par l'accord sur le nucléaire

Un Iranien consulte son téléphone cellulaire en marchant devant une murale antiaméricaine à Téhéran.

Photo : Reuters / Nazanin Tabatabaee/Wana News Agency

Radio-Canada

L’Iran produit désormais de l’uranium enrichi à au moins 4,5 %, a annoncé lundi le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, ce qui dépasse le niveau de 3,67 % autorisé par l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Ce développement confirme que l’accord, menacé depuis que les États-Unis s’en sont retirés l’an dernier, risque de s’effondrer complètement, malgré la volonté des autres signataires (France, Royaume-Uni, Allemagne, Chine, Russie) de le préserver.

« Ce matin, lundi, le degré de pureté de l'uranium (enrichi) produit a atteint 4,5 % », a écrit l'agence semi-officielle ISNA en citant M. Kamalvandi. « Ce degré de pureté est parfaitement suffisant pour les besoins du pays en combustible pour une centrale nucléaire. »

Selon Ali Akbar Vélayati, conseiller du guide suprême iranien, les besoins du pays pour ses activités [nucléaires] pacifiques, à savoir l'alimentation en combustible de sa seule centrale électrique atomique, correspondent à de l'uranium enrichi à 5 %.

Le niveau d'enrichissement d'uranium déclaré lundi par l'Iran reste loin des 90 % nécessaires pour envisager la fabrication d'une bombe atomique.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements, n'a pas tardé à confirmer l'information. « Les inspecteurs de l'Agence ont vérifié le 8 juillet que l'Iran enrichit de l'uranium au-delà de 3,67 % », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Il s'agit du deuxième geste non conforme à l’accord posé par l’Iran. La semaine dernière, la République islamique a annoncé qu’elle stockait désormais plus de 300 kilos d'uranium faiblement enrichi, la limite fixée par l'accord.

« Nous exhortons fortement l'Iran à cesser ses activités qui sont contraires aux engagements pris dans le cadre de l’accord », a commenté la porte-parole de la diplomatie européenne, Maja Kocijancic.

Depuis que l’accord a été conclu, en 2015, l’AIEA a confirmé tous les trois mois que l’Iran respectait ses engagements, y compris après que le président américain Donald Trump eut décidé de se retirer de l'accord et d’imposer de sévères sanctions économiques à la République islamique.

L'annonce de lundi n'est pas une surprise, puisque le président Hassan Rohani avait annoncé le 8 mai, un an jour pour jour après la confirmation du retrait américain, que l'Iran allait commencer à s'affranchir de certains de ses engagements.

L'ultimatum de 60 jours qu'il avait lancé à cette occasion pour forcer les parties restantes dans l'accord de l'aider à contourner les sanctions américaines est venu à échéance lundi.

Un nouvel ultimatum de 60 jours

M. Kamalvandi a par ailleurs indiqué que l'Iran envisage désormais d'enrichir son uranium à 20 % et de redémarrer des centrifugeuses qui ont été désactivées après la signature de l'accord de Vienne.

Il s'agit là de nouvelles mesures qui pourraient être mises en œuvre d'ici 60 jours advenant que les autres signataires de l'accord ne parviennent pas à répondre à ses doléances, a-t-il dit.

Il y a la possibilité des 20 % et même d'aller plus loin, mais chaque chose en son temps [...]. Rien de ce que nous faisons n'a pour but d'effrayer une partie ou une autre [...], mais ils savent que nous sommes sur la pente ascendante.

Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique

De l'uranium enrichi à 20 % permettrait théoriquement à l'Iran d'alimenter un réacteur de recherche, mais pas de construire une bombe atomique, une perspective que Washington et Israël veulent éviter à tout prix.

Il s'agirait toutefois d'une étape cruciale lui permettant de viser le seuil de 90 % nécessaire à cette fin. Qui plus est, le niveau de 20 % est celui qu'avait atteint l'Iran avant de conclure l'accord sur le nucléaire.

Si les signataires de l'accord, particulièrement les Européens, échouent à remplir leurs obligations de façon sérieuse, la troisième étape sera plus forte, plus décisive et un peu surprenante.

Abbas Mousavi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères

M. Moussavi a également mis en garde les Européens contre toute escalade dans leur réaction aux mesures prises par l'Iran pour réduire ses engagements en matière nucléaire.

« Si certaines parties à l'accord devaient se comporter de manière étrange et inattendue, alors nous sauterions toutes les étapes suivantes [du plan de réduction des engagements annoncé en mai] et nous mettrions en œuvre la dernière », a-t-il déclaré en conférence de presse.

Trois pays faisant encore partie de l'accord ont fermement réagi après que l'Iran eut annoncé, dimanche, qu'il allait enrichir de l'uranium à plus de 3,67 %. Londres et Berlin ont appelé Téhéran à revenir sur sa décision, tandis que Paris a fait part de sa « grande inquiétude », demandant à l'Iran de cesser toute activité non conforme à l'accord.

En réponse à la question d'un journaliste lui demandant si une sortie de l'accord de Vienne et du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) était sur la table, M. Moussavi a répété : Toutes les options, y compris celle-ci, sont possibles à l'avenir, mais aucune décision n'a été prise.

Entretien entre Trump et Macron

Dans la foulée de l’annonce iranienne, le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron se sont entretenus lundi par téléphone au sujet du programme nucléaire iranien, a annoncé la Maison-Blanche.

Ils « ont discuté des efforts en cours pour s'assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire et pour mettre fin au comportement déstabilisateur de l'Iran au Moyen-Orient », selon un communiqué.

La France, un des pays signataires de l’accord, craint que l'Iran sorte à son tour de l'accord de 2015, ce qui mettra un terme au suivi des activités d’enrichissement par la communauté internationale.

Par ailleurs, le conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne, sera à Téhéran mardi et mercredi pour tenter de contribuer à une « désescalade » en pleine crise sur la question du nucléaire, selon l'Élysée.

Pour la France, l'urgence est « vraiment la désescalade dans un contexte qui est très difficile, parce qu'il y a un intérêt de part et d'autre à faire monter la pression », a déclaré une source de l'Élysée à Reuters.

L'objectif du déplacement de M. Bonne à Téhéran est « d'assembler les éléments d'une désescalade avec des gestes qui doivent être faits immédiatement, avant le 15 juillet, comme Emmanuel Macron l'a indiqué hier [dimanche] ».

M. Bonne s’était déjà rendu à Téhéran à la mi-juin.

Pékin et Moscou blâment Washington

Par ailleurs, la Chine a dénoncé lundi les brimades des États-Unis comme étant la cause de l'actuelle crise avec l'Iran.

La pression maximale des États-Unis sur l'Iran est la source de la crise nucléaire iranienne, a affirmé lors d'un point presse Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Les faits démontrent que les brimades unilatérales deviennent chaque jour comme une tumeur qui s'aggrave, qui génère à l'échelle mondiale des problèmes encore plus nombreux et des crises encore plus importantes.

Geng Shuanq, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

Pour sa part, le Kremlin s'est dit lundi inquiet de la décision de Téhéran de commencer à enrichir de l'uranium à un niveau prohibé par l'accord international sur son programme nucléaire, appelant néanmoins à poursuivre le dialogue avec la République islamique.

La Russie entend avant tout poursuivre le dialogue et les efforts sur le front diplomatique, a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, accusant les États-Unis d'être responsables des tensions actuelles.

« La Russie et le président Vladimir Poutine avaient averti des conséquences qui viendraient inévitablement si l'un des États faisant partie de l'accord venait à mettre fin à ses obligations en se retirant. Nous constatons aujourd'hui avec regret ces conséquences », a poursuivi M. Peskov.

Mike Pence réaffirme la position de son président

Le vice-président américain Mike Pence a pour sa part réaffirmé lundi la politique de la présidence à l'égard de l'Iran en déclarant que les mesures prises par les États-Unis avaient réussi à "couper court" à la capacité de l'Iran à soutenir le terrorisme au Moyen-Orient.

L'Iran doit choisir entre s'occuper de son peuple et continuer de financer ses mandataires qui répandent la violence et le terrorisme dans l'ensemble de la région et soufflent une haine meurtrière contre Israël.

Faisant allusion aux représailles américaines envisagées puis annulées par le président Trump après la destruction, à la fin de juin, d'un drone de la marine américaine près du détroit d'Ormuz, le vice-président a eu ces mots :

Que ce soit clair : l'Iran ne doit pas confondre la retenue américaine avec un manque de détermination [...]. Les États-Unis d'Amérique et notre armée sont prêts à protéger nos intérêts.

Mike Pence, vice-président des États-Unis
Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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