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Vol d'identité : près de 15 ans à devoir prouver qui elle est

Marie-Ève Aubry a réalisé en 2006 qu'elle s'est fait usurper son identité.

Photo : Radio-Canada

Jacaudrey Charbonneau

Se remettre d'un vol d'identité peut prendre des années. Il faut affronter une panoplie d'embûches, encaisser de durs coups et faire face à de mauvaises surprises. Mais la guerre ne semble jamais vouloir se terminer.

Les données personnelles sont précieuses. Parlez-en à Marie-Ève Aubry qui a été victime d'un vol d'identité et qui vit encore avec les conséquences, près de 15 ans plus tard. Un cas parmi d'autres qui met en lumière les limites de la lutte contre ce genre de fraude.

En 2006, Marie-Ève Aubry tente de contracter une assurance pour sa voiture. Or, elle se fait répondre qu'elle en possède déjà une et qu'elle a même fait une réclamation.

Elle réalise alors qu'elle s'est fait usurper son identité après s'être fait voler son numéro d'assurance sociale des années auparavant. Commence alors un cauchemar interminable.

« J'ai fait le saut. C'est là que je me suis rendu compte que mon permis de conduire avait été usurpé, vraiment à plein d'endroits », se souvient-elle.

Depuis, elle ne compte plus les problèmes qu’elle a rencontrés : des centaines de dollars en contraventions pour des infractions au Code de la sécurité routière, l'interruption de ses prestations familiales et même un mandat d'arrestation à son endroit.

Je me disais : je peux me faire arrêter n'importe quand, ça n'a aucun bon sens!

Marie-Ève Aubry, victime de vol d'identité

Aujourd'hui, elle se promène toujours avec un relevé de ses empreintes digitales sur elle. Elle n'a pas le choix d'être vigilante, assure-t-elle.

« C'est vraiment débilitant parce qu'à un moment donné, on ne sait plus vers où et qui se tourner, par quel bout le prendre. On entre dans la bureaucratie. C'est les 12 travaux d'Astérix », admet-elle.

Elle mène depuis près de 15 ans un combat juridique et administratif pour prouver qui est « la vraie Marie-Ève Aubry ». Encore la semaine dernière, elle dit avoir reçu un appel d'un cabinet d'avocats à propos d’une carte de crédit qu'elle n'a jamais détenue.

Un cas parmi tant d'autres

Le président du Bureau canadien du crédit Sylvain Paquette assis derrière un bureau d'ordinateur.

Le président du Bureau canadien du crédit Sylvain Paquette a lui aussi été victime d'un vol d'identité en 2006.

Photo : Radio-Canada

Des histoires d'horreur de la sorte, le président du Bureau canadien du crédit Sylvain Paquette en voit chaque jour.

« Ce n'est pas rare un cas comme ça. Moi-même j'ai été victime d'un vol d'identité en 2006. Ça m'a pris trois ans, malgré l'expérience que j'avais, pour réhabiliter mon crédit. Pour le simple citoyen, ça peut prendre 10 ans, 15 ans. Ce n'est pas évident, surtout si les fraudeurs s'échangent les données personnelles sur des forums de fraude entre eux », explique-t-il.

Le phénomène serait en pleine expansion, selon l'analyste en fraude. Il rapporte que la Sûreté du Québec aurait constaté une augmentation d'environ 80 % du nombre de fraudes depuis 2013.

Les stratagèmes des fraudeurs sont multiples, les techniques se raffinent et les outils aussi.

Sylvain Paquette a démontré à Radio-Canada comment les malfaiteurs s’y prennent pour arnaquer les gens. Il a utilisé une application mobile pour faire un appel qui permet de masquer son numéro de téléphone et d'afficher celui de la banque de son choix.

« Les fraudeurs vont vous appeler avec le numéro d'une institution financière. Si vous regardez sur votre afficheur, vous allez voir un numéro qui va apparaître. Si vous rappelez, vous allez tomber sur quelqu'un qui représente vraiment l'institution financière en question. C'est donc une façon pour les fraudeurs de recueillir vos données personnelles », indique-t-il.

Changer de numéro d'assurance sociale

Une personne travaille à l'ordinateur.

Les vols d'identité seraient en forte hausse au Québec.

Photo : Radio-Canada

Si les fraudeurs cherchent absolument à mettre la main sur le numéro d'assurance sociale, c'est qu'il est la clé dans le cas d’un vol d'identité.

Pour Sylvain Paquette, une partie du problème réside dans le fait que les gens ne protègent pas suffisamment leurs données personnelles.

De son côté, Marie-Ève Aubry tente toujours de faire changer ce précieux numéro, mais le processus est très complexe, notamment parce que le fardeau de la preuve incombe aux victimes.

« C'est interminable prouver que tu as été victime d'un vol d'identité auprès des institutions [...] Tant que je n'ai pas un nouveau numéro d'assurance sociale, mon crédit est nul », affirme-t-elle.

Elle exhorte les hauts dirigeants à se pencher sur ce dossier problématique et surtout à s'attaquer au manque de ressources pour les victimes de vol d'identité.

« J'aimerais bien rencontrer la ministre de la Justice pour lui dire : "Écoutez, je ne suis pas seule. Qu'est-ce qui va arriver? Qu'est-ce qui va être fait" », déclare-t-elle.

Le président du Bureau canadien du crédit croit également qu'une réforme législative s'impose pour punir davantage les fraudeurs.

Il estime que seulement une victime sur 20 en matière de vol d'identité porterait plainte, ce qui signifie que les escrocs ont amplement le temps de faire de nombreuses victimes et beaucoup d'argent.

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