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Handicap et inclusion scolaire : et si le Québec s'inspirait d'autres provinces?

Il y a quatre conseils scolaires francophones en Alberta.

Photo : Radio-Canada

Miriane Demers-Lemay

Le Québec accuse un retard d’une trentaine d’années par rapport à d’autres provinces canadiennes concernant l’inclusion scolaire des élèves ayant une déficience intellectuelle, un retard d’apprentissage ou un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. C’est ce qu’estime un chercheur de l’UQAR, qui croit que ce manque d’inclusion se transmet ensuite au marché du travail.

Le Nouveau-Brunswick et le Manitoba : ces deux provinces ont adopté des méthodes dont le Québec pourrait s’inspirer pour améliorer l’inclusion des personnes vivant avec un handicap dans les écoles, selon le professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski, Sylvain Letscher.

Les deux provinces canadiennes ont un système scolaire où les enfants ayant des difficultés scolaires sont placés dans des classes ordinaires.

Ça profite à cet enfant-là, mais ça profite aussi aux autres enfants, de vivre avec la différence.

Sylvain Letscher, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAR

C’est de repenser notre système d’éducation sur les pratiques de services et les pratiques pédagogiques, croit M. Letscher. Comment on forme nos enseignants à accueillir des élèves qui vivent des différences.

Sylvain Letscher.

Le professeur en sciences de l'éducation à l’UQAR Sylvain Letscher croit que l'inclusion en classe est un investissement pour la société.

Photo : Radio-Canada

On [au Québec] veut miser sur l’éducation préscolaire, mais je pense qu’on peut voir plus grand, ajoute le chercheur.

Une approche différente au Nouveau-Brunswick et au Manitoba

Selon Angela AuCoin, professeure à l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick, le système scolaire de cette province a beaucoup changé au cours des cinq dernières années.

Il faut repenser la pédagogie pour que la leçon inclue tout le monde, dit-elle. On vise les mêmes objectifs, mais les élèves vont y arriver de différentes façons.

Si l’objectif, c’est de compter jusqu’à 10, mais qu’un élève peut seulement compter jusqu’à 2, ça ne s’arrêtera pas là, parce que les autres élèves vont l’aider à compter jusqu’à 3, 4, etc., explique-t-elle.

C’est un projet de société, ajoute-t-elle. Si le Nouveau-Brunswick est rendu là, c’est parce que c’est un projet de communauté; il y a des parents, des organismes, des enseignants, des politiciens, des individus mobilisés.

Une enfant tend une main couverte de gouache.

Le Nouveau-Brunswick et le Manitoba auraient fait le pari d'augmenter l'inclusion des enfants ayant un handicap dans les écoles.

Photo : iStock

Le modèle du Manitoba s’est grandement inspiré des classes du Nouveau-Brunswick, selon la professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface, Marie-Élaine Desmarais.

Ça fonctionne assez bien; c’est sûr que c’est un modèle de la créativité de la part des enseignants, qui va demander le travail en collaboration entre enseignants et personnel de l’éducation, dit-elle.

La clé du succès serait que tous travaillent en collaboration, selon Mme Desmarais.

L’inclusion scolaire, ce n’est pas d’imposer une tâche trop élevée aux enseignants, ajoute-t-elle. C’est de les former, les accompagner, puis de leur apprendre comment on peut utiliser des pratiques pédagogiques qui ont plus de visées collectives qu’individuelles.

Maintenant, on a des modèles théoriques, comme l’apprentissage par projet, la conception universelle d’apprentissage, qui vont nous offrir des outils.

Marie-Élaine Desmarais, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface

Quand on est dans des approches plus collectives, c’est le temps de planification qui est un peu plus long, où on essaie d’anticiper les difficultés éprouvées et où on essaie de trouver des solutions à ces difficultés-là, explique la chercheuse manitobaine.

De l’école au marché du travail

Le professeur à l’UQAR Sylvain Letscher fait un lien entre les défis d’inclusion en classe et ceux que connaît le marché du travail :

[Au Québec], les trois quarts des personnes ayant une déficience intellectuelle n’ont pas de travail, alors qu’elles ont une capacité de travail.

Sylvain Letscher, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAR

Sylvain Letscher donne l’exemple d’un homme souffrant d’une paralysie cérébrale qui est devenu entrepreneur. Il y a eu un coût au départ à l’école, mais maintenant, c’est lui qui rapporte à la société, dit-il.

Faire sa place dans le monde

À Rimouski, une jeune stagiaire de 25 ans ayant une déficience intellectuelle, Julie Bourque, a d'abord fait des stages dans des commerces au détail, puis a trouvé sa place dans un centre de la petite enfance.

Elle a intégré un programme qui facilite la transition de l'école à la vie active, et elle vit en appartement depuis deux ans.

Ça me permet de connaître d'autre monde, d'avoir enfin mon travail, de faire ma place dans le monde aussi, explique Julie Bourque.

Julie Bourque.

Julie Bourque, 25 ans, est stagiaire depuis un peu plus de deux ans au CPE L'Univers des copains, à Rimouski.

Photo : Radio-Canada

Pour l'instant, Julie Bourque n'est pas rémunérée pour son travail, mais elle entend faire valoir ses droits et ses besoins dans la société.

La jeune femme siège également au comité de la Société québécoise de déficience intellectuelle.

Pour les gens qui sont avec une déficience intellectuelle, c'est des fois difficile de se faire accepter. C'est pas tout le monde qui accepte la déficience intellectuelle, estime-t-elle.

Avec les informations d'Isabelle Damphousse

Bas-Saint-Laurent

Éducation