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Nucléaire : l'Iran va commencer à enrichir l'uranium à un niveau prohibé

Le président iranien Hassan Rohani a décidé de relever le degré d'enrichissement d'uranium à un niveau supérieur à celui prévu par un accord convenu en 2015.

Photo : Getty Images / -

Radio-Canada

L'Iran a confirmé dimanche qu'il commencerait, dans la journée, à enrichir de l'uranium à un niveau prohibé par l'accord sur son programme nucléaire conclu en 2015 et a menacé de s'affranchir d'autres obligations dans « 60 jours ».

Sur ordre reçu du président Hassan Rohani, la deuxième phase du plan de réduction des engagements de l'Iran a commencé aujourd'hui, a déclaré à la presse Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

Dans quelques heures, le temps de régler quelques détails techniques, l'Iran reprendra l'enrichissement de l'uranium au-dessus de 3,67 %, a ajouté M. Kamalvandi, sans donner de chiffre précis quant au nouveau taux retenu par Téhéran pour ses activités d'enrichissement.

Téhéran a aussi menacé dimanche de s'affranchir d'autres obligations en matière nucléaire dans « 60 jours », à moins qu'une « solution » soit trouvée avec ses partenaires au sein de l'accord sur le nucléaire iranien pour répondre à ses demandes.

Nous espérons que nous pourrons trouver une solution, sinon, dans 60 jours, nous entamerons la troisième étape » du plan de réduction des engagements pris par l'Iran en vertu de cet accord conclu à Vienne en 2015, a déclaré à la presse Abbas Araghchi, vice-ministre des Affaires étrangères.

Riposte contre les sanctions américaines

La décision d'enrichir l'uranium 235 à un niveau de pureté supérieur à 3,67 %, la limite imposée par l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en juillet 2015, avait été annoncée mercredi par le président Rohani.

C'est un des éléments de la riposte iranienne à la décision annoncée en mai 2018 par le président américain Donald Trump de sortir unilatéralement les États-Unis de ce pacte et de rétablir les sanctions américaines contre l'Iran qui avaient été levées en vertu de l'accord.

L'Iran avait également menacé à partir de dimanche de reprendre son projet initial de construction d'un réacteur nucléaire à Arak mis de côté en vertu de l'accord de Vienne.

Présent à la même conférence de presse que M. Kamalvandi, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a néanmoins indiqué qu'aucune décision n'avait encore été prise à ce sujet.

La communauté internationale réagit

En marge d'une fin de semaine passée à golfer à Morristown, au New Jersey, le président américain Donald Trump a invité l'Iran à la prudence.

L'Iran devrait être prudent, parce que vous enrichissez [l'uranium] pour une raison, et je ne vais pas vous dire quelle est cette raison. Mais ce n'est pas bon, a dit le président américain devant les journalistes.

Un peu plus tôt, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo avait promis à l'Iran plus d'isolement et de sanctions en réaction à l'annonce de l'enrichissement de l'uranium au-delà du seuil négocié à Vienne.

De son côté, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a qualifié dimanche de « très dangereuse » la décision annoncée par l'Iran et a appelé une nouvelle fois l'Europe à imposer des sanctions à Téhéran.

L'Iran a violé sa promesse solennelle au Conseil de sécurité des Nations unies de ne pas enrichir l'uranium au-delà d'un certain niveau, a-t-il déclaré. J'appelle mes amis les dirigeants français, britanniques et allemands – vous avez signé cet accord et vous avez déclaré que dès qu'ils franchiraient cette étape, des sanctions sévères seraient imposées, telle était la résolution du Conseil de sécurité. Où êtes-vous?

L'enrichissement de l'uranium est fait pour une raison et une seule, c'est pour la création de bombes atomiques, a poursuivi Benyamin Nétanyahou, qui est opposé à l'accord de 2015.

De son côté, la présidence française a condamné une « violation » de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Pour autant, elle a déclaré que le déclenchement du mécanisme de résolution des conflits prévu par l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien n’était pas une option à ce stade.

Emmanuel Macron et son homologue iranien ont fixé samedi la date butoir du 15 juillet pour « explorer les conditions d’une reprise de dialogue » entre toutes les parties.

En effet, si l'une des trois parties européennes estimait que l'Iran a violé l'accord, le processus de règlement des différends pourrait être enclenché. Les membres de l'ONU pourraient alors en appeler au Conseil de sécurité, pour imposer, dans un délai de 65 jours, des sanctions à Téréran.

Outre la France, cet accord porte la signature des dirigeants du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Leurs porte-parole en matière d’affaires étrangères ont tous deux lancé un ultimatum à l’Iran, sommant Téhéran de renoncer immédiatement à l'enrichissement de l'uranium au-delà du niveau prévu par l'accord. Ils ont aussi indiqué que leurs gouvernements ont entamé des discussions avec leurs cosignataires pour déterminer les conséquences d’un refus pour l’Iran.

Il est toutefois peu probable que les autres signataires de l'accord, la Russie et la Chine, alliés de l'Iran, en fassent autant.

L'Union européenne s'est aussi déclarée extrêmement préoccupée par la décision de l'Iran et a demandé à Téhéran de cesser toute activité non conforme à ses engagements découlant de l'accord de 2015.

Bien loin de l'arme nucléaire

Selon le politologue spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l’Université de Sherbrooke Sami Aoun, la décision iranienne est d’abord et avant tout un geste diplomatique. Téhéran voudrait pousser les autres signataires de l’accord de Vienne à se mêler davantage des négociations qui, pour le moment, se sont surtout faites avec Washington.

[L’Iran] essaie d’envoyer un appel au secours aux Européens pour qu’ils bougent et mettent en application leurs modalités alternatives aux sanctions américaines , a-t-il résumé sur les ondes de RDI dimanche matin.

Comme de nombreux experts, M. Aoun rejette le discours invitant à craindre une volonté de l’Iran d’employer cet uranium à des fins militaires.

Il n’y a pas raison de s’inquiéter. Nous sommes très loin [du niveau d’enrichissement requis] pour produire une arme nucléaire. Le vrai enjeu, c’est la position de l’Iran dans la guerre [commerciale] entre les États-Unis et la Chine…

Sami Aoun, politologue à l'Université de Sherbrooke

Washington veut récupérer [son contrôle sur] le régime iranien, qui a un emplacement géographique très imposant. Le nucléaire est plus une façade. Ce qui est un enjeu, c’est la révolution iranienne qui exporte sa révolution et qui menace la stabilité des pouvoirs arabes, sunnites tout particulièrement, qui sont alliés des Américains, poursuit-il.

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