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Little Steven, ses disciples, le E Street et l’art de tout faire

L'homme porte une écharpe sur la tête et joue de la guitare.

Steven Van Zandt en spectacle avec son groupe Little Steven & the Disciples of Soul à Rochester

Photo : Jef Ross

Radio-Canada

Guitariste, auteur-compositeur, interprète, arrangeur, réalisateur, producteur, acteur, animateur de radio, militant… Bien des artistes se contenteraient d’un seul de ces rôles, mais Steven Van Zandt, tel l’acteur qu’il est devenu sur le tard, peut tous les camper, selon les besoins.

Un texte de Philippe Rezzonico

Hormis ses deux présences au Centre Bell avec le E Street Band de Bruce Springsteen en 2003 et en 2008, celui que l’on désigne professionnellement ou familièrement comme Little Steven ou Miami Steve revient présenter un concert solo à Montréal – avec ses Disciples of Soul – pour la première fois depuis son passage en première partie de U2 au Stade olympique en 1987. Conversation de rattrapage.

Radio-Canada Arts : Lors d’une entrevue l’an dernier, vous avez dit que vous n’aviez aucune idée si le E Street Band allait repartir en tournée en 2019 ou en 2020. Nous savons maintenant que ce sera 2020. Est-ce possible de penser que l’album Summer of Sorcery, paru en mai, et que l’actuelle tournée n’auraient jamais vu le jour si Bruce Springsteen ne vous avait appelé en décembre?

Steven Van Zandt : C’est la pure vérité. C’est exactement ça. En fait, tout cet épisode des Disciples of Soul depuis trois ans n’aurait pas vu le jour sans une série d’événements imprévus. Nous [le E Street Band] étions de passage à Londres en 2016 quand un producteur londonien [Leo Green] m’a demandé quand je revenais en Angleterre. J’ai répondu l’an prochain, pour l’anniversaire de Bill Wyman [le bassiste fondateur des Rolling Stones].

Il m’a alors incité à mettre sur pied un groupe et à venir jouer à son festival [BluesFest de Londres] avant la fin de l’année. De fil en aiguille, les Disciples of Soul ont ainsi repris vie. Je n’avais sincèrement pas l’intention de faire un autre disque sous mon nom. L’album Soulfire [2017] n’aurait jamais été réalisé sans cet enchaînement d’événements. C’est marrant, parce que depuis trois ans, j’ai repris le contrôle de ma carrière musicale. Ça ressemble à un clin d’œil du destin. D’autant plus que, pour moi, il s’agit d’une percée comme je n’en avais jamais eu de toute ma carrière solo jusqu’ici.

Les trois artistes chantent dans le même micro.

Steven Van Zandt, Bruce Springsteen et Patti Scialfa à Los Angeles

Photo : Getty Images / Kevin Winter

RC Arts : À quelques mois d’intervalle, Bruce Springsteen met en marché un disque (Western Stars) qui est à des années-lumière de ce qu’il fait avec le E Street Band, et vous lancez un album de compositions originales qui exultent des influences de votre jeunesse. Si nous étions dans Star Trek et que l’on téléportait Summer of Sorcery dans les magasins de disques de 1967, bien des gens n’y verraient que du feu.

SVZ : [Rire] On peut dire ça, mais en réalité, je ne suis pas nostalgique des années 1960. Je ne les ai jamais quittées… Il y aura toujours des influences du passé dans ma musique, mais en même temps, je me dis que c’est un disque tout à fait de son temps. Contemporain sur le plan de la production et dans le sens qu’il fait du bien à l’âme et que les chansons ont un impact émotif sur les gens. Je m’en rends compte chaque soir sur scène auprès des gens de ma génération, mais aussi de plus jeunes.

RC Arts : Je confirme. Après la première écoute du disque, j’ai réécouté Love Again, A World of Our Own et Soul Power Twist en boucle toute la soirée, par pur plaisir.

SVZ : Vraiment? Eh bien, c’est ça le but. Pour ce disque, j’ai composé 12 chansons qui mettent en scène un personnage précis. Je voulais accorder plus d’importance à la musique et je voulais y aller de tranches de vie. Je ne voulais pas faire de chansons politiques comme j’en ai fait dans le passé [notamment la chanson antiapartheid Sun City, en 1985].

L'homme sur scène fait une grimace et tend sa main devant lui.

Steven Van Zandt et son groupe en spectacle à Rochester

Photo : (c) Bjorn Olsson

RC Arts : Pourtant, une portion du deuxième couplet de Superfly Terraplane – même si ce n’est pas le sujet principal de la chanson – ne s’adresse-t-elle pas indirectement à votre président? « We dont’ need your politics/It’s lies, lies, lies » (On n’a pas besoin de tes politiques/Ce sont des mensonges, mensonges, mensonges).

SVZ : [Grand rire]. Pourquoi voudrais-je faire ça? Je suis totalement apolitique ces temps-ci. Sur le fond, c’est tout simplement le jeune qui envoie promener tous les baby-boomers…

RC Arts : Vous avez beau faire de la scène sans interruption depuis une cinquantaine d’années (Steven Van Zandt a 68 ans), être l’accompagnateur de légende ou le centre d’attraction, ce pas la même chose.

SVZ : C’est une énorme différence. Le jour et la nuit, en vérité. Ça fait deux ans que je travaille afin de retrouver mes marques comme leader, et je pense que ça va m’en prendre deux autres afin d’y parvenir [rire]. Comme musicien, tu fais partie d’un groupe. Oui, tu as des interactions avec le leader, oui, tu as des interactions avec la foule, mais au fond, tu as surtout le meilleur siège dans la salle afin d’apprécier le concert. Comme leader, là, tu es le concert, ce que je n’avais pas vécu depuis des décennies. N’empêche, cette tournée est plus facile que la précédente. J’ai plus de plaisir et je me laisse plus d’espace sur scène. »

RC Arts : Pour quelqu’un qui est habitué à faire des marathons allant de trois à quatre heures sur scène avec le E Street, les concerts des Disciples sont-ils quand même moins éprouvants?

SVZ : Lors de la première tournée, on faisait des concerts allant de deux heures et demie à deux heures trois quarts. Désormais, on joue environ deux heures et quart, deux heures vingt. Ça passe tellement vite. Mais il y a une complicité qui s’est installée. Je n’avais jamais réalisé deux albums de suite avec le même groupe avant de partir en tournée avec lui.

Un homme chante sur scène en compagnie d'une dizaine de musiciens.

Steven Van Zandt et son groupe en concert

Photo : Louis Arzonico (Renegade Nation)

RC Arts : Parlant de tournée, Garland Jeffreys fera la première partie de votre concert à Montréal. Quand on connaît le nombre de grands du passé (Gary U.S. Bonds et Darlene Love, entre autres) pour lesquels vous avez écrit des chansons ou réalisé des albums, on se dit que ça doit vous faire un petit velours. C’est le cas?

SVZ : Bien sûr, mais Garland, j’aurais surtout aimé le produire, ce que je n’ai jamais fait. J’ai pourtant l’impression qu’il lui reste encore un grand album dans les tripes. Mais il a dit que cette tournée était sa dernière.

RC Arts : Récemment, John Mellencamp a déclaré que plus jamais le rock and roll ne serait le genre musical dominant. Puisque vous êtes devenu un historien du rock avec votre émission radiophonique Little Steven Underground Garage (­en 2002), abondez-vous dans le même sens?

SVZ : John a raison. Le rock and roll ne sera plus jamais mainstream. Ça va redevenir une musique culte, comme c’était le cas à sa naissance en 1954. Et c’est peut-être ce que nous devons être, en fin de compte… Personnellement, je vois que les années de domination du rock coïncident avec la parution de Like a Rolling Stone, de Dylan, et le décès de Kurt Cobain, soit une trentaine d’années.

Cela dit, pour ce qui est des tournées, le rock est encore gigantesque. Avec toutes les fermetures de salles de spectacles, on joue de plus en plus souvent dans les festivals, et les artistes rock attirent encore des foules monstres. Notre truc, ça demeure la scène. Bien sûr, les disques et la présence à la radio sont importants, mais notre génération n’est pas celle des clips. On gagnait notre vie sur scène bien avant d’avoir des contrats de disques.

L'homme sur scène fait une grimace et tend sa main devant lui.

Steven Van Zandt et son groupe en spectacle à Rochester

Photo : (c) Bjorn Olsson

RC Arts : De nos jours, l’industrie ne donne-t-elle pas assez de temps aux artistes pour croître?

SVZ : Et pourtant, c’est la clé. Atteindre le sommet n’est pas une affaire d’un soir. Ça se développe et ça se travaille. Ça prend du temps. De nos jours, on essaie simplement de rembourser les coûts de production quand on fait des disques. Je sais de quoi je parle, je possède une compagnie de disques. Au fond, on essaie juste d’arriver au point d’équilibre. On ne pense pas faire de l’argent avec ça, même s’il y a des milliers de groupes qui veulent faire de la musique.

RC Arts : Pour quelqu’un qui a pratiquement créé un personnage de toutes pièces (Silvio Dante, dans The Sopranos, 1999-2007) et qui a été la vedette d’une série télé en Norvège (Lilyhammer, 2012-2014), vous avez délaissé le petit écran ces dernières années. Planifiez-vous un retour?

SVZ : Je n’ai rien de prévu, mais ça me manque… Vraiment. Sauf qu’avec les Disciples et tout le reste... Peut-être devrais-je dire à Bruce de ne pas faire de tournée l’an prochain? En tout cas, si on ne fait pas de tournée avec le E Street, je retourne faire de la télé.

RC Arts : Finalement, le mot vacances n’existe pas dans votre vocabulaire?

SVZ : Des vacances? J’ai pris des vacances en 1978. Je n’ai pas aimé ça.

RC Arts : Tant mieux pour nous!

Little Steven and the Disciples of Soul :

Au Festival d’été de Québec le samedi 6 juillet à 19 h

À l’Olympia de Montréal le lundi 8 juillet à 20 h

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