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Les expériences de mort imminente vécues par une personne sur dix

Un homme marche dans un faisceau de lumière.

Les expériences de mort imminente incluent une perception anormale du temps et des sens exceptionnellement vifs.

Photo : iStock

Alain Labelle

Les expériences de mort imminente (EMI), dans lesquelles des personnes affirment vivre une série de symptômes spirituels et physiques, dont la sensation de flotter au-dessus de leur corps, des hallucinations, et une distorsion du temps, sont vécues par 10 % de la population, affirment des neurologues européens.

Pour en arriver à cette estimation, le Dr Daniel Kondziella, neurologue et professeur à l’Université de Copenhague au Danemark, et ses collègues européens ont analysé les expériences racontées par 1034 personnes en provenance de 35 pays.

Ces participants ont été sélectionnés par le biais d'une plateforme en ligne (pour éliminer les biais de sélection) et leur a demandé s'ils avaient déjà eu une EMI.

S'ils répondaient par l’affirmative, les chercheurs leur demandaient de répondre à un questionnaire d'évaluation détaillé (Greyson Near-Death Experience Scale), qui porte sur 16 symptômes précis.

Illustration montrant un homme flottant au-dessus de son corps.

Environ 1 % des personnes auraient vécu une expérience de mort imminente.

Photo : iStock

Un total de 289 personnes ont affirmé avoir vécu une EMI, et 106 d'entre elles ont atteint un seuil de 7 de 16 sur l'échelle Greyson (ce qui confirmerait une vraie EMI).

Repères

  • Les termes « expérience de mort-retour » (EMR), « expérience de mort approchée » (EMA), « expérience aux frontières de la mort » (EFM) et « expérience de mort imminente » (EMI) sont également utilisés pour décrire le phénomène.
  • Les phases événementielles rapportées par ceux qui ont vécu cette expérience se ressemblent, peu importe leur pays, leur culture, leur âge, leur sexe, leur niveau d’éducation, leur statut social, leur langue et leur croyance ou non en la survie de l’âme.

Selon les chercheurs, ce type d’expériences est aussi fréquent chez les personnes qui ne sont pas en danger imminent de mort que chez celles qui ont vécu des situations vraiment mortelles comme des crises cardiaques, des accidents de voiture, ou des quasi-noyades.

Les expériences les plus fréquemment rapportées sont :

  • Une perception anormale du temps (87 %);
  • Une vitesse de pensée exceptionnelle (65 %);
  • Des sens exceptionnellement vifs (63 %);
  • Un sentiment d'être séparé de son corps ou d'en sortir (53 %).

D’autres sensations ont également été rapportées par les participants, notamment un sentiment de paix intérieure, une aspiration de l'âme, entendre le chant des anges, voir sa vie défiler devant soi, et se trouver dans un tunnel avant d'atteindre une lumière vive.

Plus rare : d’autres ont aussi affirmé avoir senti la présence d'une autre personne avant de s'endormir ou d'un démon assis sur leur poitrine alors qu'ils étaient paralysés et incapables de bouger.

Une expérience parfois traumatisante

Contrairement à d’autres études menées sur le sujet, cette nouvelle étude a révélé un taux beaucoup plus élevé de personnes déclarant leur expérience comme désagréable.

Dans l'ensemble, parmi toutes les personnes qui ont déclaré avoir subi une EMI, pas moins de 73 % ont dit qu'elle était désagréable.

Toutefois, chez ceux qui ont obtenu un score de 7 ou plus sur l'échelle Greyson, le pourcentage s’inverse puisque 53 % d’entre elles affirmaient avoir vécu une expérience agréable, contre seulement 14 % pour une expérience déplaisante.

Un lien avec le sommeil paradoxal

En se basant sur les connaissances acquises lors d'études précédentes, les neurologues européens ont trouvé une association entre les EMI et le sommeil paradoxal (mouvement rapide des yeux, R.E.M en anglais).

Durant le sommeil paradoxal REM, les yeux bougent rapidement, et le cerveau est aussi actif que lorsqu’une personne est éveillée. Ainsi, durant ce cycle du sommeil, le rêve est plus vif, et la plupart des gens éprouvent un état de paralysie temporaire puisque leur cerveau envoie un signal à la moelle épinière les empêchant de bouger les bras et les jambes.

Ainsi, lorsque le sommeil paradoxal empiète sur l'éveil, certaines personnes signalent des hallucinations visuelles et auditives et d'autres symptômes tels que la paralysie du sommeil, où elles se sentent conscientes, mais ne peuvent bouger.

Les données recueillies dans la présente étude montrent que l'intrusion du sommeil paradoxal dans l'état d'éveil est plus fréquente chez les personnes ayant obtenu des scores de 7 ou plus sur l'échelle Greyson (47 %) que chez les personnes ayant obtenu des scores de 6 ou moins (26 %), ou chez celles n'ayant pas connu une telle expérience (14 %).

Bien que cette association ne soit pas une causalité, l'identification des mécanismes physiologiques derrière l'intrusion du sommeil paradoxal dans l'éveil pourrait faire progresser notre compréhension des expériences de mort imminente.

Dr Daniel Kondziella

Le détail de cette étude a été présenté lors de la rencontre annuelle de l’Académie européenne de neurologie qui se tenait cette année à Oslo, en Norvège.

Un phénomène encore mystérieux

La conscience humaine est-elle de nature immortelle ou est-elle réductible aux processus neurologiques du cerveau? En d'autres mots, ceux qui affirment être revenus à la vie après s'être retrouvés dans un tunnel lumineux ont-ils expérimenté la première phase d'une nouvelle étape de la conscience, ou simplement la fin d'un processus biologique?

Depuis les dernières décennies, les neurologues tentent de résoudre cette anomalie à partir du savoir scientifique. En 2006, des scientifiques suisses affirmaient que les EMI proviendraient de perturbations d'un processus complexe de coordination, qu'ils localisent maintenant dans le cerveau. Selon eux, la représentation corporelle est troublée lorsqu'on stimule électriquement la jonction temporo-pariétale du cerveau.

À ce moment, le cerveau génère une image délocalisée, comme projetée sous le corps, en face de lui ou derrière lui. Dans les deux premiers cas, les personnes reconnaissent encore leur propre image. Toutefois, dans le dernier, ils ressentent une présence autre, parfois sombre et menaçante.

Médecine

Science