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#BeachBody, pour en finir avec la pression sociale du corps parfait

Une jeune femme pose en maillot deux pièces, vert fluo, devant la clôture métallique d'une piscine publique.

Emmanuelle Hébert-Ouellet a posé pour Beach body, une initiative de l'artiste Hamza Abouelouafaa, qui souhaite faire un pied de nez aux standards de beauté.

Photo : Hamza Abouelouafaa

Angie Landry

Noyer les quelque 10 millions de photos associées au mot-clic #BeachBody et retrouver l’essence de l’expression « corps de plage ». C’est le défi de taille – au sens propre comme au figuré – de l’artiste multidisciplinaire Hamza Abouelouafaa, qui dévoilera dimanche une série de clichés de corps diversifiés et de témoignages poignants pour déjouer la pression sociale d’avoir un corps parfait.

Tapez le mot-clic #BeachBody sur l’application Instagram.

Ce que vous y verrez, si vous prenez le temps de faire défiler les 10,6 millions de publications (c’est le nombre affiché au moment d’écrire ces lignes), ce sont beaucoup de photos de femmes ou d’hommes au corps sculpté, sans l’ombre d’un pli de ventre, la peau exempte de vergetures, lisse et bronzée.

« Ces gens-là accolent leur photo avec ce mot-clic pour dire qu’ils ont un corps rêvé pour aller à la plage et à la piscine. C’est correct d’avoir ce corps-là, mais ce n’est que celui-là qui est mis de l’avant, ou presque », explique Hamza Abouelouafaa. Et c’est ça qui pose problème, particulièrement chez nous, au Québec ou au Canada, dit-il.

Capture d'écran de plusieurs photos disposées sur l'interface de l'application Instagram, montrant des hommes et des femmes, pour la plupart en maillot de bain, sur la plage, répondant aux standards de beauté.

Environ 10,6 millions de publications ont été diffusées avec le mot-clic #beachbody

Photo : Instagram : Capture d'écran

C’est à partir d’une réflexion bien personnelle – et avec l’arrivée de la chaleur telle une tonne de briques – que l’artiste a eu envie de jouer dans les définitions étroites des standards de beauté.

Main dans la main avec l’organisme Les 3 sex*, qui milite pour la santé sexuelle, il a photographié près d’une vingtaine de personnes qui ont laissé leurs réserves de côté, posant devant l’objectif comme si leur corps n’était qu’un corps, tout simplement.

Une serviette rayée multicolore est attachée à une clôture métallique qui entoure une piscine publique.

En collaboration avec l’organisme Les 3 sex*, qui milite pour la santé sexuelle, Hamza Abouelouafaa a photographié près d’une vingtaine de personnes qui ont laissé leurs réserves de côté, posant devant l’objectif comme si leur corps n’était qu’un corps, tout simplement.

Photo : Hamza Abouelouafaa

Ils ont posé à froid devant moi. Ce sont des gens qui ont déjà entamé un parcours pour accepter leur corps. Pour certains, c’est un combat de tous les jours. Pour d’autres, cette initiative était une façon de réitérer qu’ils acceptent leur corps, qui est différent des normes de beauté.

Hamza Abouelouafaa

Et le photographe insiste : l’exposition Beach body ne cherche pas à faire avaler toute crue la notion d’acceptation du corps.

C’est un processus. Ça n’arrive pas du jour au lendemain. J’ai beaucoup d’empathie pour ceux et celles qui ont fait la séance, parce que je me serais choké moi-même!

À coups de photos et de témoignages, l’artiste a comme objectif ultime que la société normalise les corps... Tous les corps.

Beach body, en français, ça veut dire "corps de plage". On veut ramener ça à son essence : un corps de plage, c’est tout simplement n’importe quel corps sur la plage. On veut enlever cette pression sociale d’avoir un corps parfait.

Hamza Abouelouafaa

Au Québec, on porte tellement de couches, et l'on s’abreuve de ce genre de photo pendant la période hivernale, ajoute-t-il. Puis quand arrive l’été, après 8 à 10 mois de rude hiver, je suis toujours un peu surpris de revoir mon corps.

Il invite d’ailleurs tous les gens à ajouter le mot-clic #BeachBody lors de la publication d’une photo sur les réseaux sociaux, « pour noyer les 10 millions de photos où l'on y montre pratiquement le même corps », explique-t-il.

Prendre la pose, une catharsis

En attendant que le fruit de son travail soit exposé, voici un avant-goût de ce qui sera présenté dimanche au bar Alexandraplatz, à Montréal.


Éric Couto

Je n'ai pas de souvenir de moi non obèse. Enfant, mais surtout adolescent, j'ai vite compris que ce corps était laid, indésirable.

Un homme, en maillot, la poirtrine dévoilée, pose devant la clôture métallique d'une piscine publique.

« Je n'ai pas de souvenir de moi non obèse. Enfant, mais surtout adolescent, j'ai vite compris que ce corps était laid, indésirable », confie Éric Couto à travers les témoignages de Beach body

Photo : Hamza Abouelouafaa

Même aujourd'hui, à l'aube de la quarantaine, je ne trouve pas mon corps beau. Le dévoiler apporte comme un murmure : des petites voix du passé en écho distant. Je dirais que j’y suis devenu plutôt indifférent avec l’estime et le temps : entre autres parce que mon corps, dans le fond, ressemble à tellement d'autres.

Éric Couto

Des plis, des poils, des bourrelets, mais aussi des muscles forts, des os solides, de la peau douce… Tout ce qu’il faut pour goûter, toucher et percevoir le monde, pour donner et recevoir de l’amour et de la tendresse.


Jessica Prudencio

Il arrive un moment où il faut apprendre à lâcher prise, à aimer ses imperfections et à tout simplement être grateful pour notre corps, qui nous porte durant toutes ces années et qui nous permet de faire tout ce qu'on fait au quotidien.

J'ai consacré trop de temps et d'énergie aux régimes, à détester mon corps et à me comparer aux autres.

Jessica Prudencio
Une jeune femme pose en maillot deux pièces devant la clôture métallique d'une piscine publique.

Jessica pose pour l'initiative Beach body, parce qu'elle a « consacré trop de temps et d'énergie aux régimes, à détester [s]on corps et à [s]e comparer aux autres »

Photo : Hamza Abouelouafaa

Certes, il y a des moments où je hais ma face ou mon ventre, mais ça finit par passer.


Marouane Joundi

Il y a, évidemment, la peur du regard et du jugement des autres, que mon corps soit perçu comme différent, bizarre ou anormal. C'est un des vestiges psychologiques intériorisés de mon enfance et adolescence, moment où j'étais obèse, car mon corps actuel ne s'éloigne pas beaucoup de la "norme".

Un jeune homme, en maillot et la potrine à découvert, pose devant la clôture métallique d'une piscine publique.

Parmi les témoignages de l'initative Beach body, Marouane explique qu'il a été éduqué à dissimuler le plus possible son corps.

Photo : Hamza Abouelouafaa

Les sentiments qui m’habitent quand je mets un maillot sont la honte et la pudeur. Ce sont des principes sur lesquels j'ai été éduqué pendant mon enfance dans une culture où les corps doivent être dissimulés le plus possible.

Maouane Joundi

Arts visuels

Arts