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Le VIH éliminé de l'organisme d'animaux vivants

Illustration 3D du VIH.

Illustration 3D du VIH.

Photo : iStock

Alain Labelle

L'ADN du virus VIH-1 a été complètement éliminé du génome d'animaux vivants, grâce au travail combiné du ciseau génétique CRISPR-Cas9 et d’un traitement antirétroviral.

Guérir d’une infection au VIH reste impossible encore à ce jour, en raison de la capacité du virus à se cacher dans des réservoirs latents, ces cellules et tissus dans lesquels il réussit à se camoufler malgré les traitements.

Or, des chercheurs américains de l’École de médecine de l’Université Temple et de l’Université de Pittsburgh ont franchi un pas important vers la guérison complète.

Les chercheurs qui ont réalisé les travaux dans leur laboratoire.

Le chercheur Kamel Khalili et ses collègues de l'École de médecine de l’Université Temple.

Photo : École de médecine de l’Université Temple

Ils ont réussi à retirer l'ADN du VIH-1 des génomes de souris pour éliminer l’infection.

Le pathologiste Wenhui Hu et ses collègues y sont parvenus dans trois modèles différents, dont un modèle de souris qui produit des lymphocytes T humains, ces globules blancs considérés comme les « soldats d’élite » du système immunitaire.

Repères

  • Depuis l'apparition du VIH/sida dans les années 80, plus de 30 millions de personnes ont été emportées par la maladie.
  • Encore aujourd’hui, 36 millions de personnes sont porteuses du virus.
  • Si le VIH peut désormais être traité, la guérison demeure toujours hors de portée.
  • La trithérapie empêche le virus de se répliquer, mais ne l'élimine pas, si bien qu’elle doit être poursuivie toute la vie.
  • L'arrêt des antirétroviraux mène à la réactivation du VIH, qui risque d'évoluer vers le sida.
Image de synthèse représentant les ciseaux moléculaires CRISPR en action.

Illustration représentant les ciseaux moléculaires CRISPR

Photo : Radio-Canada

Un combo gagnant

Ces travaux sont les premiers à démontrer que la réplication du VIH-1 peut être complètement arrêtée et le virus éliminé des cellules infectées chez les animaux par l’action combinée de CRISPR-Cas9 et de la prise d’un traitement antiviral à libération lente et à longue durée d'action (Laser ART).

Notre étude montre que le traitement visant à supprimer la réplication du VIH jumelé à une thérapie génique, lorsqu'il est administré séquentiellement, peut éliminer le VIH des cellules et organes d'animaux infectés.

Kamel Khalili, École de médecine de l’Université Temple

Indépendamment, ces deux stratégies ne réussissent pas à éliminer le virus.

Toutefois, leur combinaison montre que Laser ART, en contrôlant la réplication virale et en réduisant le nombre de copies de VIH-1, améliore la capacité de CRISPR-Cas9 à éliminer l'ADN proviral.

Les présents travaux s'appuient sur une étude publiée par la même équipe en 2016. Elle avait montré à l’époque qu’il était possible d'éliminer le VIH de cellules infectées dans la plupart des tissus d’animaux en utilisant l'édition génomique (CRISPR-Cas9).

Nous avons confirmé les données de nos travaux précédents et avons amélioré l'efficacité de notre stratégie d'édition génétique.

Wenhui Hu, École de médecine de l’Université Temple

« Nous montrons également que la stratégie est efficace dans deux autres modèles murins, l'un représentant une infection aiguë dans les cellules de souris et l'autre une infection chronique, ou latente, dans les cellules humaines », explique Wenhui Hu.

Le Dr Kamel Khalili réalise un test.

Le Dr Kamel Khalili pense que des essais sur les humains pourraient commencer dès 2020.

Photo : École de médecine de l'université Temple

Des résultats encourageants

Les expériences menées sur une vingtaine de souris « humanisées » infectées par le VIH-1 ont montré que le virus a été éliminé des réservoirs chez près d'un tiers des animaux (9/23) traités à la fois par Laser ART et CRISPR-Cas9.

Nous avons eu recours à des méthodes de détection très poussées et n'avons trouvé aucun signe du virus.

Howard Gendelman, Université du Nebraska

Une autre bonne nouvelle : l’outil CRISPR-Cas9 ne cause aucun dommage collatéral. D’autres recherches ont déjà montré, dans d’autres contextes, qu’il peut parfois causer des mutations en cascade involontaires sur le reste du génome.

Encore du travail

Si les chercheurs sont encouragés par leurs résultats, ils sont bien conscients qu’ils sont encore loin de l’annonce d’un traitement pour guérir l’infection au VIH.

Les expériences qui fonctionnent chez la souris ne fonctionnent pas toujours chez l’humain.

Howard Gendelman

L’équipe de recherche a déjà commencé à tester son protocole chez des singes. Si tout se déroule comme elle l’espère, elle pourrait ensuite commencer un essai clinique de phase 1 chez l’humain dès 2020, si elle obtient le feu vert de la FDA, le secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques.

Le détail de ces travaux est publié dans le journal Nature Communications  (Nouvelle fenêtre)(en anglais).

Médecine

Science