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Le Manitoba mise sur le tourisme autochtone authentique

Un grand panneau au point de départ du sentier interprétatif du milieu humide de Brokenhead.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Camille Gris Roy

Un visiteur international sur trois au Canada aimerait vivre des expériences de tourisme autochtone authentiques, indique l'Association touristique autochtone du Canada. Pour répondre à cet intérêt grandissant, le Manitoba a dévoilé au printemps une nouvelle stratégie pour le tourisme autochtone dans la province. Dans le cadre de notre série Sur la route des vacances, nous nous demandons : une « expérience authentique », qu'est-ce que c'est au juste?

Le concept de tourisme autochtone prend de l’ampleur au pays. Sur la scène fédérale, le gouvernement a récemment annoncé une enveloppe de 2,5 millions de dollars pour développer ce secteur.

Au Manitoba, la nouvelle stratégie pour le tourisme autochtone (Nouvelle fenêtre), élaborée par la société Voyage Manitoba et l'Association touristique autochtone du Canada (ATAC), vise à augmenter le nombre d'entreprises touristiques autochtones capables d’exporter leurs produits, pour faire affaire avec des agences de voyages en Chine ou en Australie, par exemple.

Concrètement, la province veut que le tourisme autochtone entraîne des revenus dépassant les 70 millions de dollars d’ici trois ans.

Pour Keith Henry, président-directeur général de l’ATAC, l’engouement est certain. À l’international et au Canada, les gens voyagent davantage. Il y a plus d’information maintenant sur Internet et les médias sociaux, et les gens veulent comprendre [l’histoire des Autochtones] et la perspective canadienne de réconciliation. Le tourisme est une bonne façon de s’en approcher.

Si certaines régions comme la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Québec et le Yukon ont déjà une longueur d’avance, il estime que le Manitoba a un grand potentiel à exploiter – avec ses festivals, ses sites historiques et ses lieux sacrés, et l'ouverture prochaine du centre d'art inuit de Winnipeg, par exemple.

Le Manitoba a une forte population autochtone, une diversité et une riche culture. Pourtant, la province n’est pas encore reconnue comme “destination autochtone”, déplore Keith Henry.

Retour à la nature

Carl Smith, membre de la Nation ojibwée de Brokenhead et entrepreneur en tourisme, voit d’un bon oeil le développement du tourisme autochtone dans la province. Ça a mis du temps, ça a été difficile, je le vois depuis que je suis impliqué dans le secteur, depuis les années 90.

Avant, c’était les campements de tipis. On en voyait beaucoup au Canada dans les années 1990-2000. Mais ça change, les gens cherchent plus un regard sur le mode de vie des Premières Nations.

Carl Smith, entrepreneur en tourisme

Maintenant, c'est plutôt l’apprentissage sur le terrain, et comment on utilise nos espaces et nos terres.

Découvrir le rapport des communautés autochtones avec la terre et la nature, c’est ce que propose le sentier interprétatif de la réserve écologique de Brokenhead. Carl Smith est président du conseil d’administration de Debwendon, l’organisme responsable de ce milieu humide protégé.

Trois hommes d'âge divers debout sur une passerelle en bois dans un milieu humide.

De gauche à droite : Eric Normandeau, Richard Reeves et Carl Smith travaillent pour la préservation de la réserve écologique de Brokenhead et du sentier interprétatif

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

La zone est située à une heure de route au nord de Winnipeg, le long de l’autoroute 59, sur le territoire du Traité numéro 1.

Le sentier interprétatif a ouvert ses portes au public en 2016, mais le projet de réserve écologique a émergé il y a plus de 20 ans, raconte Carl Smith. Le long du parcours, on peut observer des plantes médicinales traditionnelles.

On démontre ici l’importance des milieux humides et leur signification pour les Premières Nations, mais pour tout le monde aussi, puisque, sans milieux humides, il n’y a pas d’oxygène, résume Carl Smith.

Un montage de quatre images, montrant le tronc d'un arbre, une petite fleur blanche, une petite fleur jaune et rouge sur le point d'éclore, et une fleur carnivore.

De la sève d'arbre pour soigner le rhume, des fleurs insectivores... Chaque plante sur le sentier de Brokenhead a une utilité ou une signification.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Les gens viennent s'échapper du monde urbain et artificiel, note le guide Éric Normandeau.

Initiation par la nourriture

L’expérience autochtone passe aussi par la cuisine. À Winnipeg, la mission du restaurant Feast est de faire découvrir ces traditions culinaires en exploitant les ingrédients locaux.

Moi, quand je visite différents pays, la nourriture est la première chose que je veux essayer. Je veux connaître les gens et goûter à leur nourriture, souligne la chef Christa Bruneau, propriétaire du restaurant.

Une jeune femme aux cheveux noirs, vêtue d'un chandail vert, devant un bar dans un restaurant.

Christa Bruneau est la propriétaire du restaurant de cuisine autochtone Feast à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

La cuisine est l’un des éléments les plus importants de toute culture. Et la nourriture vraiment canadienne, ce serait notre cuisine des Premières Nations.

Christa Bruneau, propriétaire du restaurant Feast

Son projet est né il y a trois ans et demi d’un constat regrettable : À l’époque, j’avais fait des recherches et il n’y avait que 3 ou 4 restaurants dans tout le pays qui célébraient notre culture, notre nourriture et nos peuples, alors j’ai senti comme une responsabilité,confie-t-elle.

Une grande ardoise sur laquelle on a inscrit à la craie, de différentes couleurs : "wildberry bannock", "cinnamon sugar bannock", "traditionnal fry bread", avec des prix.

Le bannock est décliné de différentes façons sur la carte du restaurant Feast.

Photo : Radio-Canada

À Feast, on sert le bannock, le riz sauvage, les baies, les noix et la courge, et le bison, surtout, est à l’honneur.

C’est très spécial pour moi de pouvoir cuisiner le bison ici chaque jour. Le bison a permis à mon peuple de rester en vie pendant des centaines d’années, depuis le début des temps, affirme Steve Spence, le cuisinier.

Les clients sont intrigués par cette viande peu connue. Mais ils adorent ça, et j'adore voir ça. Je vais souvent dans la salle pour leur demander comment était le hamburger.

Un homme vêtu de noir, avec un tablier et une casquette, confectionne des boulettes de viande à partir d'un grand saladier de viande hachée, dans une cuisine. Devant lui, une grande plaque où il pose les boulettes.

Le cuisinier Steven Spence prépare des boulettes de viande de bison pour des hamburgers.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Pour garantir l'authenticité, Christa Bruneau pense qu'il suffit de rester fidèle à soi-même.

Le restaurant représente ma culture, notre cuisine, nos langues, notre art. Si ça fait partie de votre vie, si vous avez grandi là-dedans et vous montrez qui vous êtes réellement, alors ça va donner quelque chose d’authentique, décrit-elle.

Une histoire aux multiples facettes

Mais le touriste peut-il vraiment vivre une « expérience autochtone » sans être sensibilisé aux facettes plus sombres, à l'oppression que les peuples ont subie dans l’histoire et aux défis auxquels ils font face – les conditions de vie très précaires dans les réserves, le traumatisme des pensionnats autochtones, les femmes disparues et assassinées, entre autres.

Le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), à Winnipeg, reconnaît que la question est délicate et pense qu’il faut trouver un juste milieu.

Un guide devant une galerie où sont exposées plusieurs robes rouges. Devant lui, des visiteurs écoutent.

Le Musée canadien pour les droits de la personne présente dans cette galerie des robes rouges, qui symbolisent la réalité des femmes autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Le musée présente des éléments de l'histoire et des cultures autochtones dans ses galeries, et propose une visite guidée de l’esprit Mikinak-Keya sur les enseignements sacrés.

Quand c'est une question de tourisme, on veut que les gens soient inspirés, mais avec la matière liée aux peuples autochtones, il faut aussi [raconter et expliquer] l'aspect tragique de leur histoire, note Angela Cassie, vice-présidente principale, programmes, expositions et affaires publiques au MCDP. Tout en ressortant la richesse de la culture, la beauté de la culture.

Trois visiteuses devant une grande oeuvre de perles dans une galerie d'un musée.

La galerie Perspectives autochtones au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Ici, on explore l'histoire de la colonisation et l'impact dans le contexte du génocide. Beaucoup de visiteurs pensent que c'est une histoire ancienne. Alors, souvent, c'est une surprise pour eux de voir que les pensionnats, ça ne fait pas des siècles qu'ils sont fermés [...] Et aussi, les gens ne connaissent pas la diversité des peuples autochtones au Canada, des langues et des cultures.

Angela Cassie estime que, si les musées se sont longtemps approprié l’histoire pour la raconter à leur manière, les rôles doivent maintenant être inversés.

On veut s'assurer que ce n’est pas notre voix [qu’on entend ici] mais qu'on met en valeur les voix des communautés. Alors nos programmes, nos tournées, nos expositions sont tous développés en collaboration.

Angela Cassie
Une femme aux cheveux noirs attachés et à lunettes, dans une galerie d'un musée devant de grandes oeuvres autochtones.

Angela Cassie est vice-présidente principale, affaires publiques et programmation au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Même si l'intérêt grandit assez vite, il faut continuer d'utiliser ces pratiques de collaboration et de partenariat, et qu'il y ait des bénéfices pour les communautés qui ouvrent leurs portes et racontent leurs histoires.

S’éloigner des clichés

À l’ATAC, on assure que le but n’est pas de « Disneyifier » la réalité autochtone ni de créer un tourisme de masse.

C’est une manière de faire partager la culture qui est soutenue par les communautés locales, plutôt que de créer une histoire qui ne serait pas réelle ou vraie pour les peuples concernés.

Keith Henry, PDG de l'Association touristique autochtone du Canada
Une capture d'écran un peu floue d'un entretien FaceTime avec un homme vêtu d'une veste foncée et d'une chemise blanche, dans un bureau. Au mur : des images de l'histoire des Métis.

Keith Henry, président-directeur général de l’Association touristique autochtone du Canada.

Photo : Radio-Canada / FaceTime

Son PDG assure que les bénéfices seront nombreux, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan de l’éducation et de la sensibilisation; il y voit ainsi une forme de réconciliation.

Nous voulons que les gens apprécient vraiment la culture autochtone d'une façon à laquelle ils n’auraient peut-être pas pensé, conclut-il. Ce n’est pas juste des chants, des danses et des contes; il y a aussi des hôtels tenus par des Autochtones, des aventures de plein air, des tournées pédestres, des expériences culinaires.

On veut que les gens réalisent qu’il y a cette diversité. Vous ne verrez pas la même chose à Thompson, Le Pas, Brandon ou Winnipeg.

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