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  • 75e anniversaire du décès du frère Marie-Victorin : un héritage entre nature et littérature

    Gros plan de l'Herbier Marie-Victorin.

    Le frère Marie-Victorin publie l'ouvrage Flore laurentienne en 1935.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 15 juillet 1944, le frère Marie-Victorin perd la vie dans un accident de voiture à Saint-Hyacinthe. Auteur du célèbre ouvrage Flore laurentienne et fondateur du Jardin botanique de Montréal, il a laissé aux Québécois un legs important. Nos archives témoignent de son influence.

    Le frère Marie-Victorin, de son vrai nom Conrad Kirouac, naît en 1885 dans la municipalité de Kingsey Falls, au Québec. Il consacrera sa vie à l’étude de la botanique et à la vulgarisation de la science.

    Profondément nationaliste, le frère Marie-Victorin exprime ainsi son désir d’indépendance et son combat pour l’éducation et le savoir :

    Nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d’être à la merci des capitaux étrangers, des experts étrangers, des intellectuels étrangers. Qu’à l’heure où nous serons maîtres par la connaissance d’abord, par la possession physique ensuite, des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore.

    Frère Marie-Victorin

    Une passion fertile transmise à la radio

    En 1943, il anime la chronique La cité des plantes à la radio de Radio-Canada dans le cadre de l’émission Radio-Collège. Sa parole est riche et poétique. Sa verve et son lyrisme sont reconnaissables entre tous.

    Radio Collège, 12 octobre 1943 (audio)

    Le 12 octobre 1943, frère Marie-Victorin dédie sa chronique à l’arbre, duquel, croit-il, il nous faudrait tirer quelques leçons :

    Il peut nous apprendre à nous tenir droits, à chercher les hauteurs, à raciner profondément, à purifier le monde et à offrir généreusement à tous l’ombre et l’abri.

    frère Marie-Victorin 1943

    Radio-Collège, 7 décembre 1943 (audio)

    Le 7 décembre 1943, il consacre son temps d’antenne au pin blanc, « le roi de tous ».

    Dédaigneux des sols gras, le pin blanc plonge tout l’être, subtil effort de ses racines, dans le sable aride redouté de ses frères. Ainsi arc-bouté sur le ciel et hanté sur la terre, l’arbre immense est un élan retenu dans sa course par des attaches nécessaires et profondes. Il est la surrection permanente d’un grand corps vivant hors de la matière inanimée et muette. Il est l’effort victorieux. Il est la vie.

    Frère Marie-Victorin, 1943

    La Flore laurentienne et l’Herbier Marie-Victorin

    Le frère des écoles chrétiennes souhaite produire une publication, dans la langue de Molière, afin que les Canadiens français développent leurs connaissances de la flore présente dans la province.

    Il aura fallu 20 ans pour que paraisse, en 1935, la première œuvre de nature scientifique au Québec, Flore laurentienne.

    La semaine verte, 26 mai 1996

    L’ouvrage, beaucoup plus large qu’une simple taxonomie, présente 700 000 spécimens de plantes répertoriés par le frère Marie-Victorin et les membres de son équipe durant deux décennies. Les illustrations, qui jouent un rôle éducatif capital au sein du livre, sont l’œuvre du frère Alexandre.

    Marie-Victorin avait cette préoccupation de vulgarisation qui était remarquable. C’était un éducateur.

    Luc Brouillet, conservateur de l’Herbier Marie-Victorin.

    Un reportage du 26 mai 1996 de l’émission La Semaine verte s’intéresse à la parution de la troisième édition de Flore laurentienne.

    À cette occasion, l’animateur et journaliste Yvon Leblanc rencontre le conservateur de l’Herbier de Marie-Victorin à l’Université de Montréal, le professeur Luc Brouillet.

    Les spécimens recueillis par Marie-Victorin sont encore aujourd’hui soigneusement conservés sous les voûtes du Centre sur la biodiversité de l’Université de Montréal. Les végétaux collés sur de grands cartons peuvent être étudiés par les chercheurs grâce au prélèvement de leur ADN, par exemple.

    Les notes contenues dans Flore laurentienne impressionnent. Elles donnent d’intéressants détails sur l’utilisation de certaines plantes aussi bien par les Autochtones que par les colons et leurs descendants.

    La Flore laurentienne était innovatrice. Déjà, en 1935, Marie-Victorin nous parlait de l’environnement de la plante. Il nous parlait d’écologie :

    En plus d’être d’une irréprochable rigueur scientifique, l’ouvrage est traversé par le souci constant d’intégrer la description au milieu. On ne s’intéresse pas qu’à la physiologie de la plante, mais aussi à son comportement, si l’on peut dire.

    Yvon Leblanc, animateur, La semaine verte

    La difficile éclosion du Jardin botanique de Montréal

    Le Jardin botanique de Montréal, c’est un peu comme le mont Royal, on n’imagine pas la ville sans lui. Et pourtant, n’eût été la volonté d’un homme exceptionnel, le Canada ne pourrait pas aujourd’hui se vanter de posséder l’un des trois plus grands Jardins botaniques au monde.

    Madeleine Poulin, animatrice, Le Point

    C’est ainsi que l’animatrice Madeleine Poulin présente son reportage sur le frère Marie-Victorin à l'émission Le Point du 2 avril 1985.

    Elle s’entretient avec Guy Hains, horticulteur et ancien élève de Marie-Victorin au Collège de Longueuil.

    Le Point, 2 avril 1985

    Celui-ci raconte l’acharnement du frère Marie-Victorin pour réaliser son rêve de doter Montréal d’un institut de botanique.

    Le Jardin botanique de Montréal fut érigé dans les années 1930, en pleine crise économique.

    Le manque d’argent et de volonté politique se révéla un obstacle important.

    L’animatrice laisse entendre que le Parti libéral de l’époque n’entretenait pas de très bons liens avec le frère Marie-Victorin. Guy Hains mentionne que les hommes au pouvoir ne voyaient pas la nécessité de créer un jardin botanique.

    Durant la crise, on ne parle pas de jardin botanique, c’est un peu ça qui se disait dans le temps.

    Guy Hains, horticulteur

    S'il n'avait pas les coudées complètement franches pour mener à terme son projet, le chercheur possédait tout de même des alliés importants à Montréal. Le maire Camillien Houde et le journal Le Devoir faisaient campagne pour le Jardin botanique.

    À la mort de Marie-Victorin en 1944, le Jardin n’en était encore qu’à ses balbutiements. « Il n’y avait qu’un banc », et un policier s’y promenait à cheval pour empêcher les vandales d’y commettre des méfaits. Ce n’est qu’après la guerre qu’il prendra véritablement son essor.

    Bien sûr que tout le monde le connaît en raison du Jardin botanique. Moi, je dis qu’il a laissé aussi une œuvre littéraire. […] Il a laissé comme héritage une génération de gens formés dans son esprit.

    Guy Hains, horticulteur.

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