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« 90 % des décès par blessures sont évitables »

En cette Journée nationale de prévention des blessures, la chirurgienne pédiatrique Marianne Beaudin rappelle de simples règles pouvant prévenir de graves traumatismes.

Marianne Beaudin, souriante, est photographiée debout, près d'une sculpture de jeune enfant dans une aire ouverte d'un hôpital.

Marianne Beaudin est chirurgienne au CHU Sainte-Justine, où elle dirige depuis 2015 le Service de traumatologie.

Photo : Ivanoh Demers

Anne Marie Lecomte

Le 5 juillet a été désigné Journée nationale de prévention des blessures au Canada. Mais pour Marianne Beaudin, chef du Service de traumatologie du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, il faut chaque jour prévenir les traumatismes qui entraînent la mort de 90 enfants chaque année, au Québec.

Lorsqu'il s'agit de prévenir blessures et traumatismes chez les enfants, la plupart des règles sont archi-connues : les asseoir dans un siège d'auto approprié pour leur âge ou leur taille, clôturer la piscine, leur faire porter un casque de vélo... Malgré tout, des morts surviennent. Or, 90 % des blessures pourraient être prévenues si seulement tous respectaient les règles, les normes, les lois.

Chaque année au Canada, les traumas engendrent plus de 16 000 décès, tous groupes d'âge confondus. Ces morts surviennent sur la route, à la maison, de même que durant la pratique d'une activité ou d'un sport.

Les traumatismes représentent 3000 décès chaque année au Québec, dont 90 enfants, affirme la chirurgienne pédiatrique Marianne Beaudin. C'est beaucoup.

Et, de tous les traumatismes, ce sont les accidents de la route qui provoquent le plus de décès chez les enfants.

Une enfant est assise dans un siège d'auto et la ceinture de sécurité est bouclée.

Asseoir un enfant dans un siège d'auto approprié pour son âge ou sa taille est une manière de prévenir des blessures ou des traumatismes.

Photo : Radio-Canada

Les sièges d'auto, lorsqu'ils sont utilisés adéquatement, diminuent de 70 % la mortalité et les blessures graves lors de collisions.

Mais on pense qu’ils sont utilisés adéquatement chez moins de 50 % des enfants qui devraient être dans un siège d’auto, déplore la Dre Beaudin. Des exemples? L'enfant est installé dans un siège d'enfant plus grand alors qu'il devrait être dans une « coquille »; il est orienté vers l'avant alors qu'il devrait être vers l'arrière; ou il passe trop précocement à la ceinture de sécurité.

Avec la nouvelle loi en vigueur depuis avril 2019, tous les enfants de moins de 9 ans ou de moins de 145 cm devraient être encore dans un siège d’appoint, rappelle la chef du Service de traumatologie de Sainte-Justine.

Le siège, il faut l'acheter, l'installer puis le changer si on change de véhicule, affirme la chirurgienne pédiatrique. Ces petits gestes sont de nature à protéger les enfants : Les traumas sont la première cause de mortalité chez les enfants de 1 à 18 ans au Canada et au Québec, tranche-t-elle.

Jeunes au volant : les chiffres font peur

Pour les ados tentés par la conduite d'un VTT motorisé, la Dre Beaudin rappelle que la loi ne l'autorise qu'à partir de 16 ans. Et pour les moins de 18 ans, une formation est obligatoire.

En ce qui concerne les jeunes au volant, « les statistiques font peur », affirme Marianne Beaudin. De tous les titulaires de permis de conduire, les jeunes ne représentent que 13 %. Cependant, ces jeunes conducteurs sont responsables du quart de la létalité et des traumatismes graves sur les routes.

Ils sont impulsifs, inexpérimentés, ils aiment la vitesse et il peut y avoir de l’alcool, de la drogue, dit la chirurgienne.

Les commotions cérébrales

Dans l'ensemble du pays, les traumatismes entraînent 3,5 millions de visites aux urgences, tous groupes d'âge confondus. Au CHU Sainte-Justine seulement, il y a 12 000 visites aux urgences chaque année à la suite de traumatismes. Plus de 500 de ces patients traumatisés doivent être hospitalisés, et jusqu’à 10 % de ceux-ci doivent être admis aux soins intensifs.

Parmi les raisons de ces consultations aux urgences, on retrouve les commotions cérébrales. Et leurs suites... Marianne Beaudin recommande de ne pas brûler les étapes : Un jeune dans une équipe de compétition, qui a une commotion le lundi et qui est de retour au jeu dès le mardi, peut encaisser un second impact, dit-elle. Auquel cas, troubles de concentration et maux de tête persisteront.

De jeunes joueurs de soccer.

Au Canada, des lignes directrices sur les commotions cérébrales dans le sport ont été développées afin que les soins nécessaires soient prodigués dans les délais adéquats.

Photo : iStock

Il ne s’agit pas d’enfermer l’enfant pendant un mois dans sa chambre dans le noir, nuance-t-elle, mais il faut encadrer le retour aux activités. Pour ce faire, l'Association canadienne des entraîneurs recommande de suivre les six étapes suivantes :

  1. aucune activité, repos complet seulement;
  2. exercices aérobiques légers;
  3. activités propres au sport;
  4. reprise des routines d’entraînement sans contact corporel;
  5. reprise des routines d’entraînement avec contact corporel;
  6. reprise de la pratique du sport.

Des efforts fructueux

De 1970 à 1990, les experts ont enregistré une baisse de moitié de la mortalité par trauma chez les jeunes Canadiens. L'amélioration des dispositifs de sécurité, tels les coussins gonflables dans les véhicules, explique en partie cette baisse, selon la Dre Beaudin.

Ce sont de bonnes nouvelles pour la chirurgienne, qui a découvert sa vocation de médecin à l'âge de 12 ans. Sa passion pour la chirurgie s'est manifestée durant sa formation en médecine.

Avec la chirurgie, on a la plupart du temps un impact immédiat sur la condition des patients, s'émerveille-t-elle. C’est comme de la magie [...].

Marianne Beaudin a su très tôt qu'elle voulait se consacrer aux enfants, qui sont « incroyables tant ils récupèrent rapidement ».

On opère un enfant le matin et, selon l'opération, il court dans la salle dès l'après-midi!

Pour souligner la Journée nationale de prévention des blessures, qui en est à sa troisième édition cette année, des municipalités un peu partout au pays illuminent en vert des monuments comme l'hôtel de ville d'Halifax et celui de Vancouver, la tour CN à Toronto, ou encore la tour du stade olympique et la Grande roue, à Montréal.

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