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Héroïne et fentanyl, un mélange mortel à Washington

Des affiches publicitaires pour sensibiliser les consommateurs de drogue aux risques de consommer des produits modifiés.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Christian Latreille

La capitale des États-Unis vit une grave crise de surdoses mortelles d’héroïne mélangée à certains opioïdes. En 2017, 279 personnes sont mortes dans le District de Columbia après avoir consommé ce cocktail qui ne pardonne pas. Une hécatombe.

Le fentanyl, un opioïde d’une puissance inouïe, s’est invité sournoisement dans la vie des héroïnomanes à Washington. Ici, ce ne sont pas les comprimés qui tuent, comme ailleurs aux États-Unis, mais plutôt l’utilisation de drogues dures dans lesquelles des opioïdes ont été ajoutés par les trafiquants.

La crise des opioïdes fait des milliers de victimes chaque année. Alors qu’ailleurs aux États-Unis ce sont surtout les Blancs dans les régions rurales qui sont touchés, à Washington D.C. ce drame touche surtout les hommes noirs qui consomment de l’héroïne.

Ricky Johnson en entrevue.

Ricky Johnson consomme de l'héroïne depuis plus de 40 ans.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Ricky Johnson, 60 ans, vit dans le quartier Anacostia, un des plus pauvres de la capitale américaine. Il se drogue à l’héroïne depuis l’adolescence. « Je prends ma dose deux à trois fois par jour. Ça me procure du bien-être. Ça me permet d’oublier mes problèmes d’argent, d’emploi et de logement. »

Ricky est venu chercher des seringues propres et s’assurer, à l’aide d’un test, que sa drogue ne contient pas de fentanyl. Ces services sont offerts à la roulotte de la Family and Medical Counseling Service qui circule régulièrement dans les rues d’Anacostia. Ricky nous admet sans détour qu’il doit commettre des vols pour payer sa drogue.

Deux personnes dans une roulotte discutent.

À l’intérieur de sa roulotte, le FMCS offre de nombreux services à sa clientèle, dont les échanges de seringues et des examens de santé.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Richard

Terrence Cooper est un travailleur social. Il vient en aide aux héroïnomanes qui se présentent à la roulotte. Il constate tous les jours les ravages des opioïdes.

Il y a beaucoup de détresse et de panique en ce moment, dit-il. Le fentanyl tue nos patients. Plusieurs disparaissent et on ne les revoit plus jamais. On se sent impuissant, conclut Terrence.

Terrence Cooper debout sur le côté d'une rue.

Le travailleur social Terrence Cooper déplore les vies humaines perdues à cause des opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Dans le nord-est de Washington, le docteur Edwin Chapman et sa clinique mènent une guerre contre le fentanyl et les dommages que cet opioïde cause à D.C. Il accuse les autorités du District de Columbia de s’être traîné les pieds alors que les décès s’accumulaient.

« Je préfère penser que ce retard est dû davantage à de l’incompétence ou à de l’ignorance qu’à un manque de compassion », affirme M. Chapman.

Edwin Chapman porte le sarrau blanc.

Le docteur Edwin Chapman mène depuis des années une guerre contre l’usage des opioïdes à Washington.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Ce médecin a mis sur pied un programme pour venir en aide aux consommateurs d’héroïne afin de traiter leur accoutumance. Il s’assure que ses patients viennent le voir régulièrement, comme c’est le cas pour Alvin Reynolds, qui se drogue depuis une vingtaine d’années. Alvin vient de se faire prescrire du Suboxone, un médicament qui l’aide à passer à travers ses périodes de sevrage.

Être en manque est une sensation horrible que vous ne souhaitez pas à votre pire ennemi. Vous avez des nausées. Vous suez. Vous vomissez. Vous ne dormez pas. Vous avez même parfois des hallucinations. Ça peut aller jusqu’aux pensées suicidaires, raconte-t-il.

Je veux vraiment arrêter de prendre de l’héroïne et reprendre le contrôle de ma vie.

Alvin Reynolds
Alvin Reynolds assis près d'une civière.

Alvin Reynolds est suivi par le Dr Chapman.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Washington D.C. est maintenant décidée à lutter sérieusement contre ce fléau. Barbara Bazron, la nouvelle directrice des services de santé mentale, reconnaît qu’il y a une crise, mais refuse d’admettre qu’il y a eu de l’incompétence de la part des autorités. Elle promet d’investir 65 millions de dollars dans différents programmes. « Notre objectif est de réduire de 50 % d’ici 2020 le nombre de morts liés aux surdoses », assure-t-elle.

Mais aux yeux du Dr Chapman, les États-Unis accusent un retard dans la façon de traiter la dépendance aux drogues.

« Nous envoyons encore les gens en prison en trop grand nombre, affirme-t-il. Les pénitenciers sont les pires endroits pour régler ces problèmes. »

La France et le Portugal, constate-t-il, ont pris un virage, il y a 20 ans, axé sur l’utilisation de la méthadone qui réduit l’accoutumance à l’héroïne. « Leurs résultats sont probants, dit-il, et la consommation est en baisse ainsi que la criminalité qui y est associée. »

En attendant des solutions à cette grave crise de santé publique, Ricky Johnson continue de voir des gens mourir autour de lui. « J’ai beaucoup d’amis qui sont décédés à cause du fentanyl qui s’est retrouvé dans l’héroïne qu’ils consommaient. Beaucoup trop d’amis. »

S’extirper des griffes de l’héroïne et des opioïdes est un enfer, une bataille difficile à gagner. La surconsommation de drogues dures et d’opioïdes a tué plus de 70 000 Américains en 2017 seulement. Un drame humain dont on ne voit pas la fin.

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