•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Quelques règles d’hygiène à la piscine peuvent prévenir la diarrhée

Un jet d'eau sort d'un boyau d'arrosage.

Un employé nettoie une piscine.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mathieu Gobeil

Vous pensez que le chlore dans nos piscines vient à bout des microbes qui nous rendent malades? Pas tout à fait. Un parasite, connu sous son nom populaire, le crypto, y est résistant. Il est d’ailleurs une source de préoccupation aux États-Unis. Les experts en santé publique au Québec, qui recensent les cas d’infection dans la province, se font toutefois rassurants.

Il y a quelques jours, les Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis rapportaient une augmentation (Nouvelle fenêtre) des éclosions de cryptosporidiose sur le territoire américain de près de 13 % par année de 2009 à 2017. Le total des infections pour cette période est de 7465 cas, toutes origines confondues. Les médias américains ont relayé abondamment (Nouvelle fenêtre) cette nouvelle.

Selon les CDC, plus du tiers des éclosions sont en lien avec la baignade dans des piscines et des bassins d’eau récréatifs. La cause précise de l’augmentation n’est pas connue.

Au Québec, selon l’Institut national de santé publique (INSPQ), on a recensé environ 100 infections par année de 2015 à 2017 et quelque 150 cas en 2018, toutes origines confondues (baignades, garderies, aliments et fermes). Pour les années antérieures, on rapportait de 30 à 40 cas de cryptosporidiose environ en moyenne.

Cette infection se manifeste par une diarrhée sévère qui dure plusieurs jours, voire des semaines, accompagnée de vomissements et de crampes. Dans des cas exceptionnels, elle peut entraîner des complications qui mettent en danger la vie de la personne, chez celles dont le système immunitaire est inefficace, ou chez certaines personnes âgées et de jeunes enfants.

Elle est causée par un parasite intestinal microscopique, le Cryptosporidium, commun en zone tropicale et connu depuis belle lurette, qui se transmet par voie fécale-orale. Autrement dit, une personne, généralement un jeune enfant, qui a la diarrhée causée par le parasite et qui fréquente une piscine constitue un risque pour les autres baigneurs. Ceux-ci, s’ils avalent un peu d’eau contaminée par les œufs de crypto présents dans les excréments, risquent de s’infecter à leur tour.

« Ce qu'on utilise comme dose de chlore [dans les piscines] ne tue pas le Cryptosporidium. C'est pour ça, souvent, qu'on a des éclosions associées à la baignade », explique Karine Thivierge, responsable du secteur parasitologie au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). Le parasite est entouré d’une capsule qui le protège contre le chlore.

Ce n’est pas le cas pour des bactéries comme E. coli, par exemple. Le chlore arrive à arrêter leur propagation, poursuit-elle.

On voit en gros plan un oeuf du parasite Cryptosporidium.

Illustration représentant des oocytes (oeufs) de Cryptosporidium.

Photo : iStock / Dr_Microbe

« Pour le Cryptosporidium, on peut penser à un enfant en couche qui a une diarrhée. Le parent irresponsable le prend et s'en va se baigner dans une piscine. Là, les oocytes [les œufs], vont se propager. Ils vont être viables dans la piscine, le chlore n'aura pas d'effet », explique la parasitologue.

S’il y a un incident de diarrhée dans l’eau, on dit aux gens de sortir de la piscine, on fait le ménage, on hyperchlore et on filtre. Et après, on revient. Sauf qu’il faut que les parents le disent!

Réjean Dion, médecin-conseil au Laboratoire de santé publique du Québec

Piscines, garderies, fermes

Il y a quelques années, il a aussi été démontré que des jeux aquatiques dont le système fait circuler l’eau peuvent être une source de contamination (Nouvelle fenêtre).

« Ça peut aussi être associé à des voyages à l’étranger – l’infection est endémique dans certains pays – ou à des aliments contaminés », explique le Dr Réjean Dion, médecin-conseil au Laboratoire de santé publique du Québec.

Une petite fille sous un jeu d'eau

Une fillette se rafraîchit dans un jeu d'eau.

Photo : Getty Images / AFP/APA/Georg Hochmuth

La propagation du Cryptosporidium peut également se faire dans des lieux comme les garderies où mains et bouche peuvent venir en contact avec des matières fécales ou des surfaces contaminées.

Mais la Dre Thivierge, qui a examiné les quelque 200 cas de cryptosporidiose au Québec en 2016 et 2017, note qu’une majorité des infections sont d’origine animale.

« C’était surtout des gens qui travaillent soit sur des fermes ou qui sont en contact avec des animaux ». En effet, une espèce du Cryptosporidium est transmise par les bêtes.

Même s’ils semblent évidents, des conseils de base sont de mise : bien se laver les mains et fréquemment, ne pas se baigner dans les piscines publiques quand on a la diarrhée, ne pas avaler l’eau de la piscine et ne pas amener son enfant à la garderie quand il a la diarrhée.

Chez les personnes en bonne santé, dont le système immunitaire est efficace, il s’agit d’attendre que la diarrhée passe, tout en se prémunissant contre la déshydratation. Il existe des traitements pharmacologiques pour les personnes plus vulnérables.

On voit une piscine publique. Un employé est en train de la nettoyer.

Diarrhée et baignade ne font pas bon ménage.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plus de cas diagnostiqués

La Dre Thivierge fait remarquer que les méthodes diagnostiques ont évolué ces dernières années. Les hôpitaux et laboratoires ont de plus en plus recours à l’analyse de l’ADN au lieu de la microscopie pour identifier les agents pathogènes, permettant un dépistage plus systématique du Cryptosporidium lorsqu’un échantillon de selle d’un patient leur est soumis.

Les hausses constatées ces dernières années seraient en partie dues à ce changement de technologie, précise-t-elle.

« Donc les cas ont probablement toujours été là, sauf qu'on ne les voyait pas. »

Certaines personnes auront par ailleurs peu ou pas de symptômes, ce qui rend l’identification difficile.

« Aussi, comme l’incubation varie de un à douze jours, ce n’est pas toujours évident sur la base d’un cas de mettre le doigt sur l’exposition, la source, le véhicule ou le réservoir qui était responsable de l’infection », précise le Dr Réjean Dion.

Des éclosions qui sont passées à l’histoire

En 1993, le parasite avait causé la plus grande crise sanitaire liée à l’eau potable aux États-Unis. Dans la région de Milwaukee, quelque 400 000 personnes avaient été infectées par le parasite après un mauvais fonctionnement du système de traitement des eaux. Une cinquantaine de décès en ont résulté.

La ville de North Battleford, en Saskatchewan, a aussi connu des problèmes d’eau contaminée par le Cryptosporidium, en 2001. Des milliers de personnes sont tombées malades.

Plus récemment, en 2013-2014, au Nunavik, (Nouvelle fenêtre) plusieurs villages ont été contaminés lors de deux éclosions consécutives. Des dizaines de personnes ont été malades et plusieurs ont dû être hospitalisées. Dans ce cas, toutefois, la contamination par l’eau a été exclue, mais la source première de contamination n’avait pas été identifiée.

Dans les pays en développement où la maladie est endémique, l’infection à répétition chez les jeunes enfants peut entraîner des retards de croissance.

Santé publique

Santé