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La foudre, ce danger sournois

Un éclair dans le ciel, la nuit.

Aucun abri n'est sécuritaire pour se protéger de la foudre lorsqu'on se trouve à l'extérieur.

Photo : iStock

Ève Christian

Chaque année, en juin, une semaine est consacrée à la sensibilisation à la sécurité en cas de foudre; c’est un bon moment pour se rappeler quelques règles de base pour s'en protéger.

Formation d'un orage

Lorsque deux masses d'air s'affrontent, de violents courants verticaux entraînent l'humidité, les particules de glace et les gouttelettes d'eau à l'intérieur des cumulonimbus, des nuages qui ont une extension verticale de quelques kilomètres. Ces frottements créent un déséquilibre qui sépare les charges électriques : les particules plus fines chargées d'électricité positive se dirigent vers le sommet, et les autres, chargées négativement, vont vers la base.

Ce déséquilibre électrique se produit aussi avec l’extérieur du nuage : entre sa base (négative) et le sol, chargé positivement. Quand les charges accumulées deviennent trop importantes, il y a décharge électrique et un orage éclate.

Le « coup de foudre »

Les éclairs peuvent se manifester de différentes façons.

Ceux qui se produisent entre un nuage et le sol commencent par une faible décharge (traceur par bonds) qui est normalement déclenchée au bas du nuage. Ce traceur progresse vers le sol par bonds, en zigzaguant afin de suivre la trajectoire offrant la plus basse résistance entre le nuage et la terre; il peut se diviser et se ramifier.

Dès que le traceur rencontre un objet (arbre, clocher, poteau, toit d'un édifice), un canal ionisé s’ouvre derrière lui et sert de chemin entre le sol et le nuage pour que remonte, à une vitesse fulgurante, un très fort courant électrique et lumineux : l’éclair. Cette décharge de retour se produit si rapidement qu’on a l’impression que l’éclair se fait du ciel vers la terre, mais c’est en fait le contraire.

Suivant la décharge de retour, il est probable que se forment de la même façon d’autres décharges plus faibles si la charge électrique dans le nuage est suffisante. En moyenne, trois ou quatre décharges de retour zébreront l'atmosphère de lignes lumineuses, mais elles peuvent être plus nombreuses. Le zigzag caractéristique de la foudre vient de la combinaison de plusieurs éclairs, dont certains peuvent s’étirer sur une vingtaine de kilomètres!

En plus de ces éclairs nuage-sol, d’autres types de traits lumineux peuvent aussi se produire.

Trois à cinq fois plus fréquents que les précédents, les éclairs entre deux nuages ou au sein d’un même nuage jaillissent si vite qu'ils donnent l'illusion d'un seul éclair. De façon évidente, ils sont moins dangereux et destructeurs que l’éclair nuage-sol.

Vous connaissez l’expression « éclair de chaleur »? On nomme ainsi les éclairs que l’on voit, mais qui sont inaudibles; car la lumière voyageant à 300 000 km/s et le son, à 0,3 km/s, on voit l’éclair à plus grande distance qu’on peut l’entendre.

Justement : et le tonnerre…?

En soi, le tonnerre est le sous-produit de la foudre. Quand l'éclair fend le ciel, l'air sur sa trajectoire s'échauffe jusqu'à atteindre cinq fois la température du Soleil (30 000 degrés Celsius) en moins d’une seconde. Cet échauffement provoque une dilatation quasi instantanée de l'air créant une explosion soudaine et une onde de choc qui produit le tonnerre. Ces ondes de choc sont comparables à celles formées par un coup de canon.

Plus l'orage est près, plus le tonnerre s’apparente à un claquement sec; à mesure qu’il s’éloigne, son grondement diminue. Plusieurs facteurs peuvent influencer le son du tonnerre : la température et l’humidité de l’air, notre position et notre distance par rapport au canal de la foudre, la nébulosité, le moment de la journée où se produit l’orage, s’il sévit au-dessus de l’eau ou de la terre…

De la foudre dans le ciel d'Ottawa.

La foudre s'abat sur la colline du Parlement à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne

Où est située la foudre?

Ce petit truc est amusant à faire avec les enfants (ça leur permet aussi d’apprivoiser l’orage!).

Comptez le nombre de secondes entre l'éclair et le coup de tonnerre, divisez ce nombre par 3 et vous connaîtrez la distance de la foudre. Par exemple, si 9 secondes séparent l'éclair du tonnerre, alors la foudre est à 3 km de vous.

Les meilleures protections contre la foudre :

- Aucun abri n'est sécuritaire à l'extérieur, ni une tente ni un véhicule récréatif en fibre de verre, encore moins sous un arbre. Si vous y êtes et qu'aucune maison à charpente métallique - permettant au courant de suivre le métal, n'est à une courte distance, réfugiez-vous dans une auto ou sinon, dans une crevasse, sous une falaise ou dans une grotte.

L'idéal est un édifice équipé d'un paratonnerre. Restez-y 30 minutes après le dernier grondement de tonnerre. Le tiers des blessés par foudre ont été frappés après la fin d'un orage.

- Il est primordial d'éviter les zones surélevées, de ne pas s'approcher à moins de 30 mètres d'une clôture en fil de fer et de ne pas « implorer les dieux du ciel » en pointant un bâton de golf au-dessus de la tête en plein milieu d'un terrain dégagé. Retenez qu’il ne faut pas être l'objet le plus élevé des environs.

- Si l'orage arrive et que vous êtes sur un plan d'eau, il faut en sortir subito presto.

- Méfiez-vous en terrain montagneux. Le vent qui souffle souvent assez fort peut modifier le son d'un tonnerre et vous leurrer sur la distance de l'orage.

Des mythes à détruire

OUI, la foudre peut s'abattre plus d'une fois au même endroit, car chaque événement est indépendant du précédent. À preuve, l'Empire State Building à New York a été frappé 15 fois en 15 minutes!

OUI, la foudre demeure un danger même si la pluie ne tombe pas là où vous êtes.

OUI, la foudre traverse la brique; le fait de fermer portes et fenêtres ne l’empêchera pas d’entrer, mais gardera la maison au sec!

NON, vous ne courez aucun danger à porter secours à une victime de la foudre; elle n'est pas conductrice d'électricité.

À NOTER : un orage est toujours électrique, il est donc redondant de dire « orage électrique ».

En terminant, voici l’histoire de Roy Sullivan, que l’on retrouve dans le livre Guinness des records.

Cet homme a été frappé par la foudre sept fois entre 1942 et 1977. Surnommé le paratonnerre de Virginie, on dit que les gens craignaient même de se promener avec lui.

Chaque « coup de foudre » lui a laissé un souvenir :

  • Il a perdu un orteil lors du premier;
  • les cinq suivants, reçus entre 1969 et 1975, ont calciné ses sourcils et ses cheveux et lui ont causé des brûlures à l'épaule gauche, à la jambe et à une cheville.
  • le dernier lui a infligé des blessures à la poitrine et à l'abdomen.

Roy Sullivan est décédé en 1983... on ne connaît pas la raison, mais on sait que ce n’était pas à cause d’un coup de foudre!

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