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Exclusif

Attaque de chiens à Potton : « Ils m'arrachaient les muscles comme si j'étais leur proie »

Portrait de Dominique Alain.

Dominique Alain doit vivre avec de lourdes séquelles de l'attaque de chiens dont elle a été victime.

Photo : Radio-Canada / Denis Gervais

Mélissa Fauteux

Alors qu'elle joggait sur le chemin de l'Aéroport dans le Canton de Potton le 29 mars dernier, trois chiens ont attaqué Dominique Alain et lui ont infligé d'importantes blessures physiques et psychologiques. Trois mois et 12 chirurgies plus tard, la femme de 55 ans témoigne pour la première fois de ces événements traumatisants.

C'est terrible! C'est quelque chose qui est horrible. De se faire arracher la peau, de voir les chiens qui ont du sang dans les dents, qui reviennent et reviennent. Je ne pouvais pas croire que ça existait, des chiens comme ça , raconte-t-elle, quelque temps après son retour à la maison.

Dominique Alain se souvient très bien de ce jour fatidique. Tout est bien gravé dans sa mémoire. En joggant, j'ai vu les trois chiens à l'intérieur de la maison. Il y avait une grande fenêtre. Ils étaient enragés. Ils jappaient, jappaient. Ils étaient défoncés. Je me suis passé la réflexion qu'une chance qu'ils étaient à l'intérieur.

Une des blessures subies par les chiens.

Dominique Alain tient à montrer les cicatrices de ses blessures. « Je veux que les gens voient exactement ce que ça peut faire, ce qu'il pourrait leur arriver aussi. C'est le genre de plaie que des chiens peuvent faire.»

Photo : Radio-Canada / Denis Gervais

Pour revenir chez elle, elle doit à nouveau passer devant la maison des chiens. J'en vois un qui était à l'extérieur. Je me suis dit que ça allait mal. J'ai tout de suite senti qu'il y avait quelque chose et qu'il allait m'arriver quelque chose. Le chien a jappé, est sorti de son terrain et est arrivé vers moi. C'est à ce moment que les deux autres sont arrivés. Ils ont entendu l'appel du chien.

Malheureusement, il était trop tard pour Dominique Alain. Ils ont sauté sur moi. Ils ont commencé à arracher mes vêtements. C'est une chose qui m'a probablement permis de survivre: j'avais des vêtements plus épais pour le jogging d'hiver. Ils se sont acharnés, acharnés. Je suis restée couchée par terre. J'ai pris un des chiens par le collier et j'essayais de lui donner des commandes en criant "No! Stop!" Même que le collier en métal, je l'ai arraché!

Je ne me suis pas évanouie. C'est le goût de vivre. Je ne voulais pas mourir. J'étais vraiment décidée. Un moment donné, je me suis dit que j'allais mourir. Je n'étais plus capable. Là, j'ai entendu le coup de sifflet. Un premier chien est reparti à la maison, puis le deuxième et le troisième ont suivi.

Dominique Alain

La seule chose à laquelle elle pensait au moment de l'attaque, c'est de quelle façon elle allait pouvoir les arrêter. Peu importe ce qu'elle tentait, rien ne fonctionnait. Ils continuaient. J'étais une proie. Je ne pouvais pas croire que ça existait des chiens comme ça.

C'est à ce moment qu'elle réalise l'ampleur des blessures qui lui ont été infligées. Ils m'ont mangé les extrémités. Ils m'ont enlevé des muscles. J'étais de la viande. J'étais un chevreuil que des animaux attaquent. J'ai crié à l'aide. Le propriétaire des chiens est arrivé à ce moment.

Une pensée pour Christiane Vadnais

Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Je pense à Christiane Vadnais qui a vécu quelque chose comme ça et qui en est morte. Elle, elle en est morte. C'est terrible! Un chien qui a tué une personne, raconte-t-elle avec émotion.

La première opération d'une longue série a duré huit heures. Ça a été très long. C'est terrible. Ça fait très mal. Ce qui m'a permis de ne pas abandonner, c'est mon conjoint Léo et ma soeur Geneviève qui ont été là toute une semaine. Des fois, je me dis wow! Pourquoi j'ai vécu ça? , se demande-t-elle en pleurant.

Je dois vivre avec des plaies qui sont assez importantes. Je ne serai plus jamais comme j'étais. Je vais toujours avoir des séquelles au niveau de mes pieds, de mes jambes. On m'a enlevé des muscles. Une chance qu'il y a la famille, l'amour, la communauté. Ça fait réfléchir. Ma vie a changé.

Dominique Alain
Dominique Alain debout sur son balcon. On voit des bandages à ses jambes.

Dominique Alain a dû subir 12 opérations après l'attaque dont elle a été victime.

Photo : Radio-Canada / Denis Gervais

Sanction plus sévère

Dominique Alain croit que la société doit réfléchir collectivement à la place donnée aux animaux de compagnie. Il faut définir la différence entre une personne et un animal. Un animal qui attaque une personne, c'est bien différent d'un animal qui attaque un autre animal. Oui, un animal qui attaque un autre animal fait preuve d'agressivité. Mais il n'y a pas d'excuse quand un animal attaque une personne. Le propriétaire doit être responsable de son animal. Il doit être accusé de négligence criminelle.

Pour Dominique Alain, il ne fait aucun doute que ces situations ne doivent plus se produire. Il n'y a pas de question qui se pose. On n'analyse pas le chien. Non; il a attaqué! Qu'un chien morde une personne, c'est inacceptable. On n'est pas une société comme ça, on est une société civilisée. Nos politiciens doivent faire des choix bien clairs. Il faut que ça arrête. Les attaques de chien sur des personnes doivent arrêter, martèle-t-elle.

L'enquête policière concernant ces événements dramatiques est à présent terminée. Le dossier est maintenant dans les mains du procureur. Dominique Alain ne sait pas si des accusations seront portées contre le propriétaire des chiens. Je n'ai pas de nouvelles. J'ai fait mon travail, celui de survivre et il n'y a pas de nouvelles. Il n'y a rien qui se passe dans mon dossier. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas d'accusations encore. Qu'est-ce qui traîne? C'est incroyable!

Ce que j'ai vécu, il ne faut pas que ça arrive à personne d'autre. Si mon histoire, malheureusement, va aider les politiciens à s'engager plus fortement, voilà, c'est ça. C'est déjà une chose.

Dominique Alain

Il n'est pas dit que Dominique Alain ne rechaussera plus jamais ses espadrilles. Je vais reprendre le vélo avant. Je ne sais pas. J'espère. J'aimerais rejouer au tennis, skier. J'aime tellement skier. On va voir. Peut-être que je vais porter des attelles, quelque chose qui me permettra de refaire des sports que j'aime beaucoup.

Avec les informations de Mélissa Fauteux

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Entrevue avec Nadine Caron, éducatrice canine et consultante en comportement au Téléjournal 18 h

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